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Charbonneau: tout n’est pas perdu.

Charbonneau: tout n'est pas perdu.

Un article de François Messier sur le site de ici.radio-canada.ca  fait une analyse assez intéressante à lire pour mieux comprendre ce que la Commission Charbonneau a donné, sous le titre: Commission Charbonneau : retour sur la faillite des chiens de garde de l’intégrité.

Il cite les expression suivantes pour décrire les causes des abus et fraudes survenues, notamment dans les ouvrages de construction. Un « laxisme institutionnel », une « gouvernance défaillante », une «sous-utilisation des pouvoirs d’enquête et de vérification », une « allocation de ressources déficientes », des «carences » dans le recrutement et la formation, une « insuffisance » des outils de détection et d’interprétation « restrictive » des lois.

Des 44 millions affectés aux travaux de la Commission, combien ont servi à concocter un rapport éclairant certes, mais combien prudent? Elle a démontré des déficiences sans nombre,  à croire que nos autorités gouvernementales, leurs délégués et leurs partenaires,  jusqu’au moindre exécutant, sont une bande de minus, qui n’ont rien vu, rien entendu et sont restés bouche bée. Voilà le portrait.

Ce que je comprends, c’est que la Commission n’a pas réussi à démontrer assez de malversation intentionnelle, intelligente et imputable pour exprimer des blâmes envers des personnes ou des groupes précis.  Aucun des responsables politiques, aucun responsable d’organismes de surveillance, ne son pointés du doigt, faute de preuves flagrantes. Nous nous sommes fait voler, la commission d’enquête sait comment ça s’est passé, mais nous devrons nous contenter d’un constat d’irresponsabilité, d’incompétence et d’impuissance. Les institutions auxquelles nous faisons confiance ont été incapables de protéger nos droits et libertés: ce sont le Ministère des Affaires municipales, le Ministère des Transports, le Directeur général des Élections du Québec, la Commission de la construction du Québec, la Régie du bâtiment. Qui ou qu’est-ce qui  va nous sortir de cette grave atteinte à notre démocratie? Peut-on réformer ces institutions? Peut-on compter sur le gouvernement actuel dont certains membres auraient trempé dans la magouille ou ont simplement gardé silence?

Je pose comme hypothèse que le gouvernement et tous les profiteurs qui gravitent autour sont tout simplement à l’image de ce que nous sommes. Et que c’est la raison pour laquelle nous-mêmes acceptons que ces responsables ne soient pas traduits en justice. Nous reconnaissons que trop de monde dans notre société endossent les malversations découvertes par la Commission Charbonneau. Nous reconnaissons d’une manière ou l’autre faire partie du système de corruption. Remettre en question ce «désordre établi» nous remettrait en question nous-mêmes. Faut-il creuser davantage? Si je continue de gratter, deviendrai-je un paria pour mes amis, mes collègues, ma famille?

Quand je dis: «tout n’est pas perdu», je dis que tout évènement me donne à réfléchir sur notre moralité, nos valeurs et le sens que nous voulons bien donner à notre vie. Je dis que s’il faut aller jusqu’au fond du baril, il reste au moins la possibilité de remonter. Comme dit un slogan: poser un petit geste chaque jour permet de se coucher avec la conscience qu’on tente d’agir en conformité avec nos valeurs et le sens qu’on veut donner à sa vie.

Le niqab s’invite dans les élections

Le niqab s'invite dans les élections

Aux prochaines élections fédérales, j’essaierai de voter pour le parti qui reflète le plus mes valeurs. L’une d’elles est l’égalité des femmes et des hommes.

En pays démocratique, on a le droit de questionner les valeurs qui guident une Cour de justice au moment où un jugement est prononcé. Dans l’affaire du port du niqab à la cérémonie d’assermentation des nouveaux citoyens, le juge, me semble-il, ainsi qu’aux yeux de la majorité des citoyens canadiens, a-t-il respecté la valeur de l’égalité des femmes et des hommes? Le bon sens dit NON. Ce jugement me semble donner une préséance injuste à la liberté religieuse sur l’égalité de tous les humains dans ce pays.

Je suis un IMBÉCILE  (du latin imbecillus, faible de corps, dont le sens a évolué vers dépourvu d’intelligence, faible d’esprit), si je reste silencieux devant ce jugement et je vis dans un pays d’imbéciles,  si collectivement nous ne questionnons pas ce jugement. Quel individu sensé  dans ce pays ne voit pas que les défenseurs du port du niqab – au moins dans la sphère publique – sont des propagandistes, conscients ou non, d’une idéologie opposée à l’égalité des femmes et des hommes? Et que penser d’un juge, et du cortège des défenseurs des minorités, aveugles devant une telle propagande? Il est intéressant de lire différents points de vue sur la question. Et l’expérience d’une Fatima Houda-Pépin a beaucoup d’importance à mes yeux.

Mon jugement actuel est que les musulmans, comme les adeptes d’autres religions, ont le droit de pratiquer leur religion et de l’exprimer dans la mesure de l’acceptable. Il est aussi acceptable pour les femmes musulmanes de porter un hidjab (voile qui couvre les cheveux) que ce l’est pour d’autres personnes ayant adopté une coiffe particulière. On le fait pour des raisons pratiques autant qu’esthétiques, professionnelles ou religieuses pour d’autres personnes. Jusque là tout me semble acceptable et conciliable avec la dignité de la femme et des rapports entre citoyens. Qu’une religieuse catholique porte le voile est acceptable pour les mêmes raisons, même si nombre d’entre elles préfèrent aujourd’hui exprimer leur adhésion à Jésus Christ par un sourire et des mains secourables. Ce qui n’est pas acceptable, c’est le visage voilé. On ne l’accepte pas dans des manifestations, on ne l’accepte pas d’un citoyen ainsi vêtu qui irait faire un retrait à la banque. Le visage voilé signifie qu’on veut cacher quelque chose, qu’on veut obtenir un service ou profiter de l’autre sans qu’il voit et sache à qui il a affaire. C’est contraire au principe d’égalité. Un citoyen le prendrait très mal de comparaître devant un juge portant le niqab.

Ce qui est inacceptable, c’est que les propagandistes d’une idéologie anti-femmes se voient confirmés par UN JUGE dans leurs actions niant un principe aussi fondamental de notre société: l’égalité des femmes et des hommes. Ayant jugé que le port du niqab est une expression acceptable dans la sphère publique de son appartenance religieuse, comment d’autres juges feront-ils pour s’opposer à la coutume des mariages arrangés, sans le consentement éclairé d’une personne mature et majeure, mais soit disant conforme à des principes religieux? Si l’appareil judiciaire semble approuver une position de sa confrérie religieuse, comment une femme dominée trouvera-t-elle la force d’exprimer son avis et d’agir librement?

Ce qui est inacceptable d’un juge l’est autant des politiciens en campagne électorale qui se prostituent pour obtenir le vote des minorités et gagner quelques points dans les sondages. J’ai nommé le NPD et le PLC. J’ai clairement un parti-pris et je ne raterai pas le moment du vote pour exprimer mon avis. Les candidats, membres d’un parti en accord avec le port du niqab, sont barrés de ma liste.

Pour ce qui est de débattre de la question de fond à propos du port du niqab et des droits de la personne, cela ne fait que commencer et j’ai bien l’intention de ne pas rester à l’écart, même si c’est difficile. Réveillons-nous, maintenant.

Charte des valeurs québécoises

Un titre qui soulève en moi un malaise incessant. Une question que je ne sais par quel bout prendre. Un projet dont je peine encore à trouver une visée autre qu’électoraliste.  Premièrement, admettons qu’une charte puisse être québécoise, mais on peut se questionner sur les raisons de donner l’attribut «québécois» à des valeurs. En quoi l’égalité entre les femmes et les hommes peut-elle être québécoise? Veut-on dire que la société québécoise accorde une place plus importante à cette valeur? Ça me semble un peu prétentieux au regard d’autres peuples ayant accédé à la modernité. Je ne parviens pas présentement à voir en quoi cette égalité n’est pas autant française, allemande ou britannique.

Deuxièmement, c’est le sens du mot valeur qui est ambigu. Je ne vois pas en quoi la neutralité religieuse de l’État peut être une valeur. La neutralité, le mot le dit, c’est une absence de position, quasiment une anti-posture. Tout au plus lui reconnaîtrai-je le statut de moyen, mais pas de valeur. Si on vise la considération égale des croyants (et des incroyants), qu’on le dise en clair. Quant à la troisième valeur, la reconnaissance du patrimoine historique commun, quelle réalité fluctuante nous propose-t-on là! Qu’est-ce qu’on va bien mettre dans ce fourre-tout? La banique des Hurons en fait-elle partie au même titre que le bagel des immigrants venus d’Europe ou que la baguette de nos cousins français? On veut peut-être bien protéger les nombreuses croix qui dominent encore le paysage, comme celle de la chambre parlementaire, mais admettons que leur poids dans l’identité québécoise tend sérieusement à diminuer avec la perte de leur sens chrétien. Faire disparaître cette croix ferait tout un boucan. Mais la conserver va en faire autant. C’est comme la devise «Je me souviens» sur les plaques minéralogique. Si tellement peu de citoyens savent à quoi elle fait référence, la conserver n’est-il pas ridicule? Ou bien ça témoigne de notre manque d’intérêt à notre histoire.

Alors, que vise-t-on au juste avec cette charte? Réglementer le port des signes religieux dans la fonction étatique, dit-on. Sur quelle base tracer la limite de ce qui sera permis? Et que comprendre de ces signes: sont-ils uniquement religieux ou ont-ils une signification politique? C’est un débat qui peut aller dans tous les sens. Le jeu est facile pour des démagogues tels le libéral Couillard de crier au viol de la liberté de conscience et de religion, à la trahison des idéaux démocratiques de René Lévesque. N’a-t-il pas été de ceux prêts à sabrer dans le système public de soins médicaux? N’est-il pas de ces adorateurs du néolibéralisme qui élargit le fossé économique entre citoyens? Encore une fois, on se perd en accusations et en propos jugés offensants sinon offensifs. Que vise-ton avec cette charte: créer un fouillis, la pagaille? À semer le vent…

Veut-on freiner la progression de l’Islam, une religion que professent pacifiquement et raisonnablement de nombreux musulmans venus chercher ici une vie meilleure? Une religion, d’autre part, ne nous le cachons pas, dont une minorité de pratiquants visent l’hégémonie mondiale et considèrent les non-musulmans comme mécréants et inégaux. Une religion fractionnée comme bien d’autres en courants réformistes, conservateurs et fondamentalistes. À ce moment-ci de notre histoire, je favorise une discrétion des signes religieux, chrétiens, juifs, musulmans, sikhs, et autres, là où l’État doit faire preuve d’autorité et d’impartialité, surtout dans l’administration de la justice. Qu’un enseignant et un soignant m’apparaissent identifiés à une croyance, je ne trouve pas ça déplacé; mais je pense que ça ne convient pas pour un juge et un policier. La difficulté est de tracer une limite, mais c’est faisable entre gens raisonnables.

Les droits fondamentaux comme la liberté de conscience et de religion, j’en suis, mais ce droit doit s’exercer dans des limites raisonnables et respectueuses de tous les citoyens d’une société donnée. Si les cloches de l’Église sonnaient sans inconvénient dans une société catholique à 85% il y a 80 ans, aujourd’hui qu’à peine 5% de la population pratique la messe du dimanche, est-ce raisonnable? Quel réflexe identitaire infondé et injuste justifierait de maintenir cette coutume?

Cette charte québécoise n’a pas fini de nous obliger à nous poser des questions. C’est bien, tant qu’on explore notre propre identité et on apprend à mieux connaître celle des autres groupes de notre société. Je déplore le déchirement des chemises à la Couillard, à la Trudeau, à la Charkaoui (qui représente-t-il celui-là?). Le gouvernement Marois a le courage de proposer un projet: pour cela je le félicite. Parlons à nos vis-à-vis, écoutons les points de vue opposés, engageons-nous ensemble sur la voie de la rationalité qui seule permettra de vivre en paix et dans la justice.