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Islam et Occident

Il circule sur internet des présentations de statistiques alarmistes concernant le taux de natalité des Musulmans, d’une part,  et celui des Européens et Nord-Américains d’autre part, et ces chiffres donnent à penser qu’une Charte et toutes les lois qu’on votera ne suffiront pas à empêcher l’Islam de progresser au Québec et en Occident.

Ces statistiques révéleraient la réalisation d’un plan de conquête de l’Occident par l’Islam selon lequel le terrorisme et les armes sont inutiles et que la natalité seule suffira à opérer. De prime abord, il semblerait qu’il en soit ainsi. C’est cependant oublier que les populations musulmanes elles-mêmes,  et surtout les immigrants, évoluent autant par la diminution de leur taux de natalité, qui se rapproche du taux des sociétés occidentales, que par leur propre révolution culturelle, c’est-à-dire une certaine adaptation aux idéaux et aux valeurs occidentaux, sinon leur adoption. Les mouvements extrémistes qui usent de violence ont bien compris cela et, mus par le désespoir, leurs attaques terrorisent indifféremment les Musulmans et les Occidentaux.

L’autre versant de cette évolution de l’Islam est, par ressac et osmose, celle des Occidentaux dont une portion restera athée, mais dont une autre portion réévaluera ses propres croyances et idéaux et modifiera ses pratiques religieuses. Les Québécois sont tiraillés non seulement par leur identité politique, mais aussi religieuse, environnementale et communautaire.  Par exemple, la religion catholique faisait beaucoup appel à une obéissance quasi servile aux dogmes; maintenant elle appelle à plus de discernement, à plus de liberté, à une vie plus évangélique. Connaître le prophète Jésus a pris plus d’importance que jeûner le vendredi, aller à la messe ne suffit plus au croyant qui essaie de mieux comprendre l’essentiel du message de l’homme de Nazareth de se faire proche des pauvres, et préserver la vie et aménager l’environnement pour l’usage de tous les humains découlera de la conviction que la vie est un don de Dieu.

Finalement, au regard de l’histoire, si on tient absolument à faire des comparaisons,  lequel de l’Occident et de l’Islam est en avance et sur quels plans? Qui prétendra que l’Occident est en avance par les ressources énormes consacrées à la suprématie des armes et enlevées par le fait même à résoudre le problème de la faim? Qui prétendra que l’exploitation du corps féminin par l’industrie du cinéma et la consommation en général contribue à la libération et l’égalité de la femme et de l’homme? Il est encore à venir le temps où on enseignera aux jeunes à se demander «Qu’est-ce que je peux faire pour ma communauté?», plutôt que «Qu’est-ce que la communauté doit faire pour moi?»

Le débat autour de la Charte québécoise rend possible une révision en profondeur de nos valeurs. Consentirons-nous à la faire ou resterons-nous seulement à la surface des choses symbolisée par le voile islamique?Je préférerais énormément que les Dalila Awada osent révéler les vraies valeurs signifiées par l’exigence du voile, plutôt que d’en appeler à la liberté de religion (indiscutable), comme je préférerais que les Janette Bertrand nous disent ce que les femmes ont gagné dans leurs luttes vers l’égalité. Cela serait plus vrai et éclairant. Mais peut-être n’ai-je pas été assez à l’écoute… Qu’on me corrige!

L’ignorance et la peur

St-Jean-sur-Richelieu: Un candidat victime de racisme, titre un article de Radio-Canada. Khaled Kalille, un citoyen Québécois, né au Québec en 1969, se présente à la mairie de sa ville et a subi des insultes écrites et ses affiches publicitaires du vandalisme. Des messages écrits indiquent que c’est dû en partie du moins au fait qu’il porte un nom à consonance arabe.

À mon avis, c’est là que mènent l’ignorance et la peur. Et c’est un danger qui guette présentement la société québécoise. Je ne peux pas me taire devant ces comportements inacceptables et, pour certains, criminels. Les élus qui présentent le projet de Charte québécoise des valeurs devraient en faire autant et avec la plus grande énergie. On ne peut pas tolérer de tels agissements sous prétexte du débat en cours et des positions divergentes entre pro-charte et anti-charte.

Au lieu de se faire un capital politique à l’instar des politiciens anti-charte  en condamnant la DIVISION que crée ce projet de loi, regardons nos différences en face, admettons que diverses visions du monde et de la vie existent chez nous, qu’il est humain – disons normal – de se rapprocher de ceux qui nous ressemblent, et que des divisions sont inévitables. Une fois cela admis, on doit vaincre notre ignorance et notre peur de l’autre et se rapprocher de ceux qui sont différents,  se parler, mieux se connaître les uns les autres, exprimer ce qui nous irrite et ce qui nous fait peur. J’ai appris tôt dans ma vie que raconter un cauchemar aidait à dissiper mes craintes.

La peur exprimée dans les insultes et le vandalisme ressemble à celle des Janette  lorsqu’elles expriment leur ressentiment vis-à-vis une religion «faite par les hommes pour dominer les femmes». Soyons d’accord avec Janette que les femmes ont subi un joug odieux de la part d’hommes soit disant disciples du Christ. Mais pas seulement dans le domaine religieux. Aujourd’hui même, on doit se battre pour empêcher que nos filles deviennent des objets à consommer. Est-ce la religion catholique machiste qui instaure cette situation en 2013? J’aimerais bien que les Janette posent quelque geste d’éclat pour dénoncer cette humiliation quotidienne des femmes. Chaque groupe et chaque personne portent en eux-mêmes des contradictions et des zones grises; aucun n’est mauvais ni pur à 100%. Si c’est vrai des catholiques, c’est vrai de la génération des Janette et c’est vrai des musulmans. Qui peut se vanter d’être exempt de peur et d’ignorance?

Dans le projet de Charte québécoise des valeurs – qu’on aurait peut-être dû appeler charte de la laïcité – on aurait intérêt à faire de la tolérance une obligation aussi importante que l’égalité des femmes et des hommes. Tolérance entre religions, entre partis politiques, entre conjoints dans un couple, entre générations. Les religieux ne sont pas les seules personnes à faire preuve d’intolérance. Quand j dis tolérance, je ne dis pas laisser faire. Admettons que le port du voile revendiqué par une minorité de musulmanEs est pour eux une nécessité pour «bien vivre» et qu’on ne peut juger de leur sincérité; soyons conscients toutefois que ce n’est pas le choix de la majorité des musulmanEs. Et ne mettons pas tous les musulmans dans le même sac; ne condamnons pas une religion non plus. À la place, sachons discerner les comportements réellement humiliants pour les femmes, apprenons à nos jeunes – et je dirais aussi de nos jeunes – à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’ignorance engendre la peur, la connaissance de l’autre – dans ce cas-ci c’est l’Islam –  est le premier pas vers le «bien vivre» en société.

Mais la question demeure: Est-il souhaitable d’interdire l’expression des croyances religieuses dans les services d’un État qui a adopté une position neutre vis-à-vis les religions, et prétend vouloir donner à tous des chances égales de s’épanouir? Quel chemin prendra le gouvernement au terme du débat? Il est probable qu’il observera dans quel sens souffle le vent. Peut-être la question deviendra-t-elle un enjeu électoral? D’aucuns prétendent, suivant l’avis de la Commission des droits de la personne, que l’interdiction projetée serait contestée par les tribunaux. La jurisprudence concernant les droits de la personne est assez jeune au Québec: est-elle déjà figée? Je pense qu’il y a matière à débat et que l’opinion publique peut avoir un certain poids dans le jugement des tribunaux. Comme dans la cause où on pesait le pour et le contre des danses à 5$ et à 10$. La décision d’une minorité de musulmanEs de faire du voile une obligation sera-t-elle considérée comme infrangible, ou bien la voix d’une majorité de musulmanEs – qui ne tiendrait pas le port du voile comme essentiel à leur religion – sera-t-elle entendue et respectée?

Les tribunaux iraient-ils, absolutisant les droits individuels, jusqu’à donner plus de poids aux revendications extrémistes qu’aux choix des modérés? Les mêmes tribunaux, en cas de référendum où 55% des Québécois se seraient prononcés en faveur de la sécession politique du Québec, iraient-ils invalider ce choix démocratique? Dans tout choix, on doit prendre un risque, qu’il s’agisse des individus ou des sociétés; l’important est d’y réfléchir et de choisir en considérant toutes choses de façon aussi impartiale que possible.