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Un jour où la vie l’emporte sur la mort

Une amie inhumait aujourd’hui les cendres de son oncle Georges. J’ai tenu à être du groupe d’amis qui lui rendaient ce dernier hommage.

GeorgesTJ’ai connu Georges à peu près en même temps que celle qui devait m’épouser. C’était les années 70. Et nous participions avec enthousiasme au nouvel espace de liberté qui s’ouvrait au Québec. Notre ami Georges vivait avec Roland et cousait ses costumes de  travesti. Quelle générosité, quelle transparence, quelle simplicité  dans nos rencontres!

J’avais 27 ans passés. Et, en pensant à lui, j’ai coutume de dire que je ne ne savais pas encore manier un marteau et que c’est avec lui que j’ai appris à construire et bricoler. Avec les conseils et l’aide de Georges, mon épouse et moi avons construit un camp à Chertsey. Le soir nous prenions un verre de cidre ou de bière autour du feu de camp ou nous visitions Georges dans sa maison  et nous fredonnions des airs traditionnels accompagnés de son accordéon. Que d’heures de plaisir!
Puis la vie nous a séparés. J’ai appris dernièrement qu’il décédait à 90 ans. Quelques mois plus tard nous voici quelques amis au cimetière de Rawdon autour de l’urne qui contient ses cendres.

Pour ma part, j’aime à me rappeler que Georges était à nos côtés lorsque nous avons déménagé à Saint-Paul sur une fermette dans une maison délabrée. Il nous a donné un gros coup de main pour nous installer; pour dire vrai, il n’y avait même plus d’eau courante et la petite fournaise à l’huile Coleman peinait à chauffer la maison. Son plus beau cadeau fut de nous fabriquer des armoires de cuisine que nous ne songeons pas, quarante ans plus tard, à moderniser.

Ce fut une joie de fraterniser avec ses amis, avec nos amis. Georges restera avec nous longtemps, certainement plus que cette maison et ses armoires de cuisine, car il avait grand cœur. Que reste-t-il de plus précieux à notre décès que le souvenir d’un vrai ami! Cette part immatérielle et éternelle de nos relations, n’est-ce pas un signe que la vie l’emporte sur la mort?

Dialogue autour de la foi (2)

Dialogue autour de la foi (2)

Le cœur de la foi chrétienne remonte à la profession de foi de l’apôtre Pierre – oui, oui, celui-là même qui a renié son Maître –  rapportée par Luc dans les Actes des apôtres:

«Gens d’Israël, écoutez ce que je vais vous dire : Jésus de Nazareth était un homme dont Dieu vous a démontré l’autorité en accomplissant par lui toutes sortes de miracles et de signes prodigieux au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme vous a été livré conformément à la décision que Dieu avait prise et au plan qu’il avait formé d’avance. Vous l’avez tué en le faisant clouer sur une croix par des infidèles. Mais Dieu l’a ressuscité, il l’a délivré des douleurs de la mort, car il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir. (Ac 2,22-24)

Évidemment, notre époque comme toute les précédentes, a relu cette profession de foi et l’a interprété suivant les catégories de sa culture et dans les mots de sa langue. Dans «Dialogue autour de la foi (1), j’ai reformulé ma foi au Père. Oui, comme l’écrit l’apôtre Pierre:  «Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte.» I Pi 3, 15. Voici dans ce 2e volet une relecture qui rejoint aujourd’hui ma foi en Jésus:

Je crois en Jésus-Christ, source despérance!
Car Jésus-Christ est Seigneur, Parole de Dieu avant tous les siècles.
Dieu dans notre histoire, il a partagé notre condition humaine,
il nous a aimés jusqu’à en mourir.
Depuis sa résurrection, nous savons
que l’Amour aura toujours le dernier mot.

N’allons pas, comme les géants de l’économie, créer un vrai monopole en n’admettant qu’une interprétation ou une seule lecture de l’évènement Jésus dans notre histoire. Certains, pour justifier leur espérance, s’appuient sur la lettre des écrits néo-testamentaires ou sur la force des interprétations traditionnelles. Pourtant, je pense que chaque croyant et croyante a la liberté et la responsabilité de reformuler sa foi dans des mots compréhensibles aux gens d’ici et d’aujourd’hui.

Quel est le sens de «Jésus-Christ est Seigneur» pour moi? Si je dis que Jésus est Seigneur, c’est parce qu’il a annoncé la venue du Royaume de Dieu et que ses premiers auditeurs et fidèles disciples ont reconnu en lui la visite de Dieu parmi nous. Ils ont appelé Jésus «Seigneur» parce qu’ils ont reconnu qu’en Lui est arrivé, a été annoncé, révélé, le jour du Seigneur, pour les uns jour du jugement, pour les autres jour de délivrance. Jour de jugement, quand nos actes sont confrontés à l’Amour,  nos pensées dévoilées en toute vérité. Jour de délivrance, quand les petits, les opprimés, les sans-voix, les derniers occuperont les premières places. Et aujourd’hui, en disant la prière du «Notre Père...», je professe la même foi dans les promesses de Dieu à nos prédécesseurs. Arrivé ce Royaume en Jésus, mais encore à venir par nos mains.

Depuis sa résurrection, nous savons… Pourquoi je sais? Ne dit-on pas que personne n’est revenu de l’Au-delà? C’est juste, mais un mort ressusciterait parmi nous et rien n’est moins sûr que ce témoignage ébranlerait notre incrédulité ! Plus croyable à mon avis est le témoignage des femmes et des hommes qui mettent en pratiquent les enseignements des béatitudes, le message de bonheur livré par Jésus. Difficile dans notre monde de croire que la pauvreté puisse conduire au bonheur! Passe encore que la douceur fasse plus que la haine et la vengeance. Pas évident non plus  que les victimes de la méchanceté des puissants et des rusés connaîtront un jour la justice. Pourtant, la croyante et le croyant vont jusqu’à se placer eux-mêmes  en situation de pauvreté, de faiblesse; ils préfèrent subir la violence des injustes et, ce faisant, expérimenter la voie de bonheur et la joie de croire que l’Amour aura toujours le dernier mot. La foi en la résurrection de Jésus, et la nôtre, n’est pas que reconnaissance de ce que Dieu a fait et continue de faire, mais elle appartient à l’ordre de la volonté, du parti-pris, du choix de vivre de telle ou telle façon. On sait à quelle fin a mené Jésus, son parti-pris pour les pauvres, les malades, les prisonniers. Je ne peux croire en sa résurrection et m’épargner de vivre selon ses enseignements le même passage par la souffrance et la mort.

Bonne Année 2013!

Bonne Année 2013!

Souhaiter Bonne Année, c’est au fond croire et espérer que la vie aura le dessus sur les forces de mort.

Des forces mortifères non seulement nous agressent du dehors, mais elles ont surgi un jour ou l’autre en nous. On s’émeut volontiers du viol collectif  d’une jeune indienne et de l’agression sauvage dont elle et son compagnon ont été victimes sous le regard complice d’un conducteur d’autobus. Des protestations réveillent la population résignée devant ces agressions et interpellent la police et le gouvernement. Des groupes de pression appuient ces actions. Ces évènements se passent ailleurs dans le monde et nous paraissent bien lointains.

Les mêmes forces mortifères ont agi et agissent pourtant chez nous, chez moi, au sein de nos propres familles. Seulement, elles prennent un visage différent. Quand on aiguise son regard, on devient plus habile à les débusquer. Surtout celles qui se sont insinuées dans notre vie de riches nord-américains. Celle qui me frappe le plus aujourd’hui, c’est le piège de la consommation qui déguise toutes nos envies en besoins essentiels. Je le vois à l’oeuvre chez moi. Il se présente d’abord sous l’habit du gadget utile, comme le téléphone mobile. Le téléphone nous met en contact avec des personnes, fait gagner du temps, procure une certaine sécurité. Puis, le progrès incessant de la technologie en fait un carnet d’adresses, un agenda, une caméra, un lecteur de musique, une console de jeu, tous commodes ou amusants. Mais c’est à l’usage qu’on voit si ces avancées favorisent les contacts humains et rendent la vie plus humaine, ou bien si, en réalité, elles éloignent les personnes les unes des autres et les rendent plus esclaves.

Au moins, grâce à la technologie, nous ne pouvons plus fermer les yeux sur ces jeunes femmes violées et violentées en Inde et d’autres pays. Nous prenons conscience qu’elles pourraient être nos épouses, nos sœurs et nos filles. Devant ces évènements, j’ai désormais le choix: me résigner et me laisser abattre par les forces mortifères ou m’indigner et dénoncer les responsables. Et celui qui assiste à un viol et ne dit rien ou ne fait rien est aussi responsable. Par les technologies nouvelles, j’assiste presque en direct à ces évènements. Puis-je rester passif? Qu’est-ce que je peux faire? Au moins, m’intéresser aux groupes de protestataires, m’associer à leur cri en faveur de plus de justice.

Ici même, la culture de l’impunité a permis que des enseignants religieux abusent des jeunes. Après 30 et 50 ans, les faits sont révélés et pris au sérieux par le système judiciaire. Ça ne se passait pas aux Indes, mais dans nos collèges. Nous sommes confrontés à nos propres violences et nous prenons conscience que le mal a blessé profondément de nos enfants, et fait souffrir encore de nos frères et de nos sœurs. Là encore, puis-je rester passif? Que convient-il de faire? Toujours les mêmes questions. Les réponses ne peuvent venir que de chacune et chacun de nous.

Pouvons-nous encore souhaiter Bonne année 2013?

Je le pense, si chacun croit et espère que la vie aura le dessus sur les forces de mort et AGIT, si peu que ce soit, pour que cela arrive. Ça me fait penser à la prière enseignée par Jésus:  Notre Père, qui es aux cieux… Que les croyants manifestent ton Nom qui est Justice, Compassion, Fidélité, Vérité. Qu’ils témoignent en s’indignant pour les humains ignorés, mis de côté, humiliés, et en les aidant à se relever. Qu’ils témoignent du seul bien nécessaire, l’amour de son prochain.