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Ces indigné-e-s nomades

A 67 ans, je retrouve ma jeunesse avec les indigné-es de Montréal et d’ailleurs. La société de consommation mur à mur et la pensée unique dominante m’indignent «royalement». Notre conscience sociale est en hibernation prolongée en ce temps de consommation compulsive. Désormais la mouvance des indigné-e-s se déplace dans les quartiers et cherche à rallumer les consciences des citoyens. On voit fleurir toutes sortes d’initiatives, même en décembre. Le café «Raz-le-bol» a ouvert ses portes le 10 décembre à Joliette. Des forums de discussion et des visionnements de documentaires ont déjà lieu (20 personnes dimanche soir 11 décembre). Une «charte de l’engagement» est en construction avancée et comprend des points comme : pacifisme, bonne foi, honnêteté à tous les niveaux, écologisme, santé (mode de vie sain), connaissance de soi, travail sur soi, empathie et partage, agir plutôt que gémir, justice. Les injustices sociales sont flagrantes et l’état de la démocratie lamentable. Plus lucides et terre à terre qu’on veut nous le faire croire les indigné-e-s. La fermeture des campements a permis de redéployer l’énergie d’indignation et d’engagement ailleurs. Les citoyens sont invités à abandonner le cynisme, à retrouver la confiance en eux, à prendre la parole en toute liberté et à passer à l’action. Oui «on peut» changer les choses par nous-mêmes et y trouver une grande satisfaction.

La Place du Peuple n’est pas éteinte malgré les tentes disparues. Des activités s’y tiennent régulièrement comme des assemblées générales, des groupes de discussions, des marches silencieuses de méditation tous les samedis à midi. Ce samedi 10 décembre, c’était le rappel de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) signée aux Nations-Unies en 1948. Très malmenée depuis cette Charte des droits humains. Même la torture demeure une pratique à grande échelle sur la planète. Des états officiellement réputés de droit comme le Canada et les Etats-Unis passent régulièrement outre aux conventions signées sous prétexte de sécurité et ne se gênent même plus pour distribuer des «certificats de sécurité» sans aucun fondement ou pour tabasser copieusement et emprisonner leurs citoyens qui manifestent pacifiquement – comme lors du G20 à Toronto et ces temps-ci avec une brutalité criminelle dans les grandes villes américaines. Il vaut mieux se réveiller maintenant et ouvrir les yeux et les oreilles car nos droits et libertés civiles se font gruger constamment. Brassons les braises de nos consciences. Notre Dieu n’a-t-il pas planté sa tente parmi nous? N’est-t-il pas nés dans une étable, fragile et vulnérable? Pratiquement dans la rue. Accueillons sa Parole dans celle des indignés. Joignons-y notre voix et nos agirs.

Gérard Laverdure

Espérer contre le cynisme

Espérer contre le cynisme

J’admire les contestataires du système qui s’appellent les «Indignés», parce que j’ai une affinité de pensée avec eux. Je les soutiens de mes écrits et un tout petit peu de mes sous, question de concrétiser mon appui. Pourquoi?

En premier, ils me rappellent Jean le Baptiste et Jésus de Nazareth dans l’annonce de la venue imminente du Royaume de Dieu. Pas de violence dans leurs comportements, mais seulement un discours sans détours et un mode vie réduit à la plus simple nécessité. Ces prophètes n’avaient pas de maison à eux où dormir et s’appuyer sur une famille. Pas d’armes brandies contre les puissants, mais seulement cette inébranlable conviction que le Royaume appartient à ceux qui ne savent pas de quoi demain sera fait. Ils sont allés au bout de leur dénonciation de l’oppression des pauvres et des sans-voix, en fait jusqu’à la limite de ce que pouvaient supporter les tenants du pouvoir.

En second lieu, contre le cynisme de la population vis-à-vis la classe politique et le système, les «Indignés» proclament l’espérance qu’un monde meilleur est possible si on veut bien ouvrir les yeux et si on veut bien remettre en question notre mode de vie où l’idéologie de la croissance économique est en train de mener le monde à la ruine.

Mais, voyons, le système a les moyens de faire taire ces dérangeurs. Car les Bloomberg et Labeaume de ce monde ne manquent pas pour invoquer l’ordre et la sécurité et nous faire croire que les Indignés vont se faire bobo. En fait, ces affairistes et instruments aveugles du système, et leur clique à cravate, songent bien davantage à leur propre image et à leur ré-élection. À ce sujet, bravo au maire Tremblay qui tolère – mais combien de temps résistera-t-il à la pression du système? – un discours éveilleur qui refuse de se coucher et de paralyser à la vue des gros bras.

Il y a de quoi sourire en pensant que le maire de New-York a profité de la nuit pour envoyer ses sbires casqués et armés de bâtons surprendre les Occupants de Wall street. Allons, qui de nous pense que son geste vise la protection du public plutôt que son empire financier et celui de ses petits amis? Cela me fait penser à un petit passage de la bible racontant l’arrestation de Jésus (Jn 18,1ss) où la cohorte de soldats romains et les gardes fournis par les grands prêtres vont dans le jardin de Gethsémani, avec leurs lampes et leurs armes, arrêter Jésus et ses disciples. Nihil novi sub sole.

Plus de 2000 ans après, plusieurs se souviennent des prophètes parce qu’en chacun de nous, malgré notre aveuglement et nos faiblesses, il subsiste un petit espace qui a soif de lumière et veut bien faire de la place à l’espérance. C’est pourquoi, quand bien même on délogerait les Indignés de la Place du Peuple ou de toute autre place de liberté, tous ceux que l’Évangile (Mt 5, 3-10) appelle les doux et les cœurs limpides sortiront de nouveau pour harceler les tenants du désordre établi. On a vu comment ça s’est passé durant le printemps arabe…

Avec Occupons Montréal et tous les indigné-e-s

MÉDITONS!
C’est l’appel de Gérard Laverdure, un ami du Forum André-Naud de Montréal.

Voici le texte de son INVITATION.

Il fait nuit sur le monde et les «indigné-e-s» sont des lumières qui nous interpellent aujourd’hui. A nos consciences!

Occupons Montréal a complété ce samedi sa 3e semaine. Autour de 400 occupants dans environ 250 tentes. Intenses préparatifs d’hiver aujourd’hui. C’est bien organisé (10 comités) et le comité de coordination rappelle souvent l’inspiration (et consignes) pacifique de cette occupation pour que les choses changent grandement dans notre société. Les slogans sur les pancartes sont éloquents sur les remises en question que ces jeunes font. Les liens sont courtois avec l’entourage et la police. Événements artistiques le dimanche après-midi. Ils sont reliés à plusieurs autres sites «Occupons…» dans le monde. Les rencontrer face à face, parmi leurs tentes ou lors des assemblées générales (mardi et jeudi 18h), écouter et recevoir, sont des moments uniques. Pour plus d’informations voir liens plus bas.

Richard Renshaw qui a eu des expériences de campement en Amérique du Sud et moi avons échangé avec le comité de «ressourcement» des Occupants déjà fonctionnel (méditation, yoga le matin), en vue de supporter le mouvement. Résultat: un rassemblement spirituelle communautaire sur place pour appuyer les occupants et manifester la dimension «sacrée» de ce qu’ils portent et de ce lieu «Place des peuples», révélateur des désirs profonds de changement qui montent de partout sur notre planète. Ce rassemblement serait aussi un signal clair aux habitants de Montréal que les grandes traditions spirituelles de l’histoire se retrouvent dans le Souffle qui les inspire et l’essentiel de leurs revendications. Les membres du comité sont enchantés et nous invitent chez eux.

Avec eux, nous vous invitons donc à un «rassemblement pour la justice et la paix», à venir former une chaîne de méditation/prière silencieuse autour du campement tous les samedi matin 11h à compter du 19 novembre. Venez habillés chaudement. Les campeurs apprécieraient aussi si vous pouviez en plus participer à la marche hebdomadaire tous les samedis à 15h. Nous sommes donc conviés à un événement extraordinaire pour des enjeux hors de l’ordinaire afin d’y manifester la foi et l’espérance qui nous habitent et supporter ces «éveilleurs de conscience» qui interpellent les grands pouvoirs de ce monde à mains nues et dans des tentes fragiles.

Si vous ne pouvez vous joindre de corps, soyez présents de pensée et de cœur.
Faites circuler l’invitation abondamment dans vos réseaux.

Gérard Laverdure
6 novembre 2011