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Un prêtre polonais révèle son homosexualité

Un prêtre polonais révèle son homosexualité

Au moment où le Synode sur la famille prépare à Rome sa deuxième session dans le but de conclure près d’une année de réflexions et d’échanges, un prêtre polonais révèle son homosexualité. Membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi (équivalent d’un ministère dans un gouvernement) depuis 2003, il a été démis de ses fonction. Le prêtre a déclaré avoir fait sa sortie publique afin de secouer un peu la position de l’Église face aux homosexuels. Pour les conservateurs dans l’Église, il apparaît certainement comme un prêtre infidèle à son vœu de chasteté, mais pour moi, c’est un prophète à la manière de Jésus. Le souci d’un prophète est la fidélité à la vérité.

Parmi tous ceux et celles qui réfléchissent et souhaitent une réforme des positions de l’Église en matière de sexualité, de mariage et de famille, le Réseau des Forums André-Naud a produit une Courtepointe, c’est-à-dire un cahier de textes sur ces sujets qui a été envoyé au pape et aux évêques afin de leur faire part de nos réflexions. Seront-ils pris en considération? Quel poids font des théologiens, des moralistes, prêtres et laïcs, devant l’institution millénaire qu’est l’Église, devant les évêques en poste actuellement, plusieurs nommés par Jean-Paul II et Benoît XVI? Y en a-t-il parmi eux qui écouteront le cri prophétique de ce prêtre polonais? C’est à espérer que les deux années de pontificat de François et le ras-le-bol des évêques jeunes de cœur réussiront à ouvrir les yeux et les oreilles du corps épiscopal.

Le Réseau des Forums André-Naud fera le lancement de sa Courtepointe mardi soir le 13 octobre à la Librairie Paulines, rue Masson à Montréal. C’est un événement public auquel j’invite toute personne de bonne volonté.

 

 

L'Évangile et la différence

Hier, je partageais un repas de fin d’année avec un groupe de d’amis. Au début, il y a huit ans, ces personnes d’orientation homosexuelle ou bisexuelle répondaient à un besoin de parler et d’être écoutées.

L’histoire commence ainsi. Autour de l’année 2004, l’évêque du diocèse de Joliette, Gilles Lussier, soucieux de raviver la foi chrétienne dans nos communautés et d’envoyer croyants et pasteurs en mission, d’«avancer au large» comme il aimait dire, nous invitait à annoncer le Royaume là où on avait besoin d’une parole nouvelle, dans des entiers inexplorés ou abandonnés. C’est dans ce contexte que j’ai rencontré le Père Guylain Prince, franciscain, un soir de conférence-retraite à St-Paul. J’ai immédiatement été touché par son message: aller vers des personnes marginalisées, entre autres les homosexuels rejetés, jugés, comme partout d’ailleurs. L’Église, vivant de l’enseignement de Jésus, ne pouvait à mes yeux faire autrement qu’être touchée par le rejet personnel et social des homosexuels; cette Église que j’aime devait trouver une manière de s’approcher d’eux et d’exercer son ministère de guérison et d’annonce que Dieu était venu pour eux comme pour tous les humains.

Guylain et moi avons donc recruté avec nos maigres moyens, petit feuillet, bouche à oreille, des hommes et des femmes qui désiraient entendre le message de Jésus de Nazareth et nous avons animé à tous les mois une rencontre de partage de notre vécu en présence de la Parole de Dieu, buvant un café et mangeant des biscuit ou des petits gâteaux. Des hommes surtout, quelques femmes, une vingtaine de personnes ont été rejointes, gravitant autour d’un noyau de 6 à 8.

Quelque huit ans plus tard, les rencontres se poursuivent au sous-sol du presbytère de l’ancienne paroisse Sainte-Thérèse et les échanges sont arrivés à un niveau d’authenticité extraordinaire, à un point tel que plusieurs sont capables d’évaluer les progrès accomplis dans leur cheminement et d’approcher de ce que peut être un monde où règnent les valeurs de pauvreté,  douceur, paix, et justice du Royaume de Dieu. Ces mots mêmes de Royaume de Dieu sont devenus étranges dans un monde préoccupé par la beauté physique, la rentabilité, la productivité, le dernier cri en fait de télécommunications. Y a-t-il une place dans ce monde pour l’égalité des chances, le respect des différences, la solidarité du pauvre et du riche? J’admire les  pasteurs et bénévoles en pastorale qui de différentes manières ne cessent de faire entendre le message du Royaume de Dieu annoncé et commencé en Jésus, annonce continuée pendant des siècles de noirceur et de lumière et persévérant au cœur du monde actuel.

Pierre-Gervais Majeau, qui se dit prêtre, – je préfère voir en lui un pasteur – a trouvé une manière d’annoncer le Royaume de Dieu en relisant des fables. Les fables sont éternelles comme les paroles de l’Évangile. Par elles, on peut décrire le comportement des humains dans le monde actuel dans des mots qui paraissent étranges, déconnectés pour celui ou celle qui ne veut rien entendre. Mais c’est l’Esprit de Dieu qui s’exprime en elles, et c’est le même Esprit qui me donne d’en chercher le sens, de regarder comme elles éclairent notre vie.

Vous trouverez ces petits bijoux de Paroles inspirées sur le site web du diocèse de Joliette, dans la chronique Pour enrichir la réflexion, dans la colonne de droite. Ceux qui préfèrent lire sur du papier seront peut-être attirés par son dernier livre Le cadeau du mendiant. édité par Médiaspaul, en 2014. Le bon vin n’a pas d’âge, dit le proverbe. Ou se bonifie avec l’âge. À vous de juger! Moi,  je dis: L’Esprit est le même éternellement.

Concernant, la difficulté à vivre avec ceux et celles qui sont différents, dans notre Église comme dans le monde, lisez la fable du Corbeau albinos.

La Bonne Nouvelle et l’homosexualité

La Bonne Nouvelle et l’homosexualité

J’ai écrit cet article en janvier 2007 pour les Chroniques Bourgo, alors que j’avais déjà cheminé quelque temps dans le groupe d’échanges Tabor autour de la foi et l’homosexualité. Je le relis aujourd’hui sans modifier les lignes de fond de ma vision évangélique de l’homosexualité.

Nous sommes des êtres manquants appelés à l’amour

Béni soit Dieu qui a trouvé le chemin du cœur des femmes et des hommes qui l’accueillent! Car la foi est un don de Dieu, une grâce, disait-on en d’autres temps.

J’estime qu’à tous les humains, quelle que soit leur situation de vie, en particulier ceux qui ont une orientation homosexuelle, il est donné de connaître l’amour du Père, de connaître l’amour humain et de vivre ce dernier dans des relations ou une union correspondant à leur nature profonde. Dieu ne pourvoit-il pas toutes ses créatures, à plus forte raison ses enfants, de ce qu’il leur faut pour grandir et s’épanouir?

Celui ou celle qui est reconnu et se sait aimé de Dieu, lui fera confiance et répondra à son amour par la conversion, en quittant ses attitudes égoïstes, en montrant de la compassion pour les autres, en faisant ce qui est juste, en recherchant la paix et en espérant en Dieu contre toute espérance.

Une Bonne Nouvelle qui interpelle sans considération de sexe ou d’orientation sexuelle.

Quelle importance Jésus a-t-il accordé au sexe et à l’orientation sexuelle des personnes? On sait qu’il a pris la défense d’une femme contre des hommes qui s’en sont servi afin de le piéger sur son enseignement. On se souvient aussi qu’il a abordé en public une étrangère et lui a parlé même si cela allait à l’encontre des coutumes de l’époque. Quant au célibat, il a déclaré que certains se faisaient eunuques pour le Royaume, sans toutefois en faire une obligation.

Par ailleurs, les évangiles restent discrets sur les préférences de Jésus dans le choix de ses disciples, sinon que, comme les sages qui faisaient école, il était plutôt entouré d’hommes – qui à l’évidence n’ont pas à s’occuper d’enfants. On sait que des femmes émancipées faisaient aussi partie de son groupe rapproché de disciples.

Je ne connais pas la moindre allusion dans les évangiles au fait que des hommes ou des femmes aient pu être identifiés comme homosexuels.

Jésus a accepté à sa suite autant des disciples mariés que des célibataires. Ce qui lui importait avant tout chez ses disciples, c’était le désir de connaître Dieu, la soif de bonheur, la recherche d’un sens à la vie, le choix libre de tout laisser pour le suivre et de donner sa vie pour l’avancement du Royaume.

Toutes et tous appelés à conjuguer érotisme et amour.

Le plaisir fait partie de la vie; il est l’indice qu’un besoin fondamental est satisfait. L’attirance sexuelle est l’une des avenues importantes vers la rencontre entre deux personnes, qui peuvent ensuite construire une relation où chacun est connu, apprécié pour ce qu’il est, se découvre aimé de façon inconditionnelle, stimulé à donner le meilleur de lui-même.

Malheureusement, il a existé une tendance profondément ancrée chez plusieurs à considérer mauvaise ou dangereuse la sexualité et à croire que les actes sexuels sont d’abord et surtout motivés par un plaisir égoïste et conduisent à la domination de l’autre.

L’homosexualité fait encore plus peur puisque la science ne nous a pas encore fourni d’explication satisfaisante sur ses causes. Cependant, il nous apparaît de plus en plus que les personnes homosexuelles naissent avec cette orientation à divers degrés. Elle existe bel et bien dans la nature et chez les humains et il me semble non seulement inutile, mais néfaste de la qualifier d’anormalité, voire de perversion.

Est-ce que la peur de l’homosexualité ou l’homophobie, ne révèle pas la peur de la dimension obscure de notre propre sexualité, soit personnelle, soit sociale? Et ceux qui nient que l’homosexualité fait partie de la nature humaine, ne mènent-ils pas un combat dont les motivations seraient bien plus personnelles qu’intellectuelles ou spirituelles?

Dans l’Église, il est temps de nous ouvrir à la vie affective et spirituelle des homosexuels autant qu’à leurs souffrances et limites, de les voir avec un regard neuf pour les accueillir tels qu’ils sont et les appeler à collaborer au Royaume de Dieu. Ce faisant, comme Jésus, nous annoncerons une bonne nouvelle aux pauvres, nous laisserons Dieu ouvrir nos yeux d’aveugles, nous permettrons à l’Esprit de Dieu de nous libérer.

Une juste place pour le célibat et la continence sexuelle

La condition homosexuelle interpelle dans l’Église ceux qui enseignent que les homosexuels, pour aimer, doivent pratiquer la continence et vivre en célibataires, se priver de l’intimité et de la chaleur du corps d’autrui, de la tendresse d’un cœur attentif à l’autre, du regard de Jésus qui élève l’autre au rang de fils et de fille de Dieu.

Pour tous les humains, il est préférable que le célibat et la continence soient choisis et vécus dans l’amour. Imposés comme condition pour accéder au Royaume, ils ne peuvent que diminuer une personne, voire se transformer en puissance de domination, en haine de soi et des autres.

L’appel à la continence pour les homosexuels ne devrait pas être différent que celui qui est demandé aux couples hétérosexuels. Chaque relation de couple se bâtit sur l’amour et la place tenue par les actes sexuels dépend des besoins individuels selon un rythme où l’on tient compte du désir sexuel à construire entre deux personnes et de leurs nombreux autres besoins, activités et engagements.

Un regard chrétien sur les homosexuels

Certains catholiques considèrent encore les homosexuels comme des anormaux, des pervertis ou des provocateurs, parce qu’ils vivent et expriment leur sexualité d’une manière différente de la majorité.

La souffrance qui résulte de la méconnaissance, du mépris et du rejet qui en résulte, rapproche les personnes homosexuelles de Jésus qui a connu l’opposition et la haine de ceux que dérangeait son message radical de l’amour de Dieu adressé à tous les humains et en particulier aux petits et aux exclus.

On ne comprend la conduite de Jésus, parfois contraire aux coutumes ou libre face aux lois, que si l’on reconnaît que sa seule et unique référence était la volonté du Père et qu’il jugeait de tout à cette aune.

Chez les Juifs, se marier et avoir des enfants était perçu comme une bénédiction divine. Jésus, en choisissant de rester célibataire et de ne pas fonder une famille, s’est démarqué de la culture dominante de son peuple. Il a demandé à ses disciples de rechercher d’abord le Royaume et sa justice, disant que le reste – entendons les choses ordinaires de la vie – leur serait donné par surcroît.

Demandons-nous si la volonté du Père est que des personnes observent la continence sexuelle, ou bien qu’elles recherchent et s’efforcent de vivre un amour vrai? Demandons-nous si le Royaume se trouve du côté des victimes de l’homophobie ou du côté des bien-pensants, forts de leur statut dans l’Église et de leurs connaissances scientifiques supposément infaillibles?

Homosexualité et fécondité

Mettre au monde des enfants est l’une des voies pour vivre la fécondité. C’est la première raison d’être de la sexualité. Toutefois, parce qu’on est humain, et non animal, la sexualité comporte une autre dimension, aussi fondamentale, c’est le fait que les humains sont des êtres de relations. En cela, ils sont semblables au Créateur autant que par la fécondité sexuelle.

Le travail, l’engagement communautaire, l’accueil des pauvres et des malades, le soutien mutuel dans la vie de couple et entre amis, la pastorale, le souci de la planète, l’adoption, la création artistique, la recherche scientifique, constituent autant de voies pour créer, donner et servir ses semblables. Être fécond dans le don de soi à l’autre, c’est aussi tout cela. Mais personne ne réalisera dans sa vie toutes ces manières de créer et de donner la vie.

Les homosexuels qui ont choisi de vivre en couple peuvent se soutenir, s’entraider, s’encourager dans la réalisation de projets communs ou du projet de l’un ou l’autre conjoint. Par leur amour, leur attachement et leur engagement dans une cellule familiale, un groupe d’amis ou d’autres communautés, ils apporteront leur contribution à la société où l’être humain sera respecté et reconnu dans son intégralité.

Je remercie les membres du groupe Tabor (Joliette) qui m’ont accueilli comme le seul «straight» du groupe – en plus du P. Guylain Prince OFM, avec qui j’ai fondé ce groupe autour de l’année 2005, à la suite d’une demande de notre frère  évêque Gilles Lussieer.