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Un parti en quête de leader

J’ai eu l’occasion dernièrement de répondre à Alexandre Cloutier qui demandait des suggestions sur son site Internet et promettait de les lire, les analyser et y répondre. J’ai pensé que ça pourrait faire l’objet d’un billet. En voici à peu près le texte.

Pour gagner une majorité de citoyens à voter OUI au référendum, il faut mettre au sommet de nos priorités l’apport de l’immigration et des filles et fils d’immigrants. Comment le faire: voici quelques suggestions.

– Il faut d’abord s’assurer de présenter un certain nombre de candidats aux élections qui viennent de cette catégorie de citoyens.

– Il faut mieux connaître les communautés locales d’immigrants, surtout en ville, identifier des petits groupes à rencontrer et prêts à connaître et discuter de l’option souverainiste; en retour, les organisateurs ou députés du parti doivent écouter les préoccupations de ces citoyens et les prendre en compte.

– Il faut porter une attention plus particulière aux besoins de ces citoyens en matière d’éducation et d’emploi. Rappelons-nous que ces personnes sont venues ici en quête d’un meilleur avenir pour leurs enfants et leur famille. Il faut comprendre cela. Quand un groupe de familles immigrantes arrive dans une ville, les députés et candidats doivent se rendre disponibles à elles et s’informer de leur vie en général et de leurs besoins. Ils doivent aussitôt que possible trouver des personnes pour entretenir ces liens. La souveraineté ne se gagnera pas seulement à coups de publicité, mais peut-être plus à coups de proximité.

– En matière de laïcité, je pense de plus en plus que les Québécois font erreur en essayant de bannir le fait  religieux de l’espace public. Plus on ostracise le fait religieux, plus on risque que certaines communautés, dont l’identité est constituée pour une part de la dimension religieuse, se referment davantage dans des ghettos ou se joignent aux autres partis politiques. En cette matière, le Parti québécois doit leur apparaître comme un interlocuteur valable en matière religieuse.

– Tout en assurant le respect de nos valeurs communes comme l’égalité de tous devant la loi, l’égalité des femmes et des hommes, un accès égal aux services publics, on gagnera à tenir compte de certaines particularités religieuses et culturelles et à considérer les autres cultures comme un enrichissement pour toute la collectivité. Par contre, il faudra développer notre discernement en rapport avec les discours et les comportements irrespectueux de ces valeurs et les dénoncer seulement quand un véritable discernement a été fait et non par racisme ni démagogie.

– J’aimerais bien qu’on se souvienne que nos ancêtres ont tous été des immigrants et que nous sommes descendants d’immigrants. Quand nous sommes arrivés ici, des autochtones y vivaient déjà; à cause de cela nous ne devons pas nous considérer comme les premiers ou uniques propriétaires de ce pays, mais comme des occupants, obligés à notre tour de le partager, comme l’ont fait les autochtones.

Votre point de vue serait bien apprécié et encore plus si on pouvait le lire à la suite de mes suggestions. 🙂

Face à l’immigration, que penser?

Face à l'immigration, que penser?

Un ami et un frère dans l’Église m’écrit:

Bonjour Michel,
Tu as bien raison sur la nécessité de réfléchir sur le phénomène de l’immigration. Je le fais d’ailleurs depuis quelques années. Mais je t’avoue franchement que j’ai de la difficulté à me situer entre une nécessité de l’accueil de l’immigrant tel que l’Évangile nous le demande et le rejet de ces exagérations en accommodements raisonnables que je trouve parfois déraisonnables. Tout comme toi sans doute j’ai tellement reçu de documents à ce sujet mais pas toujours nuancés. N’avons-nous pas nous-mêmes au Québec imposés nos  « valeurs morales » à bien du monde. Je ne suis pas prêt à écrire sur ce sujet car je poursuis ma réflexion. Si tu as des idées là-dessus j’aimerais les lire.
Cordiales salutations,
Robert

Cher Robert,

Comme toi, j’ai de la difficulté à faire le partage entre les exigences de l’amour (être accueillants avec les immigrants) et celles de la justice (que les droits et les valeurs de notre société de droit). Mais voici dans quel sens je réfléchis.

Voici une de mes convictions qui part d’une toute petite phrase attribuée à Jésus, en réponse à la question de quelques Pharisiens et Hérodiens: Est-il permis ou non de payer l’impôt à César? Ils demandaient ça pour le confondre, car utiliser les deniers romains à l’effigie de César-Auguste-Dieu, c’était faire affront à Dieu, selon eux.
Et Jésus de montrer un denier avec l’effigie de César et de répondre habilement: «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.» Jésus refuse de confondre appartenance citoyenne et appartenance au Royaume.

Ma conviction, c’est que croire au salut et au Royaume ne dispense pas de s’acquitter des justes obligations sociales. La justice dans notre société est définie par une charte de droits et consiste entre autres droits à l’égalité juridique des femmes et des hommes. Au nom de cette justice, nul ne peut exiger, par exemple, d’être servi à un guichet gouvernemental par un homme ou une femme. Tu as besoin de passer un examen de conduite, et seule une femme est disponible, tu ne peux pas exiger un homme à ce moment-là. Reviens plus tard et passe ton examen avec un homme s’il y en a un disponible.­

De la même façon, il me semble injuste d’exiger un congé pour motif religieux qui aurait pour effet de créer un déséquilibre dans l’organisation du travail. Si une institution scolaire fonctionne du lundi au vendredi, et que pour motif religieux je voudrais m’absenter le vendredi, je peux bien le demander, mais l’institution n’est pas obligée de me l’accorder. L’institution peut m’offrir en échange de ce congé une tâche équivalente un autre jour, si ça ne constitue pas une charge injuste pour l’ensemble des personnes que sert cette institution.

Pour les lieux de prière, je trouve déraisonnable de la part de quelque personne ou groupe de demander des locaux spéciaux pour la prière; les lieux de travail n’ont pas à servir de lieux de prière.

Ma conviction, c’est que ces demandes ressemblent à celles des Pharisiens et Hérodiens; les demandeurs d’accomodements veulent que notre société de droit et de valeurs démocratiques s’adapte aux règles religieuses particulières de leur groupe. Plus encore, il m’apparaît de plus en plus que ces demandes font partie d’un agenda politique qui vise à imposer à notre société les dites règles particulières à l’encontre de droits obtenus de haute lutte.

Personnellement, si j’allais habiter un pays de culture arabo-musulmane, par exemple, je suis conscient que je devrais me conformer à des règles de vie en société différentes: mais c’est mon choix de m’installer dans ce pays.  Si je l’ai choisi, c’est que ce pays m’offre quelque chose que je ne trouve pas dans mon pays d’origine. Ma foi en Jésus Christ ne me commande qu’une chose, c’est la loi de l’amour. Si des immigrants  tiennent à avoir des lois particulières, qu’ils se fassent élire comme députés et fassent valoir devant leurs pairs le bien-fondé de leurs motifs en respectant les droits fondamentaux de la société d’accueil. Tout ce que ma foi me commande, c’est l’amour des humains les uns pour les autres avec ses nombreuses applications. C’est aussi la règle de nombreuses religions de ne pas faire aux autres ce qu’on ne veut pas qu’il nous soit fait.

Il est vrai qu’au Moyen âge, les chrétiens ont agi à la manière de certains groupes venant notamment du Proche et Moyen Orient. Mais on n’est plus à cet âge et, si ça tient à moi, on n’y retournera pas. Dans cette ligne-là, je ne pense pas que le crucifix de l’Assemblée nationale ou à la salle d’un conseil municipal ait une importance religieuse; c’est plutôt un aspect de l’histoire et de l’identité québécoise. Je pense que certains athées et agnostiques sont prêts à se battre pour ces symboles ou pour conserver notre patrimoine religieux: pas moi. Ça me suffit de mettre un crucifix chez moi et dans mon église. Quand une église se vide parce que la communauté des croyants n’y existe plus, qu’on la laisse aller… même à un groupe d’un autre religion. L’arbre de Noël n’est pas un symbole religieux et si on cherche à le bannir, c’est purement politique.

Dans le moment, c’est dans ce sens que vont mes réflexions. Qu’en penses-tu?