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François annonce un jeûne pour la Syrie

L’aumône, la prière et le jeûne: que conseillait Jésus?
Sur l’aumône, il dit (dans Matthieu 6): «Gardez-vous de pratiquer votre religion devant les hommes pour attirer leurs regards; …que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite…»
Sur la prière: «Pour toi quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père…»
Sur le jeûne: «Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre…. Pour toi quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret….»

Le Pape François nous invite à jeûner et à prier ce samedi 7 septembre pour la paix en Syrie. À écouter le président américain Obama et ses supporteurs, on se prend à désespérer que la paix règne un jour en Syrie. François et les personnes de bonne volonté qui le suivront semblent avoir peu de pouvoir pour contrer la force des canons, le martellement des médias, les hauts cris contre les armes chimiques. Si vous croyez en la puissance de la prière, serez-vous du nombre de ceux qui disposeront leur cœur pour faire advenir la paix?

Pour moi, il n’y a pas de règles très précises pour le jeûne, à part les conseils de Jésus. Chacun l’interprète à sa manière, sans manger, sans boire, ou en se privant seulement de certains repas ou certains plats. C’est d’abord une attitude intérieure, un mouvement du cœur, pour que la paix advienne en soi-même tout d’abord, pour que par contagion elle touche le voisin.

Surtout, n’écoutons pas les marchands de peurs et d’armes, mais encourageons les ouvertures au dialogue. Faisons comme ces personnes de Saguenay qui, après le vandalisme d’une mosquée à Saguenay, sont allées à la rencontre des musulmans pour mieux les connaître, plutôt que de rester indifférents. Ma religion et de nombreuses autres enseignent que tous les humains sont enfants d’un même Père. C’est parce que nous avons oublié cela que beaucoup de personnes ont préféré s’éloigner de nos fausses pratiques ou malcroyances.

La foi de Jésus

La foi de Jésus

Nous sommes prompts, généralement, à affirmer notre foi en Jésus sans avoir, au préalable, examiné de quelle foi Jésus, en son temps, se proclamait et comment, de la foi reçue et apprise il est passé à la foi vécue. Cela me semble capital, et l’examen de passages du Deuxième Testament lèvera le voile sur une question d’importance dans le contexte de l’Année de la foi, du synode consacré à la Nouvelle Évangélisation et du rappel imminent des cinquante ans de Vatican II.

Foi en soi, en l’humain, en Dieu: un itinéraire

Lors de la tentation de Jésus au désert, avant sa vie publique,  ce dernier puise dans les Écritures de sa tradition juive pour répliquer au tentateur : « L’homme ne vivra pas de pain seul, mais de toute parole qui sort par la bouche de Dieu (Dt 8,3) ». « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu (Dt 6,16). » « Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et à lui seul tu rendras un culte (Dt 6,13). » Cette foi juive de Jésus, reçue dès sa circoncision et sa présentation au Temple (Luc 1, 17-66) se nourrit des références apprises depuis son enfance dans le contexte de son éducation religieuse. À l’âge adulte, son ministère va d’abord s’ancrer en Galilée et en Judée-Samarie pour Jean, et ce, en vue de prêcher l’évangile (La Bonne Nouvelle) de Dieu. Sa mission est claire : révéler Dieu à l’humanité à la suite de nombreux prophètes au sein d’Israël, son peuple (Mt 4, 12-17; Mc 1,14-15; Lc 4, 14-15). Une foi vécue et engagée au service de toute l’humanité. Fonction prophétique de son baptême reçu des mains de Jean-Baptiste au Jourdain (Mt 3, 13-17); Mc 1,9-11; Lc 3, 21-22; Jn 1, 29-34). Ses premiers apôtres répondront sans aucune hésitation oui à son appel de le suivre: geste humain de confiance (fides), inestimable et précurseur d’une éducation à une foi renouvelée sous la gouverne de leur maître (Mt 4, 18-22; Mc 1, 16-20; Lc 5, 1 et ss.). En quittant Capharnaüm, il les instruit de sa mission spécifique : «Aux autres villes aussi il me faut annoncer la bonne nouvelle du royaume de Dieu, parce que c’est pour cela que je fus envoyé. (Lc 4,43)

La résurrection de Lazare est l’occasion du témoignage de la foi de Jésus rendu par Marthe : «Et maintenant je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » (Jn 11, 22). Foi incarnée où Jésus pleure la mort de son ami Lazare, frémit en son esprit et se troubla, et frémissant à nouveau en approchant du tombeau (Jn 11, 33-34, 38). Une fois la pierre du tombeau enlevée, Jésus leva les yeux et dit : «Père je te rends grâce de m’avoir écouté. Pour moi, je savais que tu m’écoutes toujours; mais j’ai parlé pour la foule qui se tient à l’entour, pour qu’ils croient que tu m’as envoyé. » (Jn 11, 41-42. ). Sa foi s’exprime par la prière, relation privilégiée avec Dieu. Rien n’est impossible à celui qui a la foi, grosse comme un grain de sénevé (Mt 17,20; Lc 17, 6).

La prière pour soutenir sa foi

« Et le matin à la nuit noire, se levant, il sortit et s’en alla dans un lieu désert, et là il priait (Mt 1,35). Sa foi profonde ajoutait le geste, témoin de ce qu’il vivait : «Et il guérit beaucoup de mal-portants atteints de divers maux (Mc 1, 34). » On peut dès lors saisir que ces maux guéris relevaient tout à la fois du corps, les paralytiques, de l’esprit, les lunatiques, de l’âme, les démoniaques (Mt 4, 24), du cœur, l’homme pécheur (Lc 5, 8). Après le geste accompli – par exemple la  guérison d’un lépreux – « Il se tenait retiré dans les déserts et priant. (Lc, 5, 16) » Jésus, homme d’une grande foi, savait reconnaître celle des autres : « Et Jésus, voyant leur foi… » à l’occasion de la guérison d’un paralytique à Capharnaüm (Mt 9, 1-8; Mc 2, 1-12; Lc 5 17-26). Et les autres constataient ce que sa foi lui permettait de faire : « Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous » (Lc 6, 19). La guérison d’une hémorroïsse (Mt 9, 20-21; Mc 5, 25-34; Lc 8, 43-48) confirme ce que ressent Jésus : …ayant connu en lui-même la force sortie de lui…).  « Or il arriva, en ces jours-là, qu’il s’en alla dans la montagne pour prier, et il passait toute la nuit dans la prière de Dieu. » (Lc 6, 20/Introduction au discours évangélique). Au bord de la mer de Galilée, lors de la première multiplication des pains, Jésus, « prenant les cinq pains et les deux poissons, levant les yeux au ciel, il dit la bénédiction sur eux et les rompit et les donnait aux disciples pour les présenter à la foule. (Lc 9, 16; Mt 14,36; Mc 6,41; Jn 6, 11).

Après son discours sur les conditions pour le suivre et la venue prochaine du Royaume, donc environ huit jours après, Jésus, ayant pris Pierre, Jacques et Jean son frère pour monter sur la montagne et y prier. Et comme il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement blanc, fulgurant. «  (Transfiguration/ Mt 17, 1-8; Mc 9, 2-8; Lc 9, 28-36). La foi vécue qui transfigure tout l’homme Jésus dans un contact privilégié avec son Père. Car « Tout est possible à celui qui croit. » (Mc 9,23). La prière est parfois irremplaçable. À l’occasion de la guérison d’un enfant épileptique par Jésus, alors que ses disciples avaient échoué à chasser l’esprit muet et sourd, il leur dit : «  Cette espèce ne peut sortir par rien sinon par la prière (Mc 9,29). » Prière nourrissant la foi agissante. Cette même prière adressée au maître pour envoyer des ouvriers à sa moisson (Mt 10, 9; Lc 10, 2), trop peu nombreux pour la surabondance de cette dernière. Et, à la fin de sa vie, alors que « son âme est triste – Jésus fut troublé en son esprit (Jn 13,21) – …il priait pour que, s’il est possible, l’heure passât loin de lui. (…) Abba, Père,…non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Mc 14, 34-36). Foi éprouvée.

L’agonie à Gethsémani nous le montre priant seul en ce moment si angoissant. Seul, car ses apôtres, profondément endormis, ne purent veiller avec lui. Sur la croix, à la neuvième heure, Jésus clama : «  Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Mt 27,46; Mc 15, 34). Cri d’une souffrance extrême. Mais l’aveu final de sa foi vécue jusqu’au bout est contenu dans cette dernière et ultime prière : «  Père,  entre tes mains je remets mon esprit, et il expira ». (Lc 23, 46).

Sa foi le faisait accéder à une compréhension venant aussi du cœur

L‘épisode des épis arrachés un jour de sabbat –ce qui allait contre la loi selon les Pharisiens –  permet à Jésus de puiser dans l’expérience de leur ancêtre commun, le roi David, pour ensuite affirmer : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat; en sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat » (Mc 2, 27-28). Guérir un jour de sabbat était-il condamnable?  Jésus en conclura  qu’«… il est permis de faire une bonne action le sabbat » (Mt 12, 12). Cette grande liberté intérieure a comme point d’appui une foi vécue tout aussi puissante, inébranlable, et déterminée à réformer sa tradition religieuse devenue, sous divers angles, inhumaine.

Dans le texte des béatitudes (Mt 5, 3-12; Lc 6, 20b-26) Jésus propose une nouvelle charte des comportements humains pour connaître le bonheur par la solidarité, le partage et le souci des autres. Des affirmations audacieuses d’un esprit qui rejoint le cœur de l’humanité. Si ses disciples sont le « sel de la terre » (Mt 5, 13; Mc 9, 50; Lc 14, 34-35),  « la lumière du monde » (Mt 14-16; Mc 4, 21; Lc 11, 53), ils doivent témoigner, tout comme lui, d’une même foi. Jésus incite au pardon et à la réconciliation (Mt 5, 23-24), il se prononce contre la vengeance (Mt 5, 38-42; Lc 6, 29-30) et osera même renverser l’ordre établi des lois : «Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent… » (Mt 5, 44; Lc 6, 27-28). Un cri du cœur en faveur de la miséricorde. Le même que le prophète Osée (6,6) : «Je désire la miséricorde et non le sacrifice. » Voulant changer les mentalités, Jésus voudrait que désormais l’aumône soit faite en secret (Mt 6, 1-4), ainsi que la prière adressée à son Père (Mt 6, 5-8) et du même ordre,  l’esprit du jeûne (Mt 6, 16-18). Éviter de juger autrui (Mt 7, 1-5; Mc 4, 24; Lc 6, 37-42) et lui faire ce qu’on veut qu’il nous fasse – règle d’or de l’éthique planétaire (Hans Küng(1)) -.  La foi vécue de Jésus convie tous ses disciples de tous les temps à ne pas seulement dire, mais agir (Mt 7, 21-23; Lc 6, 46) et à toujours construire sur le roc (Mt 7, 24-27; Lc 6, 47-49).

Jésus s’exprime dans un abandon total au Dieu de sa foi, le Père céleste

La foi, ce saut dans l’inconnu, devrait nous libérer des soucis temporels (Lc 12, 22-31), mais encore faut-il choisir le Maître à servir (Dieu ou l’Argent) ! Dans le texte de Jean sur la Samaritaine (Jn 4, 1-42) est évoquée cette rencontre empreinte d’une confiance mutuelle et de la recherche d’un amour vrai de la part de cette femme. Ici, on repère la foi vécue de Jésus dans des attitudes profondément humaines et ultimement spirituelles. À ses apôtres qui se soucient de le faire manger, Jésus rétorque : «Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de parfaire son œuvre » (Jn 4, 34). Insouciance temporelle au profit de l’engagement de sa foi au service des Samaritains où il demeurera deux jours car ces derniers l’ont reconnu comme Sauveur du Monde. Ainsi en fut-il du centurion de Capharnaüm (Mt 8, 5-13; Lc 7, 1-10; Jn 4, 46-54) étranger à un double titre : Romain, donc ennemi d’Israël et païen, donc sans lien avec la tradition religieuse juive. Jésus indique clairement quelle foi est nécessaire pour transformer le monde, et celle du centurion, admirable, lui fera avouer : « En vérité, je vous le dis, chez personne je n’ai trouvé pareille foi en Israël. » (Mt 8,10; Lc 7, 9). Entièrement confiant dans les œuvres de son Père, Jésus dormait sur le coussin à la proue de la barque alors qu’une grande agitation survint dans la mer (Mt 8, 23-27; Mc 4, 36-41; Lc 8, 23-25). Sa foi est confrontée au peu de foi des disciples alors présents dans la même barque. Son geste les interpelle et ils s’interrogent sur sa véritable identité.

Lors de la guérison d’un handicapé à la piscine de Bezatha, miracle intervenu un jour de sabbat, et fortement reproché par ses coreligionnaires juifs, Jésus leur répondit : «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, moi aussi je travaille. » « C’est pourquoi donc, les Juifs cherchaient plus encore à le tuer, parce que, non seulement il rompait le sabbat, mais il disait Dieu son Père, se faisant égal à Dieu (Jn 5, 17-18). » Et pourtant, Jésus ne cherche pas sa volonté mais celle de celui qui l’a envoyé (Jn 5, 30). Cette maturité dans la foi d’adulte fait en sorte que Jésus s’identifie fortement à celui qui l’a envoyé : « …c’est mon Père qui me glorifie, que vous dites qu’il est votre Dieu; et vous ne l’avez pas connu. Mais moi je le connais… (Jn 8, 54b-55). »

Conclusion

Une vie de foi, de l’enfance à la mort, Jésus assume entièrement « sa » mission spirituelle. Transcendant « sa » tradition religieuse. Et pour paraphraser Paul (Gal 2, 20), je dirais, en mettant dans la bouche de Jésus, la parole suivante : » Mais ce n’est plus moi qui vis, mais Dieu mon Père qui vit en moi. » (Jésus).

(1)   KÜNG, Hans, Projet d’éthique planétaire. La paix mondiale par la paix entre les religions, Paris, Éd. Du Seuil, 1991.

Ce texte a été publié dans la Revue L’Envoi, en septembre 2012.

Avec Occupons Montréal et tous les indigné-e-s

MÉDITONS!
C’est l’appel de Gérard Laverdure, un ami du Forum André-Naud de Montréal.

Voici le texte de son INVITATION.

Il fait nuit sur le monde et les «indigné-e-s» sont des lumières qui nous interpellent aujourd’hui. A nos consciences!

Occupons Montréal a complété ce samedi sa 3e semaine. Autour de 400 occupants dans environ 250 tentes. Intenses préparatifs d’hiver aujourd’hui. C’est bien organisé (10 comités) et le comité de coordination rappelle souvent l’inspiration (et consignes) pacifique de cette occupation pour que les choses changent grandement dans notre société. Les slogans sur les pancartes sont éloquents sur les remises en question que ces jeunes font. Les liens sont courtois avec l’entourage et la police. Événements artistiques le dimanche après-midi. Ils sont reliés à plusieurs autres sites «Occupons…» dans le monde. Les rencontrer face à face, parmi leurs tentes ou lors des assemblées générales (mardi et jeudi 18h), écouter et recevoir, sont des moments uniques. Pour plus d’informations voir liens plus bas.

Richard Renshaw qui a eu des expériences de campement en Amérique du Sud et moi avons échangé avec le comité de «ressourcement» des Occupants déjà fonctionnel (méditation, yoga le matin), en vue de supporter le mouvement. Résultat: un rassemblement spirituelle communautaire sur place pour appuyer les occupants et manifester la dimension «sacrée» de ce qu’ils portent et de ce lieu «Place des peuples», révélateur des désirs profonds de changement qui montent de partout sur notre planète. Ce rassemblement serait aussi un signal clair aux habitants de Montréal que les grandes traditions spirituelles de l’histoire se retrouvent dans le Souffle qui les inspire et l’essentiel de leurs revendications. Les membres du comité sont enchantés et nous invitent chez eux.

Avec eux, nous vous invitons donc à un «rassemblement pour la justice et la paix», à venir former une chaîne de méditation/prière silencieuse autour du campement tous les samedi matin 11h à compter du 19 novembre. Venez habillés chaudement. Les campeurs apprécieraient aussi si vous pouviez en plus participer à la marche hebdomadaire tous les samedis à 15h. Nous sommes donc conviés à un événement extraordinaire pour des enjeux hors de l’ordinaire afin d’y manifester la foi et l’espérance qui nous habitent et supporter ces «éveilleurs de conscience» qui interpellent les grands pouvoirs de ce monde à mains nues et dans des tentes fragiles.

Si vous ne pouvez vous joindre de corps, soyez présents de pensée et de cœur.
Faites circuler l’invitation abondamment dans vos réseaux.

Gérard Laverdure
6 novembre 2011