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Que l’Esprit de Jésus accompagne notre frère évêque !

Que l'Esprit de Jésus accompagne notre frère évêque !

Notre évêque, Gilles Lussier, doit prendre sa retraite cette année où il fête ses 75 ans. C’est la règle dans l’Église catholique de donner sa démission au pape quand on a atteint cet âge. Gilles Lussier a donné 25 ans de service comme évêque à notre diocèse. Il a été un bon évêque, mais ce n’est pas pour ça qu’il deviendra évêque émérite. C’est un titre militaire  à l’origine et qui signifie qu’il a accompli ses années de service. Étrange expression pour une Église qui dit suivre les enseignements de Jésus, car on ne l’imagine pas comptant ni ses années, ni ses heures. J’espère que Gilles continuera de servir autrement et l’Église et l’Évangile.

Car, pour moi, le but de la mission d’un prêtre – et de tout baptisé – est le service de l’Évangile, l’annonce du Royaume de Dieu. L’Église (avec ses règles) n’est que le moyen, le témoin. le messager. À se rappeler notre histoire et à voir le spectacle parfois donné par les évêques, à voir les honneurs dont ils ont été entourés en haut lieu, on se demande si le moyen n’a pas été pris pour le but.  Pourquoi la règle des 75 ans devrait-elle s’appliquer quand un évêque a encore la santé et le désir de guider une église? J’ai eu et j’ai toujours de la considération pour Gilles, car c’est un homme qui ne se prend pas pour un autre, d’approche facile au-delà sa prestance, plein d’attention et de considération pour ses collaboratrices et collaborateurs. J’ai aimé partager la mission de l’Église avec lui. Tout dans ses attitudes manifestait le désir de servir humblement.

Dans l’Info diocésain, je vous rapporte ce qu’écrit M. Gilles Ferland :
«Mgr Lussier signera en fin de semaine prochaine son dernier billet de la saison dans le journal l’Action.  Pour cette occasion, il a choisi de nous  partager une prière du pape François qui conclut sa récente encyclique sur l’urgente nécessité de protéger notre maison commune, la terre. Nous avons cru bon de vous ce texte (sic) dans sa version intégrale:

« Dieu, Tout Puissant  qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de tes créatures, Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe, répands sur nous la force de ton amour pour que nous protégions la vie et la beauté.  Inonde-nous de paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs sans causer de dommages à personne.

Ô Dieu des pauvres, aide-nous à secourir les abandonnés et les oubliés de cette terre qui valent tant à tes yeux. Guéris nos vies, pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs, pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction. Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la terre et des pauvres. Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures sur notre chemin vers ta lumière infinie. Merci parce que tu es avec nous tous les jours. Soutiens-nous, nous t’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix. »

Je regrette d’avoir à dire ceci: l’encyclique du pape fera peu de bruit ici et le billet de notre évêque pas davantage même auprès des croyants. Pourquoi? La réponse est simple. L’Église qu’ils représentent tous deux a tellement de retard à rattraper qu’on se demande si elle va jamais y arriver. Peu de pasteurs de ma paroisse et de mon diocèse ont parlé et agi en faveur du changement des mentalités vis-à-vis de l’environnement. Faut-il se surprendre que si peu de mes co-paroissiens aient à cœur la sauvegarde de l’environnement? J’ai peu d’espoir que la prière de François change les mentalités.

Le mouvement écologiste prêche de prendre soin de notre terre, non pas en citant le nom du Seigneur au début de chaque paragraphe, mais en laissant parler l’Esprit qui éclaire l’intelligence et anime le cœur  de toute personne de bonne volonté.  Il ne fait pas que prêcher, il agit par des pétitions, par des marches, des représentations auprès des élus municipaux. Notre Église a trop longtemps crû pouvoir diriger le monde, alors qu’on attendait d’elle un enseignement et un exemple. Jésus n’a pas dirigé le monde, pas plus que Dieu. Mais il a enseigné et agi en conformité avec son enseignement. À cause de cela, beaucoup d’hommes et de femmes ont choisi librement de le suivre, Lui, en dehors des cadres de l’institution.  L’Église et ses pasteurs donneront-ils l’exemple?

À propos d’environnement, l’encyclique du pape reflète une préoccupation majeure du pape François dès sa première homélie (19 mars 2013), au moment où il commençait son pontificat. Il annonçait un style nouveau pour un pape, une parole que tout le monde peut comprendre. Il enseignait qu’il faut, comme des gardiens, prendre soin de la terre et prendre soin les uns des autres. Et il a agi de manière prophétique en s’occupant prioritairement des pauvres.

Il y a longtemps que ma génération essaie de mettre en pratique la protection de l’environnement et le partage des richesses de la terre. Mais que manque-t-il pour qu’un plus grand nombre d’humains, des plus grands aux plus petits, protègent la terre? La réponse est simple encore. L’exemple, l’exemple, toujours l’exemple. On est plus enclin à être éveillé par un enseignement quand son auteur le pratique lui-même. Des siècles de contre témoignage ont rendu la parole et la prédication de l’Église peu efficaces. La parole de Jésus m’a paru efficace parce qu’il vivait ce qu’il enseignait: justice, pauvreté, bonté, paix. Ceux qui l’ont suivi ont clairement été transformés par sa parole. Pour être crédible quand on parle d’être gardiens de la création, il faut poser des gestes qui en témoignent. C’est chacun de nous, pas seulement nos évêques, qui doit se demander ce qu’il fait concrètement pour être gardien de la terre, gardien de ses frères et sœurs. Prier Dieu, c’est pas mal, mais ça doit être accompagné de gestes.

C’est pourquoi je prie pour mon évêque Gilles: Que l’Esprit de Jésus t’accompagne! Il t’aidera à faire ce que tu as enseigné. Et moi et les gens qui te verront vivre, nous croirons en tes paroles. Je prie que la première qualité de notre prochain évêque soit – à ta ressemblance – l’humilité! À cela nous reconnaîtrons en toi un authentique disciple de Jésus. Je prie pour être moi-même transformé par les paroles du pape François.

 

Encore le brut albertain

Encore le brut albertain

Le 30 mai 2015, le Devoir titrait un article «Des wagons de brut albertain sillonneront le Québec». Le pétrole continuera de passer chez nous,  sur rail, sur route, sur l’eau et sous terre. Et au Québec, pour une part, nous en avons besoin pour nos véhicules de promenade et de transport de toutes sortes et de toutes grosseurs.

Mon voisin est éleveur de poulet et opère une flotte de camions pour le transport des poulets vivants, autant au delà des frontières québécoises que sur notre territoire. Je ne suis pas un mordu de poulet rôti, mais je pense que le quart de cuisse est un repas bien commode pour nos réunions de travail ou nos rencontres sociales. Une grande partie de nos activités de consommation nécessite de l’énergie pétrolière.

Ce qui se passe présentement, c’est que globalement notre consommation augmente ainsi que nos besoins en énergie, mais en même temps la conscience du dommage que nous causons croît elle aussi, du moins chez plusieurs. NOUS, c’est chacun de nous, ce sont nos entreprises et nos pouvoirs publics. Et la conscience travaille chacun des acteurs: moi, mon voisin et notre député. Pas également et pas de la même manière. Certains politiques, certains entrepreneurs et certains individus plus que d’autres. Pour notre bonheur ou notre malheur, l’intelligence et le souci de l’autre et du bien commun sont inégalement répartis sur notre planète.

On en revient à la responsabilité envers autrui. Suis-je capable de répondre à la question qui interpelle l’humanité depuis au moins 2500 ans, de Genèse 4, 8-10 (Le souligné est de moi) :

«Cependant Caïn dit à son frère : « Sortons. » Quand ils furent dehors, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua . Le Seigneur demanda à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » Caïn répondit : « Je n’en sais rien. Est-ce à moi de surveiller mon frère ? »  Le Seigneur répliqua : « Pourquoi as-tu fait cela ? J’entends le sang de ton frère  dans le sol me réclamer vengeance.»  Bible en français courant, Société biblique française, 1997

Est-ce à moi de me soucier de l’autre? On n’entend pas souvent aujourd’hui de récit biblique, mais la voix de la conscience, elle, ne cesse de monter en nous. Ma sœur et mon frère, c’est tout un chacun qui vit dans mon village, dans la ville voisine, et encore le long du rail où continueront de circuler quelques 220 citernes de pétrole  par jour. Est-ce que je suis solidaire des autres? Est-ce que j’écoute les cris d’alerte au danger du transport des hydrocarbures? Ou bien est-ce que je feins l’ignorance? Est-ce que je minimise les conséquences de notre besoin grandissant de pétrole? Est-ce que je remets ce souci à d’autres?

Suis-je impuissant ou capable d’influencer le cours actuel des choses? Suis-je capable de juger du danger et d’imaginer les gestes à poser pour surveiller le trafic croissant du pétrole sur les voies ferrées qui traversent nos villes et villages? Puis-je me joindre à un mouvement citoyen qui fera contrepoids aux lobbyistes à la solde des compagnies de transport?

Quel est ton questionnement sur cette nouvelle, toi, ma sœur, mon frère?