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Parabole de l’œuf merveilleux

Parabole de l'œuf merveilleux

Un jour, Dérek, un jeune garçon de dix ans environ, découvrit un œuf merveilleux dans le nid d’un aigle. Il prit l’œuf et redescendit de la montagne pour retourner vers son village et déposa l’œuf dans le pondoir du poulailler familial pour le faire couver. Quand l’œuf vint à éclore, un petit aiglon en sortit et grandit avec les autres poulets de cette basse-cour. Il mangeait en grattant le sol et picorait comme ses compagnons. Un jour que la porte du poulailler était restée ouverte, l’aiglon sortit et regardant en l’air, il aperçut un aigle planer au-dessus du village. Il sentait dans ses ailes une vibration, un appel à voler et il dit alors à un de ses frères poulets: – «Comme j’aimerais en faire autant!» Le plus proche poulet qui l’entendit, lui répondit alors : «Ne sois pas idiot, seul un aigle peut voler aussi haut. Contente-toi de ton sort!» Honteux de ce désir qui habitait son cœur, l’aiglon retourna gratter la poussière et picorer son grain, les yeux et le bec tournés vers la terre. Il ne remit plus jamais en cause la place qu’il croyait devoir tenir sur cette terre, se pliant ainsi à la voix d’un quelconque destin imaginaire. Songeons un instant que l’aiglon de cette parabole ait refusé de se laisser définir par les autres et qu’il se soit appuyé sur son appel intérieur pour devenir, dans le ciel de la plénitude, l’aigle enfin devenu ce qu’il est. (Inspiré d’un conte tibétain)

Imaginons un instant que nous soyons cet aiglon enfermé dans un poulailler poussiéreux, nourri de graines trouvées en retournant sans cesse la paille et le sable. Imaginons un instant que nous soyons appelés à la transcendance, à l’immatière de la vie en plénitude et que cet appel soit étouffé constamment par les sollicitations de cette société de consommation. Dans cette société des réseaux sociaux, il n’y a pas de place pour les idéologies, les théologies. Il n’y a de place que pour l’instantanéité des émotions et des textos. Dans cette société, les appels au vol de l’aigle sont neutralisés par les contre-appels des compagnons poulets qui se contentent de regarder le sol pour se gaver et éteindre en eux les insatisfactions nées des quêtes existentielles. Le tableau est-il trop sombre? Correspond-il à une quelconque réalité? Il apparait de plus en plus clair que le temps des idéologies et des philosophies est obsolète et que désormais, la nouvelle culture les rejette au profit de nouvelles réalités comme la surcommunication, la surconsommation et le rejet de toute transcendance spirituelle.
Dans ce siècle de la communication instantanée que d’aucuns appellent l’incommunication, chaque personne ainsi réseautée devient un élément de ces chaines tout en étant confinée à sa solitude existentielle. Or, depuis toujours dans l’Histoire, les grandes aventures de foi ont été vécues en peuples, en communautés, en confréries. Ces réalités semblent de plus en plus s’étioler. On assiste aujourd’hui à la dissolution de beaucoup de groupes qui composaient la trame de fond de nos communautés. Aujourd’hui, nous devrons vivre notre foi d’une façon isolée et cette réalité est tout à fait inédite. En effet, au cours des siècles, l’être humain vivait sa culture, sa religion et son idéologie politique en société. Maintenant, il les vivra seul derrière son ordinateur? Reconnaissons cependant que le mouvement des Indignés vient nuancer ces propos.

Il était une fois, un jeune homme qui avait découvert en lui un immense vide, tout au fond de son être, un immense vide rempli de solitude. Pendant des années, il avait tenté désespérément de remplir cet immense vide en travaillant du matin au soir, en ramassant plein de sous, en faisant beaucoup de sport, en courant les spectacles et les boîtes de nuit. Rien n’y fit, il ressentait sans cesse cet immense vide. Ceux qui le voyaient vivre ainsi l’enviaient de le voir riche, avec une vie bien remplie, des amis plein les bras. Personne ne semblait soupçonner l’existence de ce grand vide en lui. Un jour, sur le bord d’un chemin près de Capharnaüm, il rencontra quelqu’un qui possédait cette rare qualité de voir dans les êtres humains non pas ce qu’ils prétendaient être, mais ce qu’ils étaient vraiment et ce qu’ils pouvaient devenir. Ce personnage voyait dans les gens ce qui n’était pas encore éveillé, ce qui attendait de naitre enfin, il percevait ce que les gens pouvaient devenir s’ils acceptaient d’être libérés, débarrés! Ce sage dit alors à ce jeune homme habité de cette immense béance: «Je vois plein de possibles en toi! Défais-toi de tes possessions qui te possèdent, quitte tes mirages et suis-moi et je te montrerai le chemin de la plénitude.» Ce jeune homme, riche et beau, devint tout triste et quitta son bord de chemin en regardant à terre.
Ce jeune homme venait de vivre l’aventure de l’aiglon dans son poulailler. Dire non à l’appel insécurisant au dépassement, à la simplification de sa vie, à l’ouverture et à la quête du salut, de la plénitude spirituelle. Cet appel est présent dans le cœur de toute personne. Il y a en chacun de nous ce désir de plénitude et au sein de la foi chrétienne, nous découvrons que Celui qui nous conduit à la plénitude, à la lumière de la vie, c’est le Christ. Reprendre le chemin de l’Évangile et vivre ses appels dans la fidélité de notre culture et de ses valeurs magnifiques : voilà le défi actuel des croyants de ce temps. Oserons-nous encore regarder le vol de l’aigle, ressentir en nous ses vibrations et ses appels et y répondre courageusement?

Souhaits du Nouvel An

Souhaits du Nouvel An

Incapable de sortir pour célébrer le Nouvel An dans ma communauté, je lis un article à Radio Ville-Marie sur Stéphane Hessel, un inconnu pour moi, et j’apprends que ce nonagénaire a inspiré le mouvement des Indignés.

Qui est-il donc? Rescapé des camps de concentration de la Seconde Guerre Mondiale, ex-diplomate français, co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, également écrivain et poète, il a publié en octobre 2010 Indignez-vous!, un opuscule de 32 pages, qui défend l’idée selon laquelle l’indignation est le ferment de l’« esprit de résistance», et dont va s’inspirer le Mouvement des Indignés. L’écart grandissant entre les riches et pauvres, le risque de la destruction de la planète apparaissent parmi ses indignations. Le conflit israélo-palestinien, particulièrement les conditions de vie des Gazaouis, choque aussi le Français né à Berlin d’un père juif.

Face aux critiques, Hessel signe un 2e ouvrage en mars 2011, Engagez-vous!, fruit d’entretiens avec Gilles Vanderpooten. «Attention, prévient-il, il ne suffit pas de s’indigner! Il faut aussi se mettre en mouvement pour que les choses changent.» Dans cet ouvrage, l’auteur fournit le mode d’emploi aux manifestants, qui, selon lui, doivent aller au bout de leur démarche en joignant par exemple un parti politique pour que leur indignation «se transforme en quelque chose de constructif».

Ma santé ne me permet pas de joindre en plein hiver les manifestations des Indignés de Occupons Montréal ou Joliette, mais je peux réfléchir et en parler autour de moi. Je peux aussi prendre des décisions justes concernant mon environnement et notre planète, concernant ma consommation et les inégalités entre riches et pauvres, qui finissent par nous dominer toutes et tous. Je peux aussi faire entendre ma voix de chrétien et proclamer que chaque fois qu’on prend soin de la terre et des humains, on continue les gestes prophétiques de Jésus Christ. Comme le rapportent souvent les évangiles proclamant que le Royaume est proche : «Comprenne qui pourra!»

Si j’ai un souhait à formuler aujourd’hui, c’est que Dieu soit béni pour la vie et la terre qu’il nous a données. Je comprends que nous sommes responsables de tout cela et je souhaite que  chacun de nous ouvre les yeux et fasse en sorte que le monde soit meilleur pour nos enfants et petits-enfants.

Noël, les enfants et le Royaume

On a souvent dit que Noël était une fête d’enfants; en fait, il fallait comprendre une fête pour ceux qui ont un cœur d’enfant, capables de voir autre chose que leur intérêt personnel, autre chose que ce que leur dicte la loi.

J’ai lu dans la 7e édition du journal « 99 % » un récit qui illustre bien qu’un enfant peut comprendre ce qu’un adulte ne comprend pas. Preuve que seuls «ceux qui sont semblables aux enfants entreront dans le Royaume de Dieu». Je vous invite à lire ce bref article que j’ai pigé dans le journal de Occupons Montréal et à juger par vous-mêmes, et par la même occasion,  à mettre le site de Occupons Montréal dans vos favoris.

Le 17 décembre, à 16h, en plein cœur du Complexe Desjardins, nous avons tenu une méditation d’environ 15 minutes, suivie d’un « Mic Check » qui prônait l’amour, le partage, la paix, le respect et l’argent au service de ces valeurs. Les policiers sont venus nous demander de partir à la toute  fin de notre action. Le tout a duré environ 30 minutes.

Durant la méditation, je me suis aperçue  que des enfants de tous les âges venaient vers nous, curieux. L’un d’entre eux, âgé d’environ 9 ans, est venu me demander «C’est pour quelle cause?» et j’ai répondu: «Occupons Montréal ». Soudainement, un sourire s’est dessiné sur son petit visage et, tout content, il a couru voir sa mère pour lui annoncer la « bonne nouvelle ». Il était présent, de cœur et de corps, parmi nous, à partir de ce moment : il a filmé le « Mic Check » et s’est interposé entre nous et les policiers pour leur demander de nous laisser faire – demande à laquelle un policier lui a répondu : « Ce n’est pas de tes affaires !».

Ces enfants m’ont fait réaliser que notre mouvement défend bien plus que les droits de la personne, l’égalité salariale ou la transparence politique. Il défend aussi ces valeurs universelles qui sont ancrées en chacun de nous et avec lesquelles les enfants ont encore un lien fort et direct. Nous sommes de plus en plus conscient-e-s de ces valeurs, puisque nous prônons aussi l’amour, le respect, l’honnêteté. Alors, j’appelle ici tout le monde à fermer les yeux, à sentir ces valeurs au plus profond de son âme. Ainsi, nous puiserons une force inébranlable, universelle et solidaire, qui nous permettra d’aller toujours plus loin et de semer des fleurs partout sur notre passage.

Marie-Claire Larocque

http://www.occuponsmontreal.org/wp-content/uploads/2011/12/007JournalPage1-2c.pdf

(consulté le 21 décembre 2011)

Nous, catholiques, quelle bonne nouvelle avons-nous, à l’instar de cet enfant, à annoncer à notre entourage? Le côté religieux de Noël s’exprime dans nos crèches, mais plus encore dans tout geste où l’on s’efforce, à la manière de l’Emmanuel, de se faire proche de l’autre, surtout les pauvres, les petits, les exclus, les sans-voix.

Ne pensez-vous pas que l’officier de police de la petite histoire racontée par Marie-Claire aurait pu «faire son devoir» et en même temps se faire proche de l’enfant, se conduire comme un être humain, lui expliquer pourquoi il agissait ainsi? N’aurait-il pas ainsi posé sa petite pierre pour bâtir un monde où la fraternité vaut plus que les règlements? L’enfant était spontanément ouvert à cela – probablement parce que sa mère l’était. En intervenant auprès de l’officier de police, il a montré qu’il était plus proche que lui du Royaume de Dieu. Puisse la conduite de cet enfant nous inspirer dans notre manière de regarder les autres en ce Noël!