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FRANÇOIS, nouveau pape, et l’ HISTOIRE

Des réflexions entre amis  en rapport avec la nomination du nouveau pape François  m’ont amené, à mon tour, à soumettre quelques pistes parallèles, selon mes convictions, sur le fond du dossier des religions, du christianisme et de la croyance. Tous ces mots-clé qui verrouillent un monde souvent opaque et qui renvoient aux réalités immémoriales. C’est ma façon à moi de passer la Pâques (de l’hébreu, passage) et de faire prévaloir, je ne m’en cache pas, l’identité singulière du christianisme, au sens large du mot, dans l’environnement pluraliste moderne.

Un de ces amis-là a touché à des points sensibles en évoquant les différences et les ressemblances entre l’idéologie marxiste et le message chrétien, en pointant les credos des autres religions et en soulignant les défis qui attendent le nouveau pape.

L’immémorial, l’invisible n’a pas fini de nous interpeller, quoi que l’on en dise. Pour ma part, dans mes premières études en archéologie, j’avais été frappé par l’hommage humble rendu par l’Homo sapiens du paléolithique à ses défunts. Cela ne m’a jamais lâché comme un fondement. Le souci du destin de leurs morts pointait. Les pratiques d’ensevelissement  étaient les prolégomènes de l’idée préhistorique de religion. Déjà, c’était un évènement , celui du transitaire qui se voit en train d’apprivoiser la mort par un rite et de reconnaître l’après-vie  sans allergie à l’égard d’une « philosophie » de la fin d’un monde. Quel beau prétexte pour nous intéresser à toute l’Histoire face à l’effondrement des convictions idéologiques  sur « l’histoire a-t-elle un sens ? », sur « à quoi bon la vie et après ».  Pour ma part, loin de l’approche positiviste et relativiste à laquelle certains philosophes, scientistes et historiens adhèrent ou veulent habituer tous les Monsieur Jourdain qui s’ignorent en forme d’idées reçues, je me tiens loin des structures conquérantes du prêt-à-penser ou des idées vendues comme définitives comme le nihilisme qui refuse tout débat sur la croyance et la raison. Si je n’ai jamais adhéré à une version de l’histoire dite cyclique qui analyse la marche de l’humanité comme un éternel retour, c’est que j’ai perçu dans le christianisme  le caractère eschatologique de son projet, projet d’un renversement philosophique antique nous délivrant du passé  immobile pour construire le présent en gestation à partir de la  valeur exigeante de l’avenir. L’histoire est quête du salut (ou le bonheur dans sa version sécularisée) et le salut est une raison de vivre.

Notre espace à nous, pauvres humains, l’espace d’expérience  se joue  sur l’horizon de l’attente, tension pour changer les réalités d’un monde meilleur à venir, sur la terre d’abord comme au ciel, pour celui qui y croit.

Cet espace se construit d’abord dans le doute (la foi doute toujours) comme le philosophe et théologien Thomas d’Aquin le professait à l’Université de Paris. Il se construit dans la liberté encore, même limitée, comme l’ont proclamé un Jésus et  un Paul, hommes des univers romain et moyen-oriental. Il s’est construit dans la découverte de la science, déjà, à  la Renaissance en collision avec la religion instituée mais pour inventer les temps nouveaux. Il s’est construit dans le prolongement de la Révolution française, des Lumières et des siècles subséquents riches en développement de la science et des sciences humaines, sévère période de crise pour l’Église. Mais cela  a permis le développement d’une anthropologie « chrétienne » appelée théologie des réalités terrestres propice à l’amour de l’Évangile en termes d’engagement temporel, d’immanence caractérisée au service de la justice et des droits de l’homme. Ce mouvement de réaménagement s’est dessiné pour repousser les limites de l’homme de façon à lui rendre plus de liberté consubstantielle à l’histoire en marche. L’idée de progrès était une contribution à une dynamique constructrice. Le témoignage chrétien n’était pas une autoproduction de l’esprit. Certains traits de la théologie de la libération reflètent cette alchimie de l’histoire  qui a accouché d’un amour préférentiel pour les pauvres.

François  a goûté à cette pastorale de terrain dans la douleur du discernement. A-t-il ainsi contribué au sens de l’Histoire ? Son expérience est un rappel à l’auteur de l’Apocalypse qui avait voulu affirmer son espérance en dépit des horreurs de ce monde. Ce n’est pas pour rien que le christianisme est d’abord une pédagogie bien avant d’être une morale, ce à quoi il s’est souvent réduit lui-même et pour laquelle il en paie le prix.

On parle souvent ou on pose la question :  Est-ce la fin  du christianisme ? Comme si le sort en est jeté. On annonce la fin de la religion et plusieurs croient que la sécularisation allait se conjuguer et en finir avec la modernité. Pourtant, le religieux réapparaît sous des formes rébarbatives ou inattendues. Oui, c’est la fin d’un certain christianisme rococo, baroque, solennel, inféodé à une culture particulière.

Nous souffrons du trouble d’accumulation compulsive : pratiques à base d’impératifs, de ritualisme, de centralisme, de cléricalisme, de dogmatisme, d’injonctions culpabilisantes, etc. Il faut le reconnaître. Une approche qui a conduit au désenchantement. Nous sommes en phase de psychanalyse sauvage.

Et ainsi on ne voit plus les accents de sagesse, ni l’intelligence de la quête que l’Évangile suscite.

Pourtant, je suis témoin de faits religieux basés sur l’expérience d’intériorité et de spiritualité. Je connais des laïcs doués pour la proposition de sens et de service au monde, de laïcs qui ne confondent pas Dieu et son image, qui sont des ferments dans divers domaines, prêts à accompagner dans l’aventure humaine, et parfois en dehors de la norme convenue mais inventive. Je connais des lauréats Nobel croyants confrontant leur foi et leur science sans états d’âme. Je rencontre des catholiques impliqués dans l’aide aux immigrants et aux réfugiés, dans les soupes populaires, dans l’accompagnement des personnes du  périphérique de la pauvreté intellectuelle, psychique et physique.  Je lis le récit de pèlerinages d’étudiants institués selon un format inhabituel en fonction de thématiques ponctuelles. Etc. Je suis alors loin du faux cynisme vulgaire et de la culture  pharisaïque du procès. Et loin de Mitterrand : « Le christianisme, j’en ai fait le tour ».

Je me souviendrai toujours  de ce moment magique, d’un certain matin en plein Grand canyon, assistant au lever du soleil. Les visiteurs étaient à l’image de toute la communauté internationale. Silence profond, jardin d’étoiles, température égale. Puis dans un creux de l’horizon, le soleil. Les couleurs changeaient à chaque instant. Spectacle grandiose. À tant de beauté sauvage qui s’enflammait sous mes yeux, j’avais le vertige assumé à cause de l’ordre et de l’harmonie exquise, de la régularité du mouvement. J’assistais à la création d’un monde. Tant de coordination, tant de précision…  Étais-je Dieu ou Einstein ? Autrement dit, d’où vient l’univers ? Qu’est-ce que le réel ? Quels sont les rapports entre la matière et la conscience ? Quelle place l’humain occupe-t-il dans cet espace infini ? Cela me renvoya à l’origine du monde, aux fondements de la science. Ce fut une expérience mystique et cosmique. Tout était dans tout. Face à l’Ultime réalité (De Duve). Ma  foi a re-cru en l’univers. Un moment divin, quoi !

Quelles seraient donc les conséquences de la fin du christianisme, de la « sortie » de la religion ? Le clivage ne ressort d’abord pas d’une vision religieuse ou laïque du monde. Il tient plutôt entre deux conceptions de l’Homme. La première, celle où on croit que la société se régule d’elle-même, en auto-organisation, où les individus s’auto-construisent en se délivrant de tout détour par la culture. La seconde, celle où croyants ou non (car on croit tous en quelque chose) estiment que l’humanité est le fruit d’un projet passant par des médiations. Mais ici la religion est débarrassée de visées de domination, d’injonctions. Elle est un ferment et non un opium. Ici la religion est fléchée, d’où son sens. D’où sa charge d’espérance, emprunt sur le bonheur. Un tel christianisme ne peut finir.

C’est cette problématique à laquelle le nouveau pape sera soumis. De tous les dossiers soumis à son intendance, celui de la fin  du christianisme reste le plus crucial (de « crux »= croix).  Son règne enrichira-t-il progrès, histoire et éternité ? Et solidarité ? J’espère que l’histoire du christianisme sera le tribunal du christianisme. Ce qui veut dire que la Justice et la Vérité font partie de son histoire et que le compte à rendre aura été la fidélité à la transformation des cœurs de l’Homme.

Mes attentes: je souhaite un esprit d’abord prophétique plutôt que missionnaire. Soit un engagement en faveur de la collégialité plutôt que de la curie, un engagement pour le mariage des prêtres et l’égalité des sexes dans le service (l’ordination des femmes), une option privilégiée et la rencontre de l’Homme périphérique existentiel embué dans le mal, l’injustice et la douleur.

Mais ne soyons pas plus exigeants à son égard que nous ne le sommes envers nous-mêmes. Suite à sa nomination et à son passé, des polémiques en sourdine ont surgi. C’est de bonne guerre quand on veut peser sur l’histoire dans une direction et c’est autre chose que d’aller aux reproches, rétrospectivement. Il arrive souvent que le procès que l’on fait paraît à charge et sans preuve. Concédons quand même que des hommes d’Église, eux aussi, ne pouvaient pas plus s’échapper de leur époque que nous de la nôtre.

Je ne sais pas pour ma part si au moment des périodes sombres et dramatiques ayant secoué l’Argentine,  j’aurais eu le courage nécessaire devant tant de pressions que d’autres ne font que souhaiter aujourd’hui. Il y a encore trop de vérités enfouies pour cette période de dictature. On l’oublie : l’histoire est écrite par les vainqueurs.

Voilà une mouture de mes convictions, loin de la culture du ressentiment et de l’indifférence. Je vis dans le long terme.

Marcel Dupuis

Un nouveau pape: qu’est-ce ça va changer?

Un nouveau pape: qu'est-ce ça va changer?

Ma première impression du pape François est bonne: stature solide, visage plutôt avenant, simplicité des manières. Tout de suite, le choix du nom m’a réjoui à cause du rapprochement qu’on peut faire avec François d’Assise. On parle de sa proximité avec les pauvres, de son style vie simple. Cela me réjouit parce que l’idéal de vie proposé aux chrétiens vient de la première béatitude: Heureux les pauvres, car le Royaume de Dieu est à eux.

Je veux espérer que l’élection de Jorge Mario Bergoglio va amener un changement par rapport aux positions doctrinaires de la hiérarchie catholique. Non pas que l’enseignement fondamental va changer – l’enseignement de Jésus est connu pour sa radicalité – mais la manière, oui. J’espère que ce pape va donner l’exemple d’un pasteur dont le souci premier n’est pas d’écrire un catéchisme et un code moral, mais d’inviter toute femme et tout homme à vivre l’amour dans les termes les plus simples et surtout de donner l’exemple. Appeler quiconque à ressembler à Jésus et soi-même agir comme lui. Demander aux humains d’être serviteurs en donnant l’exemple de l’humble service. Malgré la lourde tâche de diriger l’Église, se garder du temps pour côtoyer le monde ordinaire, se délester de la cour qui l’entoure pour se faire proches des femmes et des hommes qui triment durement.

Ce qui va changer avec un nouveau pape, c’est ce qu’il parviendra à inspirer aux fidèles catholiques. C’est ce que moi-même je déciderai de faire pour être un meilleur disciple de Jésus, pour contempler Jésus dans les évangiles, pour voir Jésus dans chaque personne que je rencontre, pour partager mon regard de foi en Dieu, pour écouter les inquiétudes des gens qui m’entourent, pour dialoguer avec eux sur le sens de notre vie, pour respirer la joie, pour me rendre disponible à toute personne qui vient troubler ma tranquillité et faire route avec quiconque vient questionner mes certitudes.

Je m’arrête ici et je serai attentif aux signes que Dieu me fait autant dans les actions de ce nouveau pape que dans celles de toute personne. Et le visage de l’Église va changer si moi-même je change de regard. Que le Seigneur ouvre nos yeux d’aveugles et délie nos membres paralysés! C’est la merveille que je souhaite voir chez le pape François!

Marc Ouellet ferait-il un bon pape?

Marc Ouellet ferait-il un bon pape?

Mis à jour, le 5 mars 2013

Un site français vous propose d’adopter un Cardinal, comme on adoptait les petits chinois lorsque j’étais jeune, et de prier pour lui.

Le hasard m’a attribué en adoption le Cardinal Stanilaw RYLKO, un Polonais qui a été proche de Jean-Paul II, question de savoir pour qui je prierai. J’ai parcouru son CV sur Zenit.org.  Un parcours assez proche de celui de Marc Ouellet, passé la majorité du temps comme enseignant ou recteur dans des maisons de formation pour prêtres, puis comme fonctionnaire de la Curie. J’imagine qu’au cours de ce parcours il a exercé son sacerdoce avec du monde ordinaire, avec la base du peuple de Dieu, mais il en est dit très peu sur ce plan. Enfin, j’ai foi en l’action spirituelle de Dieu et je prie pour qu’une bourrasque secoue ce Cardinal et ses collègues. Il sera assez intéressant de relire mes souhaits et ce qui résultera du conclave.

Si tant est que l’Esprit saint a quelque influence dans l’élection du pape, je souhaite que le conclave soit plus qu’aéré par un vent nouveau, mais plutôt secoué par une bourrasque! L’évènement de la Pentecôte, tel que raconté par Luc dans Actes 2,2, n’a-t-il pas été marqué par le souffle d’un violent coup de vent?  Et ne reconnaît-on pas généralement que la Pentecôte est le déclencheur de la foi des apôtres et de leur départ en mission? Je n’ai pas reconnu cela  dans les propos de Marc Ouellet, dans une entrevue avec Céline Galipeau de Radio-Canada. Écouter cette entrevue permet de se faire une idée de ce que sera le prochain pape. J’ai tout de même retenu des propos du cardinal qu’une «purification» allait se poursuivre. Que faut-il y comprendre? Qu’on écartera les éléments impurs? Assez préoccupant pour un fidèle de Jésus qui n’a pas écarté les impurs (lépreux, prostituées, voleurs, Romains), mais s’est fait proche d’eux et même a cité leur conversion et leur foi en exemple. Enfin, je suis peut-être «à côté de la plaque»…

Ça peut intéresser aussi de suivre l’évolution du mot «conclave»! Du latin cum «avec» et clavis «clé», le mot latin a désigné la chambre à coucher, la salle à manger, l’enclos pour garder les animaux; puis en latin médiéval, la sacristie, la clôture des moines, puis finalement l’appartement du Vatican où les cardinaux élisent  le souverain pontife.

Publié le 4 mars 2013

À propos de la possible élection de Marc Ouellet à la papauté, d’abord je ne souhaite ça à personne, car il faut être un sacré bon arbitre pour décider en Église de la bonne marche à suivre et dormir tranquille ensuite. Les cardinaux, si tant est qu’ils ont un pouvoir, vont tenter de tracer un programme au prochain pape, lequel essaiera de le suivre. Et peut-être le futur pape emp0rte dans ses cartons un programme qu’il présentera à ses pairs.

À savoir maintenant si je pense que Marc Ouellet ferait un bon pape, je ne le connais pas assez pour évaluer ses capacités de guider les catholiques vers une foi plus vivante au Dieu de Jésus Christ. Certains évaluent très positivement sa vigueur et sa constance à soutenir l’enseignement du Magistère. Pour ma part, quand cet enseignement est présenté en contradiction avec la manière dont Jésus l’a fait, je suis inquiet. Je pense qu’un bon pape ne ramènera pas nécessairement les catholiques à l’église, mais il les rapprochera de Jésus, de SA manière d’agir et de SON enseignement. Quand un pasteur, fût-il un évêque ou même le pape, enseigne que l’avortement est «moralement» criminel, il n’a pas la manière d’enseigner de Jésus. J’aurais confiance en un enseignement qui s’adresserait aux personnes qui vivent le problème, qui les aiderait à faire la lumière sur leur situation, qui éviterait évidemment la condamnation, et les appellerait ou les confirmerait dans un amour vrai. Ce qui m’a été rapporté du discours de Marc Ouellet sur l’avortement ne me dit rien qui vaille. Il peut bien dire que ses paroles ont été mal rapportées ou citées hors contexte, mais quand on occupe sa position – primat du Canada – on prépare ses interventions et on donne un texte aux journalistes. À eux ensuite de faire leur travail honnêtement.

Mais à ce compte-là, est-ce qu’on réussira à trouver LE bon candidat? À mon avis, on en a soupé de la cléricature et du sacerdoce. Ça prendrait un prophète comme pape. Quel geste prophétique secouerait les catholiques actuellement? Au lieu de faire des visites ci et là dans le monde en pèlerin de luxe, pourquoi le pape ne quitterait-il pas de temps en temps les officines du Vatican et, dépouillé de ses vêtements,  n’irait-il pas travailler un mois par année dans un refuge pour itinérants, une maison pour femmes battues, en unité pour malades en soins de longue durée ou en soins palliatifs, dans une favella d’Amérique latine? Voilà qui serait un geste prophétique. Muni d’une telle expérience, un évêque ou un pape, saurait adopter la manière et les paroles de Jésus de façon à être bien entendu et compris de quiconque. Et son message redeviendrait crédible. Pourquoi de nombreux catholiques ont-ils fui l’institution? C’est en partie parce qu’ils ont perdu confiance aux personnes en autorité dont le discours leur apparaît en rupture avec celui du Maître et les actes trop souvent en rupture avec les discours.