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La paix vient de la pratique de la justice

La paix vient de la pratique de la justice

L’an dernier, à pareille date, je préparais activement un deuxième voyage en Israël, cette fois-là un séjour de volontariat de six semaines au Couvent des Sœurs de Sion situé à Ein Karem, village où selon la tradition Marie, la mère de Jésus, visita sa cousine Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste.

Le village d’Ein Karem est situé en banlieue de Jérusalem en milieu juif et les chrétiens y forment une minorité. Les Franciscains y ont assuré une présence continue des catholiques, grâce à la pauvreté et à l’humilité  de leur ordre et à la bonne volonté de chefs musulmans. Les Sœurs de Sion et d’autres confréries religieuses ont joint leur témoignage de foi et leur action en faveur des pauvres, des étrangers, des laissés pour compte de toutes sortes. Aujourd’hui un jésuite, le Père David Neuhaus, anime une communauté catholique de langue hébraïque à Jérusalem et préside toutes celles d’Israël.

J’ai séjourné en milieu juif, mais je sais que les catholiques et autres chrétiens sont aussi présents chez les arabes autant dans les territoires annexés que dans les pays limitrophes d’Israël. Cela a été une grande grâce de côtoyer, soit à la messe, soit dans l’une des maisons des Sœurs de Sion et de la Communauté du Chemin neuf, des laïcs et religieux témoins de l’amour à la manière de Jésus, par leur hospitalité et leurs attitudes pacifiques.

Cela me donne à penser qu’il est proche le temps où la nouvelle génération de catholiques du Québec ressemblera aux catholiques d’Israël et de tout l’Orient. Des communautés petites, mais ferventes, adhérant de tout leur cœur à la foi au Dieu révélé par son envoyé Jésus, pratiquant la justice et la paix, espérant contre toute espérance, dans un monde déchiré où ils témoignent parfois aux prix de leur vie des valeurs des Béatitudes.

Cela me rapproche des communautés catholiques persécutées en Orient, comme on le rapporte quotidiennement en Irak, en Égypte, où les islamistes cherchent à imposer la charia et font tout pour chasser les chrétiens. Le mot d’ordre de ces fanatiques est «À mort, les infidèles!» Cela n’est pas sans m’inquiéter sur l’avenir des relations entre chrétiens et musulmans de mon pays. L’autre, celui qui est différent, fait peur. De part et d’autre, des minorités menées par des forts en gueule tentent d’instiller la peur, tantôt par l’exclusion, tantôt par des propos haineux.

Quelles sont les chemins de la justice et de la paix? Il n’y a pas de règle ou de recette toute faite. Rechercher ces chemins activement par le dialogue,  c’est aimer et vivre à la manière de Jésus. Dénoncer l’injustice, la domination, la violence, au risque d’en devenir victime, c’est encore l’enseignement des messagers de l’Évangile. Un chrétien se reconnaît par des attitudes et paroles justes dans toute sa vie, familiale, sociale, politique. Le bien est à l’œuvre partout; le mal aussi. Croire en Jésus me donne les outils pour discerner l’un et l’autre. Croire en Dieu me donne d’espérer en l’être humain à quelque communauté ethnique ou religieuse qu’il appartienne.

À mon sens, c’est le défi de l’heure pour les catholiques du Québec.

Paix dans tes murs, Jérusalem!

Un ami m’écrivait durant mon séjour à Jérusalem: Il doit y avoir beaucoup de merveilleux évènements religieux dans cette ville et ce pays où la Paix devrait régner au lieu de la guerre.  Comment expliquer que la Terre Sainte soit une terre de guerre et si meurtrière ?   Jamais ce conflit ne se règlera car il y a trop de vengeance au cœur de part et d’autre…….

Il m’a donné à penser, cet ami, car les Juifs et, avant eux, les Hébreux chantaient le psaume 122 (121), justement en priant que la paix arrive. Si vous l’avez sous la main, il vaut la peine de le relire. Que dit-il? C’est un chant pour les montées, c’est-à-dire que les pèlerins le chantaient en montant à Jérusalem pour l’un des trois pèlerinages annuels, mais surtout pour Pessah, la Pâque, en souvenir de la libération de l’esclavage en Égypte. Les pèlerins sont tout joyeux à la seule perspective d’aller à la maison du Seigneur, Jérusalem, ville bien bâtie, ville où sont montées les tribus du Seigneur – tribus qui n’ont jamais vraiment connu l’harmonie et l’unité. Malgré cela, Israël aime se voir comme un peuple descendant de ces douze tribus. Et là, au beau milieu du chant,  vous arrive comme en plein coeur la raison de tout pèlerinage: on y monte pour célébrer le nom du Seigneur, là où sont placés des trônes pour la justice. Finalement, c’est la prière: Demandez la paix pour Jérusalem: que tes amis vivent tranquilles; que la paix soit dans tes remparts et la tranquillité dans tes palais!

Ce court et merveilleux psaume résume tous les espoirs du peuple de Dieu en quelques phrases: on peut espérer et prier pour la paix là où on pratique la justice, là où on établit le droit. N’est-ce pas là une annonce du prophète Isaïe (32,16-17): Le droit habitera dans le désert et dans le verger s’établira la justice, le fruit de la justice sera la paix.

Je vous invite à relire tout le chapitre 32 d’Isaïe qui explique son message. Son caractère universel vaut aussi bien pour nous aujourd’hui. Que toute personne qui veut la paix – vous et moi – regarde si la justice se pratique dans sa propre maison, avec ses voisins, avec ses frères et soeurs, avec le pays voisin. Après quelques semaines passées en Terre sainte, je ne m’estime pas qualifié pour me prononcer sur la question de la paix dans ce pays. Il revient aux Palestiniens et aux Israéliens qui recherchent vraiment la paix de se demander si la justice se pratique d’abord chacun dans sa maison, de se demander si, dans leur communauté respective, on est soucieux du droit du pauvre, du sans-voix. Je le redis, ce n’est pas à moi, étranger, de dire qui, de l’un ou l’autre camp, a tort ou a raison. C’est à chacun de faire son examen de conscience. Comme je le fais, quand je souhaite plus de paix dans ma famille, dans mon pays. Pour l’heure, je prie que l’Esprit du Seigneur donne aux protagonistes de ce conflit le courage de rechercher la vérité et l’intelligence de songer au bonheur du peuple plutôt qu’à faire triompher telle ou telle idéologie.

Dans mon prochain article, j’aborderai le message de Jésus à ce sujet. A-t-il apporté quelque chose de plus à l’annonce d’Isaïe?

Lieux saints: cause de la guerre ?

Lieux saints: cause de la guerre ?

Trois fois, des amis, connaissant mon intérêt pour Jérusalem, m’ont fait fait plaisir en me faisant parvenir un lien vers les images 3D de lieux saints, l’un d’eux avec l’introduction suivante :

Voici le trésor de Jérusalem, une des raisons des guerres du Moyen Orient…

Ça m’a donné à réfléchir. Dans quelle mesure les lieux saints sont une des causes de la guerre au Moyen Orient. Je trouve intéressant d’expliciter ce point. Mais un petit survol historique serait intéressant avant de s’exprimer sur la question.

Les plus âgés parmi nous connaissent dans les récits bibliques la promesse d’une terre à Abraham et l’établissement en Canaan du peuple hébreu sous la conduite de Moïse. Ces récits ont contribué à bâtir l’identité du peuple juif, servent encore à fabriquer l’histoire de ce peuple et font partie de l’expérience de foi des chrétiens.

On se rappelle que le petit peuple hébreu a connu sous David, dans les années 1000 av. JC, des heures de gloire, mais moins de 100 ans plus tard, le royaume se scindait en deux. Ensuite, ce peuple et sa terre ont été dominés par des puissances bien supérieures, l’Égypte, l’Assyrie, les Babyloniens, la Macédoine, Rome, les Arabo-musulmans, les Mamelouks, enfin les Ottomans, jusqu’à ce que les puissances coloniales britanniques et françaises y affirment à leur tour leur puissance. Avant Jésus-Christ, les lieux saints chrétiens et musulmans n’existaient pas; quant au temple de Jérusalem, il a été détruit en 588 av. J.C., reconstruit puis détruit à nouveau en 70 ap. JC. On peut affirmer de façon générale que le Proche-Orient en a bien connu des guerres, avec ou sans lieux saints. Et pendant qu’on braque les projecteurs sur la Terre sainte, durant le XXe siècle, et encore maintenant, n’oublions pas que plusieurs peuples se disputaient la domination d’un territoire et ont exterminé d’autres peuples, les victimes se comptant par millions. Plus modestes sont les chiffres en Terre sainte. Ceci dit, je ne veux pas minimiser les souffrances des Palestiniens, des Libanais, des Syriens, des Israéliens, des Égyptiens, qu’ils soient de religion chrétienne, musulmane, juive ou autre.

Les lieux saints sont reconnus comme tels, parce que juifs, chrétiens et musulmans y ont construit ces monuments ou ces bâtiments de culte, et y ont affirmé leur foi en Dieu.  Mais reconnaissons que leur foi a été instrumentalisée par des projets de puissance politique, dans les trois traditions monothéistes et chez les puissances voisines. En eux-mêmes, ces lieux ont-ils jamais causé la guerre? La question mérite qu’on s’y arrête. Je ne suis ni historien, ni politologue, encore moins polémologue, mais je peux dire comment je vois les choses.

Quand des pèlerins chrétiens vont à Jérusalem, ils vont visiter les lieux où aurait passé Jésus de Nazareth et se retremper aux origines de leur foi; ils vont méditer sur la vie de Jésus le Christ et espèrent raffermir leur foi. La foi y est tellement ardente que parfois la présence de communautés chrétiennes diverses donne lieu à des conflits. Mais cela ressemble à des chicanes de famille, où on s’aime quand même, parce qu’on est uni au même Christ. Les chrétiens se sont vu accorder non pas la possession de terres, mais le droit de vénérer leur Dieu dans quelques lieux, dits saints.

Depuis 1948, et le départ des puissances coloniales, les juifs ont fait de Jérusalem et de la terre qu’ils identifient à celle de leurs ancêtres hébreux, leur nouveau pays où ils espèrent construire un État moderne. Au sein même d’Israël, des tendances et des désaccords profonds existent quant à ce qu’est un juif, quelle devrait être la judéité de l’État d’Israël, quels groupes ont le droit d’y appartenir. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les partis politiques en présence et le fragile et savant équilibre des gouvernements en Israël.

Mais ce qui fait l’unité de cet ensemble, c’est la présence d’une autre force, celle des arabo-musulmans, dont les Palestiniens. Ceux-ci occupaient une partie des terres où Israël veut bâtir son État. Dépossédés par les juifs, ils résistent. Ils sont appuyés dans leur combat par diverses factions habitant les pays environnants, principalement en Syrie, Iran, Liban, etc.

L’état de guerre dans le Proche-Orient que nous connaissons depuis les années 1948 a toute une histoire que je ne suis pas compétent à analyser, ni à décortiquer. Je pense que les lieux saints ont une valeur symbolique dans cette guerre. La première cause à mon avis est territoriale: deux peuples, le peuple juif et le peuple palestinien, se disputent la possession des terres qu’on trouve en Israël et au bord du Jourdain et du lac Tibériade. Je ne peux pas départager les responsabilités des conflits pour le moment. Deuxièmement, je pense que le conflit met en cause l’islam, qui considère les croyants des autres religions comme des infidèles et vise ni plus ni moins à les combattre. Il ne faut pas avoir peur de dire ce qu’on pense.

Le christianisme a, à une autre époque, considéré les autres religions de la même manière. Dans le christianisme, on n’a pas toujours suivi l’enseignement et l’exemple donné par Jésus lui-même. Tôt, les adeptes de la foi chrétienne, l’apôtre Pierre et certains de ses sucesseurs, ont succombé à la tentation de dominer plutôt que de servir, de posséder la terre plutôt que de la partager avec leurs semblables. Au Québec, nous avons le jugement facile en parlant des conflits ailleurs, mais nos ancêtres, colons anglais et français en Amérique, n’ont pas hésité à détruire les peuples autochtones. Et nous-mêmes, ne participons-nous pas par nos forces armées à des guerres dont le bien-fondé n’est pas nécessairement et clairement établi? Finalement, la plupart des êtres humains participent à des luttes de pouvoir, de possession. Et je suis convaincu que la foi juive et la foi chrétienne, comme d’autres religions, quand elles sont vécues en accord avec les enseignements de la Torah, de Jésus ou de leurs maîtres, peuvent être des ferments de paix.

Finalement, les trésors des lieux saints sont-ils vraiment une des causes de la guerre au Moyen-Orient ou bien, au contraire, gardent-ils vivant l’espoir d’une éventuelle rencontre des religions, du partage d’un même terre, du dialogue avec les autres, à la fois étrangers et semblables?