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Préparons notre relève sacerdotale

Préparons notre relève sacerdotale

Cher Wilson,

Le bulletin l’INFO… diocésain nous invitait cette semaine à informer les ados âgés entre 12 et 16 ans et impliqués dans des activités religieuses, qu’il existe un petit groupe d’accompagnement pour les aider à découvrir un chemin d’épanouissement et de discernement, tout en leur permettant de partager des moments de joies. J’aimerais soumettre à ta réflexion, en tant que responsable de la pastorale des vocations, le point de vue suivant à propos de l’appel à servir dans l’Église comme prêtre.

1- Je pense que la mission de l’Église d’annoncer l’Évangile, cette extraordinaire nouvelle que Dieu s’est fait proche des humains en Jésus et vient à la rencontre des femmes et des hommes de notre temps, je pense que cette mission appelle tous les intervenants pour la relève sacerdotale à s’ouvrir aux vocations de femmes pour devenir prêtres. Aussi longtemps qu’ils refuseront de le faire, je pense que ce sera un obstacle à l’évangélisation ici au Québec et l’Église continuera d’éloigner ceux et celles que le Christ attire à Lui. C’est un contre-témoignage de la foi en un Dieu qui n’a que faire des arguments de la tradition et ne fait pas de différence entre les humains pour raison de sexe. Il est déjà difficile de croire; aussi quand Dieu appelle des humains à Lui, pourquoi poser un obstacle supplémentaire en excluant des personnes du presbytérat à cause de leur sexe?

2- Pour ma part, je continue de proclamer que des femmes autant que des hommes sont appelées par l’Esprit saint à être prêtre et pasteur. Hommes et femmes peuvent présenter de manière complémentaire les merveilles dont Dieu a gratifié les humains. Je t’invite, si tu ne l’as pas fait encore, à dialoguer avec une de ces femmes appelées, pour découvrir la richesse et l’authenticité de son appel. Tu en connais dans notre diocèse. Je t’invite également à visiter le site femmes et ministères et à juger par toi-même. Nous, baptisés et, à plus forte raison, les pasteurs, ne sommes-nous pas invités à vivre de l’Esprit du Christ? Il n’est pas un esprit de peur, mais de courage. Il n’est pas un esprit d’obéissance aveugle, mais d’intelligence. Il n’est pas un esprit étouffant, mais souffle de vie.

3- Même si la génération de prêtres et d’évêques engendrée par Jean Paul II et Benoît XVI ne se laisse pas guider par l’Esprit sur cette question, le peuple de Dieu continuera de croire, mais de plus en plus en dehors des cadres de l’institution. Cette génération écoutera l’Esprit ou disparaîtra et fera place à une nouvelle Église. J’aime bien l’expression de notre évêque quand il dit à tous ses collaborateurs et collaboratrices, à propos du regroupement des paroisses, que c’est à une expérience pascale que nous sommes appelés; il en est de même pour les chefs de l’Église et les responsables des vocations. C’est pourquoi je prie que l’Esprit saint vous donne de l’audace.

Quel est le Dieu auquel je crois?

Quel est le Dieu auquel je crois?

Gabriel Ringuet, en sous-titre de son livre L’évangile d’un libre-penseur, pose la question Dieu serait-il laïque? Pour un résumé de sa pensée, je vous invite à lire cet article. La question la plus intéressante pour moi dans cet article est:  Quel est donc, au cœur de l’Evangile, le Dieu révélé par Jésus de Nazareth ?

En regardant les paroisses de l’Unité des Rivières (St-Thomas, Sacré-Cœur de Crabtree et St-Thomas, diocèse de Joliette), leur pasteur, les bénévoles, et tous les croyantes et croyants, à la veille du regroupement de ces communautés en une seule paroisse, je me demande bien: Quel est donc, au cœur de l’Évangile, le Dieu révélé par Jésus de Nazareth? C’est LA question cruciale pour moi en ce moment, où nous arrivons à une croisée des chemins. Car, un regroupement de paroisses, c’est plus qu’une opération administrative, par exemple un seul secrétariat, une seule comptabilité, une seule messe par dimanche. La question pour moi, c’est: Est-ce que dans cette opération nous saurons devenir, ensemble, révélateurs et révélatrices de Dieu? Les gens et surtout les plus jeunes, en nous voyant faire, sauront-ils davantage quel est le Dieu auquel nous croyons et auront-ils le goût de suivre ses chemins?

Et l’occasion est bonne, car la liturgie du temps de l’Avent nous rappellera bientôt que Dieu s’est fait proche des humains, que – nouvelle difficile à croire – il est devenu l’un de nous. Avant d’être paroissien de St-Paul, de Crabtree ou de St-Thomas, on appartient à la même famille et on partage le même héritage: d’être devenus fils et filles d’un même Père. L’occasion est bonne encore de nous rappeler que le Royaume de Dieu s’est approché de nous en Jésus de Nazareth. Si l’on croit vraiment que Jésus, c’est Dieu devenu notre prochain, eh bien, il suffit de regarder Jésus dans les évangiles pour avoir une meilleure vision de Dieu.

Le premier geste de Jésus est son baptême par Jean le Baptiste. Il faut prendre conscience que par ce geste Jésus se reconnaît pécheur, comme appartenant à un peuple pécheur, qui a pris l’habitude de mener sa vie en ignorant Dieu. Il reconnaît en recevant ce baptême que le seule attitude digne d’un croyant, c’est de se convertir aux manières de Dieu et de changer son regard sur les autres.

Ce que je souhaite rencontrer chez mes sœurs et mes frères de Crabtree, St-Thomas et St-Paul, c’est avant tout la foi en Dieu qui s’est fait proche de tous et le désir de nous faire proches les uns des autres, et surtout des pauvres et des exclus. Il y aura bien des obstacles à surmonter dans le réaménagement de nos paroisses, à commencer par «l’esprit de clocher». Se convertir aux manières de Dieu, c’est reconnaître notre peur des autres, notre peur de perdre, d’être dépouillé de nos affaires. Relisons les évangiles, regardons comment Jésus a vécu. N’a-t-il pas vécu simplement, détaché des biens matériels, dépouillé de tout, en fin de compte? N’a-t-il pas enseigné: Heureux les pauvres, le royaume des cieux est à eux?

À chaque pas que nous ferons dans le réaménagement de nos paroisses, il faudra garder constamment à l’esprit cette question: que nous dit l’enseignement de Jésus, d’après les évangiles, sur la conduite bonne et juste à adopter? Être baptisé exige rien de moins que cela. Le nombre de prêtres a dramatiquement chuté chez nous. Que faire pour célébrer dignement l’eucharistie, pour que cette célébration soit une fête, où on reconnaît que nous sommes des sauvés? Une messe dominicale par paroisse soulagerait notre prêtre, mais vite, qu’elle devienne le rassemblement des chrétiennes et des chrétiens engagés à vivre de plus en plus à la manière de Jésus afin que Dieu soit révélé dans toute sa compassion, sa générosité, sa simplicité, sa grandeur. Comme Jésus de Nazareth a été révélateur de Dieu, chacune et chacun de nous doit le devenir aussi. Nous avons reçu un guide extraordinaire dans notre cheminement vers Dieu; ne laissons pas les Évangiles dormir au fond d’un tiroir, lisons-les, méditons-les, et apprenons à nous en servir pour éclairer notre route.

Ordonner une femme prêtre: un grave délit !? (1/3)

Certains de mes amis sont fatigués de parler de cette question, car Rome a statué et ne voudra pas revenir là-dessus. Quand ce ne serait que pour ma satisfaction personnelle, je tiens à aller le plus loin possible dans cette réflexion. Et je pense que les «simples fidèles», pour peu qu’ils tiennent à leur foi en Jésus Christ et à la communion des baptisés, ne doivent pas s’écraser et se taire face à la position enseignée par Rome. La question que je me pose est:  Sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce, est-ce que les arguments apportés par Rome tiennent la route?

On sait que le récent document catholique romain «Nouvelles normes sur le délits les plus graves», en resserrant les procédures contre les prêtres abuseurs, a qualifié comme un délit l’ordination ou l’attentat (sic !!!) d’ordination d’une femme. Soyons bienveillants et passons par dessus le fait que ce document mal pensé a associé l’ordination d’une femme à un crime, l’abus sexuel sur mineurs.

Du Québec et d’autres pays sortis du Moyen Âge sont venues des demandes persistantes pour considérer la vocation des femmes au sacerdoce, et Rome continue d’opposer un refus net avec trois arguments. Ces arguments ont été publiés dans la Déclaration Inter insigniores (en français) de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel. Les voici : (1) l’exemple de Jésus qui a choisi ses apôtres uniquement parmi les hommes, (2) au cours de ses 2000 ans d’histoire, l’Église a continuellement agi ainsi et (3) le prêtre étant un signe du Christ, à cause de son sexe,  une femme ne peut pas convenablement représenter Jésus.

Dans cet article, j’émets quelques considérations sur la liberté de Jésus, ce qu’on fait dire à l’Écriture à propos des femmes apôtres et ce qu’on a caché, la place de Marie dans cette question et la responsabilité des évêques, représentés ici par la Congrégation pour la doctrine de la foi.

1- L’EXEMPLE DE JÉSUS. On dit que Jésus était libre et que, s’il l’avait voulu, il aurait bien pu appeler des femmes à faire partie des Douze apôtres. Généralement, on pense aujourd’hui que, pour un homme de son époque, Jésus a fait preuve d’une grande considération pour les femmes, ce qui renforce l’argument qu’il n’avait pas l’intention d’appeler des femmes à être apôtres. Finalement, on rive le clou en disant que la dignité et la sainteté de Marie sa mère lui auraient bien valu d’être la première femme ordonnée prêtre, ce que Jésus n’a pas fait.

Je conviens que Jésus était libre, mais libre en recherchant la volonté du Père. On s’entend, la volonté de Dieu n’est pas toujours évidente et est éminemment affaire de discernement et de relecture des événements de la vie du peuple de Dieu. Et si Jésus était un homme pour vrai, lui aussi a dû se retirer pour prier et discerner quelle était la volonté du Père. Parce que les Évangiles disent que Jésus n’a pas appelé de femmes au ministère d’apôtre, il ne s’ensuit pas nécessairement que c’était la volonté de Dieu que les femmes soient pour toujours refusées à ce service. Bien au contraire, une lecture non biaisée des Évangiles peut conduire à une interprétation différente.

En effet, bien qu’on mentionne dans la Déclaration Inter Insigniores que Jésus a chargé des femmes de porter le message de sa résurrection aux Douze, les auteurs se gardent bien de tirer de ce fait les conséquences, à savoir que ces femmes ont agi en envoyées et pouvaient être considérées comme apôtres. N’oublions pas aussi que c’est une Samaritaine qui, suite à sa rencontre de Jésus, devient messagère de salut auprès des Samaritains. La Déclaration s’abstient bien de mentionner son témoignage qui a conduit ses compatriotes à reconnaître en Jésus le sauveur. Ces deux cas illustrent qu’en rédigeant les évangiles on a fait une relecture, un choix, une interprétation selon les us et coutumes de l’époque. Il était normal en fin de compte que des hommes tiennent le rôle officiel d’apôtres, mais faut-il nécessairement y voir un «dessein éternel» du Père?

Le fait que dans les écrits bibliques les Douze apôtres soient des hommes, par la volonté de Dieu prétend-on, dépend assurément plus des nécessités de la mission qui exigeait à l’époque un certain profil d’apôtre. Quand les évêques choisissent aujourd’hui des candidats au sacerdoce, ils se guident sur un certain profil. Les cardinaux eux-mêmes, quand ils choisissent un des leurs comme pape sous l’inspiration de l’Esprit, n’en demeurent pas moins guidés par les besoins de la mission de l’Église aux hommes d’aujourd’hui.

On peut certainement douter que la Congrégation pour la Doctrine de la foi s’est laissée guider par les exigences de la mission de l’Église au début de IIe millénaire. Il me semble qu’en affirmant qu’elle «ne se considère pas autorisée à admettre des femmes à l’ordination», elle a fait preuve d’une singulière pusillanimité à chercher la volonté de Dieu et à interpréter les signes des temps dans l’admission des femmes au sacerdoce, tout le contraire de ce que le Concile Vatican II les invitait à faire.

Si tant de femmes travaillent aujourd’hui au service de la mission dans nos paroisses et nos évêchés, qu’attendent nos évêques et surtout nos cardinaux pour reconnaître à la face du monde que certaines de ces femmes sont des apôtres dans l’âme et pourraient, si on se donnait la peine d’examiner leur appel au sacerdoce, être admises par l’Église. À mon sens, ils feraient ainsi preuve d’une plus grande fidélité à la volonté du Père qu’en imitant servilement le Seigneur Jésus, ses Apôtres et les Pères de l’Église.

L’argument le plus facétieux – qui montre toute la faiblesse de la position romaine –  est celui que Marie la mère de Jésus, pourtant intimement associée à son mystère, n’a pas été «investie du ministère apostolique»! Je réponds:  était-il vraiment nécessaire qu’elle soit appelée à être apôtre, elle qui avait assumé la tâche énorme de mettre au monde cet enfant et d’éduquer le futur prophète? Il me semble qu’elle en a assez fait pour qu’on lui reconnaisse sa dignité et son rôle dans la révélation du Royaume des cieux. C’est comme si on disait aujourd’hui que Mère Térésa aurait pu être ordonnée prêtre. Oui, à condition qu’elle en ait reçu l’appel, à condition qu’elle n’eut pas exercé un autre charisme, et quel charisme!

Plutôt que de qualifier l’ordination des femmes de délit, le Pape Benoît XVI devrait songer sérieusement que c’est un chemin incontournable pour l’annonce de l’Évangile aujourd’hui. Il y a là une réconciliation à faire avec la moitié de l’humanité, bien plus utile que la réconciliation avec les lefebvristes.

En attendant d’aborder les deux autres arguments de la Déclaration, c0ntinuons de croire que l’Esprit saint guide nos évêques et d’espérer que la plus haute autorité de Rome se mette à l’écoute de l’Esprit saint et ait le courage de réexaminer la question et de prendre au sérieux les demandes des femmes appelées.

Suite dans l’article 2:  Que les femmes se taisent dans les assemblées…

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