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Visite ad limina des évêques

Visite ad limina des évêques

Je devrais ajouter au titre «catholiques québécois». La visite «ad limina» exige que les évêques aillent rendre compte au pape de la situation de leur Église aux cinq ans. C’est le temps de faire nos messages au chef de l’Église, François.

Des catholiques  regroupés dans un mouvement, appelé le Parvis de Québec, nous proposent d’appuyer une lettre demandant aux évêques qui nous évangélisent, nous enseignent et nous guident, d’autoriser l’Église du Québec de vivre des premières expériences d’accès de femmes au sacerdoce. 

J’ai travaillé pendant 30 ans avec plusieurs femmes en pastorale et je soutiens que si les femmes faisaient la grève actuellement, la mission d’annonce de l’Évangile serait gravement compromise dans l’Église du Québec. C’est pourquoi je vous demande, en tant que croyante et croyant en Jésus Christ, de lire la lettre et d’envoyer par courriel votre appui, si c’est votre cas bien sûr, en n’oubliant pas de donner votre adresse. N’ayez crainte, vous ne serez pas inquiété par la suite!

Je pense qu’un chrétien ou une chrétienne ne peut garder le silence devant une tradition qui n’a plus sa raison d’être ici et maintenant au Québec. Si vous avez encore un tout petit brin de foi en Jésus, faites-le maintenant: ça ne prendra  que 10 minutes de votre temps.

Pour lire la lettre d’appui sur le site du Parvis de Québec.
Envoyer un message pour signifier votre appui.
Pour tout savoir sur le combat des femmes vers la pleine reconnaissance dans l’Église, visitez Femmes et ministères.

Que l’Esprit de Jésus accompagne notre frère évêque !

Que l'Esprit de Jésus accompagne notre frère évêque !

Notre évêque, Gilles Lussier, doit prendre sa retraite cette année où il fête ses 75 ans. C’est la règle dans l’Église catholique de donner sa démission au pape quand on a atteint cet âge. Gilles Lussier a donné 25 ans de service comme évêque à notre diocèse. Il a été un bon évêque, mais ce n’est pas pour ça qu’il deviendra évêque émérite. C’est un titre militaire  à l’origine et qui signifie qu’il a accompli ses années de service. Étrange expression pour une Église qui dit suivre les enseignements de Jésus, car on ne l’imagine pas comptant ni ses années, ni ses heures. J’espère que Gilles continuera de servir autrement et l’Église et l’Évangile.

Car, pour moi, le but de la mission d’un prêtre – et de tout baptisé – est le service de l’Évangile, l’annonce du Royaume de Dieu. L’Église (avec ses règles) n’est que le moyen, le témoin. le messager. À se rappeler notre histoire et à voir le spectacle parfois donné par les évêques, à voir les honneurs dont ils ont été entourés en haut lieu, on se demande si le moyen n’a pas été pris pour le but.  Pourquoi la règle des 75 ans devrait-elle s’appliquer quand un évêque a encore la santé et le désir de guider une église? J’ai eu et j’ai toujours de la considération pour Gilles, car c’est un homme qui ne se prend pas pour un autre, d’approche facile au-delà sa prestance, plein d’attention et de considération pour ses collaboratrices et collaborateurs. J’ai aimé partager la mission de l’Église avec lui. Tout dans ses attitudes manifestait le désir de servir humblement.

Dans l’Info diocésain, je vous rapporte ce qu’écrit M. Gilles Ferland :
«Mgr Lussier signera en fin de semaine prochaine son dernier billet de la saison dans le journal l’Action.  Pour cette occasion, il a choisi de nous  partager une prière du pape François qui conclut sa récente encyclique sur l’urgente nécessité de protéger notre maison commune, la terre. Nous avons cru bon de vous ce texte (sic) dans sa version intégrale:

« Dieu, Tout Puissant  qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de tes créatures, Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe, répands sur nous la force de ton amour pour que nous protégions la vie et la beauté.  Inonde-nous de paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs sans causer de dommages à personne.

Ô Dieu des pauvres, aide-nous à secourir les abandonnés et les oubliés de cette terre qui valent tant à tes yeux. Guéris nos vies, pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs, pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction. Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la terre et des pauvres. Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures sur notre chemin vers ta lumière infinie. Merci parce que tu es avec nous tous les jours. Soutiens-nous, nous t’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix. »

Je regrette d’avoir à dire ceci: l’encyclique du pape fera peu de bruit ici et le billet de notre évêque pas davantage même auprès des croyants. Pourquoi? La réponse est simple. L’Église qu’ils représentent tous deux a tellement de retard à rattraper qu’on se demande si elle va jamais y arriver. Peu de pasteurs de ma paroisse et de mon diocèse ont parlé et agi en faveur du changement des mentalités vis-à-vis de l’environnement. Faut-il se surprendre que si peu de mes co-paroissiens aient à cœur la sauvegarde de l’environnement? J’ai peu d’espoir que la prière de François change les mentalités.

Le mouvement écologiste prêche de prendre soin de notre terre, non pas en citant le nom du Seigneur au début de chaque paragraphe, mais en laissant parler l’Esprit qui éclaire l’intelligence et anime le cœur  de toute personne de bonne volonté.  Il ne fait pas que prêcher, il agit par des pétitions, par des marches, des représentations auprès des élus municipaux. Notre Église a trop longtemps crû pouvoir diriger le monde, alors qu’on attendait d’elle un enseignement et un exemple. Jésus n’a pas dirigé le monde, pas plus que Dieu. Mais il a enseigné et agi en conformité avec son enseignement. À cause de cela, beaucoup d’hommes et de femmes ont choisi librement de le suivre, Lui, en dehors des cadres de l’institution.  L’Église et ses pasteurs donneront-ils l’exemple?

À propos d’environnement, l’encyclique du pape reflète une préoccupation majeure du pape François dès sa première homélie (19 mars 2013), au moment où il commençait son pontificat. Il annonçait un style nouveau pour un pape, une parole que tout le monde peut comprendre. Il enseignait qu’il faut, comme des gardiens, prendre soin de la terre et prendre soin les uns des autres. Et il a agi de manière prophétique en s’occupant prioritairement des pauvres.

Il y a longtemps que ma génération essaie de mettre en pratique la protection de l’environnement et le partage des richesses de la terre. Mais que manque-t-il pour qu’un plus grand nombre d’humains, des plus grands aux plus petits, protègent la terre? La réponse est simple encore. L’exemple, l’exemple, toujours l’exemple. On est plus enclin à être éveillé par un enseignement quand son auteur le pratique lui-même. Des siècles de contre témoignage ont rendu la parole et la prédication de l’Église peu efficaces. La parole de Jésus m’a paru efficace parce qu’il vivait ce qu’il enseignait: justice, pauvreté, bonté, paix. Ceux qui l’ont suivi ont clairement été transformés par sa parole. Pour être crédible quand on parle d’être gardiens de la création, il faut poser des gestes qui en témoignent. C’est chacun de nous, pas seulement nos évêques, qui doit se demander ce qu’il fait concrètement pour être gardien de la terre, gardien de ses frères et sœurs. Prier Dieu, c’est pas mal, mais ça doit être accompagné de gestes.

C’est pourquoi je prie pour mon évêque Gilles: Que l’Esprit de Jésus t’accompagne! Il t’aidera à faire ce que tu as enseigné. Et moi et les gens qui te verront vivre, nous croirons en tes paroles. Je prie que la première qualité de notre prochain évêque soit – à ta ressemblance – l’humilité! À cela nous reconnaîtrons en toi un authentique disciple de Jésus. Je prie pour être moi-même transformé par les paroles du pape François.

 

Les évêques et leur combat contre l’euthanasie

Les évêques et leur combat contre l'euthanasie

J’ai hésité longtemps à m’exprimer sur le projet de loi de l’aide médicale à mourir. Je pourrais invoquer le manque de temps pour étudier le rapport de la Commission parlementaire de 450 pages, mais je serai honnête:  c’est plutôt par manque d’effort que j’étais prêt à y consacrer. La raison aujourd’hui qui me pousse à écrire est la demande des évêques de prier pour les députés québécois afin que l’Esprit saint les éclaire.  Alors que les parlementaires québécois, par un rare consensus, tous partis confondus, s’apprêtent à adopter un projet de loi sur l’aide médicale à mourir ou l’euthanasie, comme ont choisi de le nommer les évêques, les autorités de l’Église québécoise ne mènent-elles pas encore une fois un combat d’arrière-garde?

Ils affirment que la vraie réponse de la médecine et de la société à cette situation, ce sont les soins palliatifs – et non l’euthanasie -: ils sont la meilleure façon de soulager la souffrance de la personne approchant de la fin de sa vie et de l’aider à vivre cette étape ultime avec humanité et dignité. Ils ont raison d’affirmer que les soins palliatifs doivent être LA priorité. Mais qui donc au Québec  privilégie l’euthanasie? En tous cas, le projet de loi a au moins ce mérite: que le discours des évêques sur les soins en fin de vie soit entendu. Mais quel message au juste est compris?

Premièrement, je ne souscris pas à l’objection des évêques qui me paraissent discréditer le projet de loi en le réduisant à l’euthanasie. L’euthanasie a mauvaise réputation; personne n’aime emmener son chien au vétérinaire pour le faire euthanasier. Imaginons nos parents ou, pire, des personnes âgées et laissées à elles-mêmes. Comme je me plais à nager à contre-courant, je dirai que dans sons sens premier euthanasie veut dire bien-mourir. Il me semble que des chrétiens comme nos évêques devraient souhaiter à tous une bonne mort. Le Petit Robert définit l’euthanasie dans son sens courant: Usage de procédés qui permettent d’anticiper ou de provoquer la mort, pour abréger l’agonie d’un malade incurable, ou lui épargner des souffrances extrêmes. Pratiquée sous la conduite d’un médecin, j’ajouterai que l’euthanasie est bien un traitement médical, contrairement à l’opinion des évêques. Je comprends mal que les évêques, croyant en un Dieu compatissant, s’opposent à ce traitement médical en toutes circonstances.

Je ne vois qu’une explication à leur position: leur obsession que Dieu est le seul maître de la vie dès sa conception et jusqu’à son terme naturel. Ne serait-il pas aussi juste d’affirmer que, aux yeux d’un croyant, Dieu a voulu partager avec les humains la maîtrise de la vie? Dans la conception pré-moderne de la naissance, c’est Dieu qui littéralement crée et  donne la vie. On a tellement peur de reconnaître la responsabilité humaine –  sauf pour dire que l’homme a péché – qu’on invente toutes sortes de fables pour expliquer aux enfants la naissance. Quand on a accédé à la modernité, on a reconnu que c’est la volonté d’une femme et d’un homme qui donnent naissance à un enfant. Ça n’empêche pas un croyant de prier ainsi: Béni soit l’Éternel qui m’a donné de partager l’amour d’un homme ou d’une femme et de désirer donner la vie! La même obsession expliquait hier le refus de la contraception que maintenant l’euthanasie.

Je voudrais apporter un second point. Tout le monde sait qu’à l’approche de la mort, il est de pratique courante dans les soins médicaux d’administrer de la morphine ou autre médicament pour soulager les douleurs d’un malade quand les médecins jugent qu’il n’y a plus rien à faire. À doses de plus en plus fortes, on sait que ce traitement entraîne la mort. Et aucune déclaration des autorités de l’Église ne me permet de croire qu’un évêque le refuserait à sa propre mère. Et, c’est bien cette action qui hâte le décès de la personne. Et c’est bien de l’euthanasie, si on veut appeler un chat un chat. Alors, cessons d’être hypocrites ou dupes  et de pratiquer le contraire de ce qu’on prétend être la volonté de Dieu. Il n’est pas toujours facile pour un croyant de savoir quelle est la volonté de Dieu.

Mais, pourquoi alors un projet de loi? Parce que nous vivons en société et que les plus faibles doivent être protégés. Pourquoi une loi une loi oblige à envoyer les enfants à l’école jusqu’à 16 ans? Parce que des parents avaient besoin de leurs enfants pour faire marcher la ferme ou l’entreprise.  La société a choisi de protéger les et favoriser leur avenir en obligeant les parents à les envoyer à l’école. Aujourd’hui, on nous demande de voter une loi pour aider les personnes en fin de vie à mourir, suivant des balises claires, dans des situations bien définies, fruit d’une volonté longuement réfléchie et clairement exprimée aux proches et au personnel soignant. Ce projet réaffirme la volonté du gouvernement, et du peuple qu’il représente, de prioriser les soins palliatifs, mais veut aussi encadrer les cas où la fin de la vie est inévitable, imminente, ou hautement préférable à un traitement ou un laisser-faire-la-nature qui équivalent à la torture.

Je m’étonne d’autant plus de la position des évêques que l’Église s’oppose depuis longtemps à l’acharnement thérapeutique, qui consiste à donner un traitement sans qu’il y ait un bénéfice prévisible. Or, ce refus d’un traitement équivaut clairement à de l’euthanasie. On m’opposera que ce n’est pas une action délibérée qui donne la mort. Est-ce si sûr? Le sens commun reconnaît que regarder une personne être violée sans intervenir alors qu’on aurait la capacité de le faire, équivaut au viol lui-même. Ne pas agir  équivaut à violer. Pourquoi le refus de traiter une personne ou d’accepter un tel traitement ne peut-il être la cause directe de la mort? Je n’accepte pas qu’on me donne comme raison que seul Dieu détermine le moment de la mort. Beaucoup de facteurs déterminent le moment de la mort, entre autres les choix de vie, l’hérédité et le hasard.

Au lieu de mener ce combat d’arrière-garde, je préfèrerais que nos évêques et les fidèles qui suivent encore leurs enseignements, s’engagent résolument et pratiquement à favoriser une plus grande accessibilité aux soins palliatifs par un support concret – pas seulement en paroles et en écrits – aux parents et voisins en fin de vie. Alors, on a  bien raison de suivre l’enseignement de François et de prier dans nos célébrations hebdomadaires, car c’est chacun de nous qui a besoin d’inspiration à bien agir.

Suit un texte proposé à la lecture dans ma communauté.

Dans son exhortation apostolique « La Joie de l’Évangile », le pape François a formulé l’appel suivant: « Nous tous, les chrétiens, petits mais forts dans l’amour de Dieu, comme saint François d’Assise, nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons. »

Et nous sommes invités à prier: Que le Seigneur nous donne force et courage pour nous faire proches des grands malades et des mourants et pour être des témoins, auprès d’eux, de l’amour de Dieu et de l’espérance en la vie éternelle.

Quant à nos députés, oui, que l’Esprit saint les éclaire et qu’en toute conscience ils fassent le partage entre ce qui relève du mystère de la volonté de Dieu et ce qui relève de la responsabilité humaine. Ce qui leur est demandé, après avoir étudié sérieusement le projet, c’est de voter en toute conscience. Personnellement, je me demanderais comment est-ce que je voudrais que les autres agissent envers moi. Je me demanderais comment j’agirais avec les êtres qui me sont chers. Comme croyant, je me demanderais quel Dieu voudrait que se prolongent inutilement et cruellement les souffrances d’un de ses enfants. Finalement, je me demanderais quel choix me permettra de dormir en paix.