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Un Sauveur vient!

Que signifie ce cri d’espoir pour le monde? Tandis que l’avènement de Jésus est salué par des millions de chrétiens, autour de moi chanter  le Seigneur vient  ne résonne pas fort. La venue de quelqu’un qui tendrait la main aux pauvres, à des pauvretés de toutes sortes, est pourtant désirée de façon criante.

À Grands reportages, sur ICI Radio-Canada, je regardais hier soir Le chant du phare.  On y raconte l’agonie des phares qui ont longtemps veillé sur les navires dans le fleuve Saint-Laurent, maintenant remplacés par les nouvelles technologies de géopositionnement et autres. Des personnes de tous âges qui constatent et déplorent la perte et l’oubli de notre patrimoine bâti et dont quelques-uns dépensent tout ce qu’ils ont de ressources pour tenir à bout de bras ces témoins de notre histoire à tous. Je le redis, vivons en accord avec la devise de nos plaques d’immatriculation: Je me souviens.

Quel rapport avec la pauvreté? La mère monoparentale de 2 enfants, qui vient chercher son panier de Noël, peut-elle se soucier de la disparition des phares? Et le nouveau retraité qui pense surtout à retirer ses billes pour se payer du bon temps? Le président du Conseil du trésor, Monsieur Coiteux – lui on peut le nommer, va-t-il prêter l’oreille aux citoyens qui s’échinent à trouver les fonds pour sauver un phare?

Une des grandes pauvretés actuellement, c’est la perte de la solidarité dans un monde qui n’en a plus que pour l’économie et l’équilibre budgétaire. La solidarité se fonde sur la mémoire de ce qu’on a reçu de nos bâtisseurs, sur la conviction de faire partie d’un peuple qui a travaillé fort à développer le beau pays dont nous profitons aujourd’hui, un peuple qui sait d’où il vient, qui écoute ses raconteurs lui rappeler ses bons comme ses mauvais coups, et qui ne jette pas ses trésors aux vidanges. Or, l’histoire est bien le dernier souci des Québécois en ce moment, les Fred Pellerin se comptent sur les doigts de la main et on se demande bien comment on va faire pour garder nos phares et nos églises.

Heureusement, une minorité de gens misent leur vie sur la solidarité. Il suffit de regarder un peu plus loin que son nez pour voir des élans de solidarité qui, à défaut de changer le monde, redonnent espoir en l’être humain: guignolée, concerts de levée de fonds, regroupements pour raviver l’économie locale, groupes d’entraide de toute sortes. Si un Sauveur vient, il se révèle à moi dans ces humbles gestes. Les premiers chrétiens n’ont-ils pas imaginé la naissance de Jésus dans une étable? N’étaient-ils pas un poignée à annoncer la venue du Sauveur, repoussés par leurs compatriotes et obligés à l’exil pour répandre leur Bonne Nouvelle? Les chrétiens d’aujourd’hui doivent-ils s’attendre à un traitement différent?

Finalement, à chacune et à chacun revient de vivre en accord avec ses valeurs quitte à devenir un objet d’étonnement pour ceux qui l’entourent. Vivre simplement, sans tomber dans la frénésie des cadeaux de Noël, et donner comme cadeau un témoignage de solidarité même si la valeur semble minime. Ce sera mon Noël. Oui, cela a du sens pour moi espérer qu’un Sauveur vient.

 

 

Qu’est-ce que Noël change dans ma vie?

Qu'est-ce que Noël change dans ma vie?

Prétendre que la fête de Noël a du sens dans ma vie, c’est diriger ma vie dans un certain sens. La naissance de Jésus, la vraie, celle de sa Résurrection, exige que je fasse des choix, et que je change dans ma vie ce qui est inconciliable avec cette naissance, avec la foi en la Résurrection de Jésus.

En ce Noël, et déjà depuis quelque temps, notre famille a cessé d’acheter des cadeaux pour tout le monde, et je ne parle pas d’une paire de bas tricotés à la main ou d’un gâteau fait maison. Seuls les enfants auront eu un cadeau cette année. Notre famille trouve plus sensé ce choix; alors que beaucoup d’humains peinent à manger et à boire convenablement, les cadeaux de Noël étaient une source de consommation souvent exagérée et de gaspillage. Vivre en personne appelée à la résurrection, c’est rien de moins qu’adopter une vision du monde et un agir tendus vers la justice et la paix.

Si tu donnes un cadeau à un enfant, qu’il devienne un temps où tu t’installes par terre pour jouer avec lui. Ce temps sera le plus beau souvenir que tu laisseras de ton passage. Si tu veux que le «petit Jésus» devienne un personnage qui compte pour l’enfant, sois d’abord toi-même comme ce Jésus qui se fait petit, et entre dans le monde de l’enfant. N’est-ce pas ce que veut dire le mystère de l’Incarnation, comme on disait autrefois? Si c’est difficile à croire, l’interprétation que tu fais de ce mystère et ta façon de le vivre le rend plus croyable.

Le nom donné à Dieu pour expliquer qu’il s’est fait petit, qu’il est devenu l’un de nôtres, est EMMANUEL.  En hébreu, Emmanu- veut dire avec nous et -El veut dire Dieu. Le diminutif Emma vient certainement de là. Beau prénom, n’est-ce pas! Le nouveau Pape François me semble être un Emmanuel, un Dieu-avec-nous, car il ne cesse lui-même de se faire proche des pauvres et d’appeler toute l’Église à se convertir aux béatitudes. Heureux les pauvres…! C’était aussi la marque du prophète Jésus de Nazareth, dont on reconnaissait l’authenticité  par le fait que la Bonne Nouvelle était annoncée aux pauvres. Jésus en hébreu se prononce iéshoua et veut dire Dieu sauve. Autre beau prénom, n’est-ce pas! On peut voir le prénom reçu de nos parents comme un cadeau, une mission.

Je peux me demander quelle est ma mission, si je suis un Emmanuel, si les gens peuvent reconnaître et rencontrer Dieu à travers mes paroles et mes actes. Noël est plus qu’une tradition, c’est un nouveau monde à inventer. Et le travail ne  manquera pas pour qui veut s’engager dans cette voie.

Quelle est ton espérance?

Quelle est ton espérance?

C’est la question que l’autre me pose à Noël. Une fête qui a la vie dure, faut dire, faut croire même. Pendant plusieurs années, chez moi, quand les enfants étaient petits, l’interminable échange de cadeaux a, mine de rien, masqué le sens chrétien de la fête. Oh, c’était bien de manifester aux enfants, puis aux parents, puis au conjoint , et même au chien, l’amour les uns pour les autres. Mais on en oubliait le sens que les chrétiens des siècles passés ont voulu donner à la fête: que Dieu s’est donné aux humains en son Envoyé Jésus, qu’il se donnait même à chaque Noël et continuait de le faire tous les jours. Jeunes, nous avons appris que c’était le mystère de l’Incarnation, parce que Jean avait écrit au début de son évangile: le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire. Cette parole a toujours illuminé mes Noëls.

Mais, au fait, qu’est-ce qui illumine notre Noël? Que symbolisent les courants de lumières qui éclairent nos arbres, nos maisons, nos fenêtres, les bords de nos routes? Que le train de la consommation  s’est ébranlée, que les marchands pourront faire 20%, 30%, 40%, de leur chiffre d’affaires annuel? Ou bien qu’on va profiter du temps où les jours se sont raccourcis au nord pour s’envoler vers le sud, ne serait-ce qu’une semaine, là où l’ensoleillement nous fera oublier quelque temps nos langueurs et maux de toutes sortes?

Il me revient alors ces belles pages de l’évangile de Jean – les plus mémorables pour moi – centrées sur  l’affirmation de foi qui fait dire à Jésus: Je suis la lumière du monde. Cette toute petite parole explose au milieu du récit de la femme adultère et de celui de la guérison d’un aveugle. La femme adultère représentait pour les Juifs du temps de Jésus cette portion du peuple de Dieu qui avait plus ou moins renié la foi au Dieu Unique, tels les Samaritains, et ses accusateurs étaient ces purs qui avaient résisté à la tentation d’abandonner les  chemins de leurs pères. Et qui ne comprendra pas que l’aveugle guéri a représenté de tout temps chaque personne qui ne sait plus où elle s’en va, qui ne sait plus distinguer sa gauche de sa droite? Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres: il aura la lumière qui conduit à la vie, écrit encore Jean, de son Maître.

Ces deux récits, plantés au beau milieu de l’évangile, veulent répondre à la question de l’identité de Jésus: qui est-il celui qui prétend pardonner les péchés autant que guérir les malades? Pour toute réponse, Jésus prétend parler et agir de son Père qui l’a envoyé et que lui seul connaît. Paroles insupportables pour les purs qui méditent de lapider Jésus.

Dans ces récits, on montre un Jésus qui redonne la vie à deux personnes. Si le Jésus auquel je crois est bien la lumière du monde, quel éclairage projette-t-il dans ma vie? Quelle lumière ma vie apporte-t-elle aux personnes qui me voient vivre? Noël devrait être un temps particulier où, au delà des récits d’enfants, nous racontons notre histoire personnelle avec Dieu, de baptisé, de personne re-née. Au baptême, la marraine et le parrain n’allument-ils pas un cierge pour symboliser la foi en Jésus, lumière du monde?

Devenu adulte dans la foi, suis-je capable de dire à l’autre, et surtout à mes enfants et petits-enfants, quelle espérance illumine ma vie, qu’est-ce que ça change pour moi que Dieu soit venu habiter notre monde?