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Ce qui se passe dans notre maison

Ce qui se passe dans notre maison

Le premier chapitre de l’encyclique de François sur l’écologie, Laudatio si’, pose un regard sur ce qui se passe dans notre maison. Y passent tour à tour le réchauffement climatique, en partie dû à l’utilisation intensive des énergies fossiles, la question de l’eau potable et sa répartition inégale entre pauvres et riches, la perte de biodiversité engendrée par l’activité économique et des solutions techniques à courte vue, un modèle de développement caractérisé par la culture du déchet et la dégradation sociale, l’absence de conscience claire des riches qui exploitent à outrance et impunément la planète et ont une dette envers les pays et les communautés dépouillées de leurs ressources, finalement, malgré des initiatives positives en faveur de l’environnement, l’impuissance des politiques à dépasser les intérêts régionaux et particuliers et à trouver des solutions globales et efficaces. Cet examen de la maison se termine par une dénonciation du mythe du progrès technique sans limites, par la constatation que les humains détériorent la planète, et également sur une note de confiance:  «L’espérance nous invite à reconnaître qu’il y a toujours une voie de sortie, que nous pouvons toujours repréciser le cap, que nous pouvons toujours faire quelque chose pour résoudre les problèmes.» (no 61)

Je me demande si, dans le confort de notre maison dans les pays riches, nous voulons vraiment savoir ce qui se passe ailleurs? Les problèmes environnementaux font maintenant partie des meubles:  bulletins de nouvelles, recherches scientifiques, manifestations, pétitions, et même consultations publiques. Mais j’ai l’impression que nos gouvernements, aveuglés par le mythe du progrès technique et par le prochain rendez-vous électoral, tentent d’éviter autant que possible les audiences publiques pour ne pas éveiller la conscience du peuple, ce «bon peuple» qui peine au quotidien à gagner sa vie et une fois par année se paie des vacances ou une autre dépense pour oublier sa peine et surtout pour ne pas penser aux enjeux de la vie sur notre planète.

Il est quand même assez étonnant de lire ce matin dans le journal que «Les Micmacs lancent une poursuite contre le projet de Chaleur Terminals Inc.». Trois petites communautés de Gaspésie ont essayé d’être entendues des gouvernements sur les dangers du transport de pétrole sur leurs territoires et pour leur vie même. À défaut de pouvoir être consultées, elles ont finalement recours aux tribunaux. Comment se fait-il que les Québécois ne peuvent pas faire de même? Espérons que les groupes de pression écologistes feront front commun avec elles pour réveiller notre conscience et mettre un frein aux projets insensés entourant l’exploitation des sables bitumineux.  Puisque nos deux gouvernements sont incapables de prendre en compte la qualité de vie et la justice, intéressons-nous à la cause des Micmacs qui est notre cause à tous.

Quelles questions vous suggère ce regard sur la dégradation de notre planète par l’encyclique de François?

La semaine prochaine, le prochain billet portera sur L’évangile de la création

Que l’Esprit de Jésus accompagne notre frère évêque !

Que l'Esprit de Jésus accompagne notre frère évêque !

Notre évêque, Gilles Lussier, doit prendre sa retraite cette année où il fête ses 75 ans. C’est la règle dans l’Église catholique de donner sa démission au pape quand on a atteint cet âge. Gilles Lussier a donné 25 ans de service comme évêque à notre diocèse. Il a été un bon évêque, mais ce n’est pas pour ça qu’il deviendra évêque émérite. C’est un titre militaire  à l’origine et qui signifie qu’il a accompli ses années de service. Étrange expression pour une Église qui dit suivre les enseignements de Jésus, car on ne l’imagine pas comptant ni ses années, ni ses heures. J’espère que Gilles continuera de servir autrement et l’Église et l’Évangile.

Car, pour moi, le but de la mission d’un prêtre – et de tout baptisé – est le service de l’Évangile, l’annonce du Royaume de Dieu. L’Église (avec ses règles) n’est que le moyen, le témoin. le messager. À se rappeler notre histoire et à voir le spectacle parfois donné par les évêques, à voir les honneurs dont ils ont été entourés en haut lieu, on se demande si le moyen n’a pas été pris pour le but.  Pourquoi la règle des 75 ans devrait-elle s’appliquer quand un évêque a encore la santé et le désir de guider une église? J’ai eu et j’ai toujours de la considération pour Gilles, car c’est un homme qui ne se prend pas pour un autre, d’approche facile au-delà sa prestance, plein d’attention et de considération pour ses collaboratrices et collaborateurs. J’ai aimé partager la mission de l’Église avec lui. Tout dans ses attitudes manifestait le désir de servir humblement.

Dans l’Info diocésain, je vous rapporte ce qu’écrit M. Gilles Ferland :
«Mgr Lussier signera en fin de semaine prochaine son dernier billet de la saison dans le journal l’Action.  Pour cette occasion, il a choisi de nous  partager une prière du pape François qui conclut sa récente encyclique sur l’urgente nécessité de protéger notre maison commune, la terre. Nous avons cru bon de vous ce texte (sic) dans sa version intégrale:

« Dieu, Tout Puissant  qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de tes créatures, Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe, répands sur nous la force de ton amour pour que nous protégions la vie et la beauté.  Inonde-nous de paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs sans causer de dommages à personne.

Ô Dieu des pauvres, aide-nous à secourir les abandonnés et les oubliés de cette terre qui valent tant à tes yeux. Guéris nos vies, pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs, pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction. Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la terre et des pauvres. Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures sur notre chemin vers ta lumière infinie. Merci parce que tu es avec nous tous les jours. Soutiens-nous, nous t’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix. »

Je regrette d’avoir à dire ceci: l’encyclique du pape fera peu de bruit ici et le billet de notre évêque pas davantage même auprès des croyants. Pourquoi? La réponse est simple. L’Église qu’ils représentent tous deux a tellement de retard à rattraper qu’on se demande si elle va jamais y arriver. Peu de pasteurs de ma paroisse et de mon diocèse ont parlé et agi en faveur du changement des mentalités vis-à-vis de l’environnement. Faut-il se surprendre que si peu de mes co-paroissiens aient à cœur la sauvegarde de l’environnement? J’ai peu d’espoir que la prière de François change les mentalités.

Le mouvement écologiste prêche de prendre soin de notre terre, non pas en citant le nom du Seigneur au début de chaque paragraphe, mais en laissant parler l’Esprit qui éclaire l’intelligence et anime le cœur  de toute personne de bonne volonté.  Il ne fait pas que prêcher, il agit par des pétitions, par des marches, des représentations auprès des élus municipaux. Notre Église a trop longtemps crû pouvoir diriger le monde, alors qu’on attendait d’elle un enseignement et un exemple. Jésus n’a pas dirigé le monde, pas plus que Dieu. Mais il a enseigné et agi en conformité avec son enseignement. À cause de cela, beaucoup d’hommes et de femmes ont choisi librement de le suivre, Lui, en dehors des cadres de l’institution.  L’Église et ses pasteurs donneront-ils l’exemple?

À propos d’environnement, l’encyclique du pape reflète une préoccupation majeure du pape François dès sa première homélie (19 mars 2013), au moment où il commençait son pontificat. Il annonçait un style nouveau pour un pape, une parole que tout le monde peut comprendre. Il enseignait qu’il faut, comme des gardiens, prendre soin de la terre et prendre soin les uns des autres. Et il a agi de manière prophétique en s’occupant prioritairement des pauvres.

Il y a longtemps que ma génération essaie de mettre en pratique la protection de l’environnement et le partage des richesses de la terre. Mais que manque-t-il pour qu’un plus grand nombre d’humains, des plus grands aux plus petits, protègent la terre? La réponse est simple encore. L’exemple, l’exemple, toujours l’exemple. On est plus enclin à être éveillé par un enseignement quand son auteur le pratique lui-même. Des siècles de contre témoignage ont rendu la parole et la prédication de l’Église peu efficaces. La parole de Jésus m’a paru efficace parce qu’il vivait ce qu’il enseignait: justice, pauvreté, bonté, paix. Ceux qui l’ont suivi ont clairement été transformés par sa parole. Pour être crédible quand on parle d’être gardiens de la création, il faut poser des gestes qui en témoignent. C’est chacun de nous, pas seulement nos évêques, qui doit se demander ce qu’il fait concrètement pour être gardien de la terre, gardien de ses frères et sœurs. Prier Dieu, c’est pas mal, mais ça doit être accompagné de gestes.

C’est pourquoi je prie pour mon évêque Gilles: Que l’Esprit de Jésus t’accompagne! Il t’aidera à faire ce que tu as enseigné. Et moi et les gens qui te verront vivre, nous croirons en tes paroles. Je prie que la première qualité de notre prochain évêque soit – à ta ressemblance – l’humilité! À cela nous reconnaîtrons en toi un authentique disciple de Jésus. Je prie pour être moi-même transformé par les paroles du pape François.

 

Environnement et Bible

Texte d’une conférence que j’ai livrée, en vis-à-vis avec M. Michel Jebrack (point de vue juif), à une soirée du Dialogue judéo-chrétien, le 19 mars 2014, à la synagogue Emmanu-El Beth Sholon à Montréal.

Quel regard donc une chrétienne et un chrétien, en se fondant sur la Bible, peuvent-ils poser sur l’environnement et sur notre planète? Pour éclairer le sujet de nos échanges ce soir, je me réfère à la Bible comme des écrits ayant conservé et transmis l’expérience d’hommes et de femmes qui se voyaient comme créatures de Dieu, en relation avec leurs semblables et les autres créatures, la création leur ayant été donnée comme un monde à dominer, à maîtriser, à gérer. Comme chrétien, je reconnais que ma foi en Jésus Christ a grandi au contact de beaucoup de personnes qui m’ont précédé : parents, éducateurs, théologiens, scientifiques, pasteurs et diverses communautés auxquelles j’ai appartenu. C’est sur le fond de mes rencontres et de mon expérience avec ces personnes que j’ai lu et que je relis la Bible. Je commencerai donc par raconter ma vie du point de vue particulier de mon regard sur l’environnement et de l’expérience de Dieu que j’y perçois.

«Dieu créa le monde et vit que cela était bon. »

Mes parents sont originaires de deux villages ruraux, mais je suis né à la ville. J’ai grandi à la ville, mais j’ai vécu des séjours marquants à la campagne, donc assez proche de la nature. Ce qui fait de moi une espèce hybride entre ville et campagne, ouvert à différents modes de vie, toujours prêt à prendre la route pour faire de nouvelles découvertes. À l’adolescence comme travail d’été j’accueillais des voyageurs-touristes à l’hôtel de mon grand-père situé en Gaspésie. À l’adolescence, c’est avec les Jeunes Naturalistes en parcourant le Mont Royal, à travers le regard scientifique d’un éducateur que j’ai été initié à la richesse et la complexité des êtres vivants. Et avec les Scouts-Routiers, j’ai parcouru le Québec et visité plusieurs villages. Au début de l’âge adulte, un souvenir de vacances me revient :  une descente en canot-camping sur les rivières Bell et Matagami en Abitibi, où j’ai ressenti l’immensité de notre territoire et me suis mesuré avec la rudesse de la nature. Puis, jeunes mariés,  mon épouse et moi avons choisi de vivre sur une ancienne ferme dans Lanaudière. Tout en exerçant la profession d’enseignant, j’ai me suis intéressé à l’élevage et aux travaux agricoles.  J’ai appris à me lever à 5h pour faire la traite des chèvres et transpirer dans un champ à récolter les foins : grâce à cela j’ai pu m’émerveiller à la naissance des chevreaux et goûter à notre fromage de fabrication domestique. Toutes ces expériences m’ont permis de prendre la mesure des exigences d’une vie proche d’un environnement rural. C’est là que j’ai pris conscience que mes actions n’étaient pas toujours respectueuses de l’environnement. Pour ne donner qu’un exemple, sur la modeste terre que j’avais acquise, il m’est arrivé de disposer de l’huile usée de mon tracteur à gazon dans un coin inutilisé de ma terre, inconscient de la signification de mon geste. Dans toutes ces expériences, j’ai vu que le monde est beau et bon; j’ai appris que l’activité des humains est à la fois à la fois productive et créatrice, mais aussi destructrice par inconscience ou négligence.

Oui, je partage l’émerveillement de l’auteur du récit de la création en Genèse 1 : Dieu vit que cela était bon. Oui, aujourd’hui encore, je garde ma capacité d’admiration devant la beauté de la nature. Cette attitude conforte ma foi en un Dieu beau et grand, qui fait alliance avec l’humanité et se soucie de son bonheur.

En même temps, l’enseignement des récits de la Genèse me rappelle la rupture de cette alliance et la perte du sens de la création – faite pour la reconnaissance de la présence divine et la croissance de l’humanité. Dès les débuts de mes années d’enseignement, avec mes élèves je comparais la terre à un vaisseau spatial et je tentais de les ouvrir à la fragilité de la vie et de l’environnement et à notre responsabilité d’être respectueux de la vie sur cette planète et sensibles aux besoins de nos frères et sœurs privés de pain et d’éducation. Le meurtre d’Abel montre bien la rupture de l’harmonie dans les relations humaines et dans notre relation au Créateur. Nos interventions dans l’environnement, quand elles servent des fins égoïstes, conduisent à sa destruction et à l’asservissement des humains.

L’enseignement fondateur des Évangiles : les Béatitudes

On se buterait à un mur à chercher dans les Évangiles les mots environnement, planète, climat, végétation, écologie, habitat. J’aurais pu appeler à mon aide les nombreux enseignements de Jésus qui puisent amplement à même le vocabulaire de la nature : oiseaux, brebis, blé, vigne, montagnes, ça se comprend : Jésus et ses auditeurs vivent dans un milieu rural, comme mes grands-parents. La nature est le théâtre des déplacements de Jésus et des enseignements évangéliques. On peut sans hésitation affirmer que les humains sont le souci premier de Jésus et de ses disciples; l’environnement en tant que tel ne l’est pas.

Néanmoins nous voulons savoir quel éclairage les écrits du Second Testament jettent sur l’environnement, notre planète et les humains qui l’habitent. Le passage évangélique capital pour moi quand je pense à l’environnement et qui résume l’enseignement de Jésus est connu sous le nom des Béatitudes et aussi sous le nom évocateur du Sermon sur la montagne. La mise en scène à flanc de montagne donne à penser que les premiers chrétiens virent en Jésus un nouveau Moïse, par qui furent donnés les 10 commandements et conclue la première alliance.

Comme les Dix paroles données au Sinaï, quel est l’enseignement fondateur des Béatitudes pour les chrétiens? Le texte décrit le Royaume des cieux ou le Royaume de Dieu comme une promesse de bonheur aux disciples et les attitudes des disciples pour entrer dans ce Royaume. Royaume désigne un espace ou le domaine sur lequel le roi exerce son pouvoir; je préfère le terme de Règne qu’on trouve dans la prière du Notre Père désignant l’activité de Dieu exerçant sa royauté, une puissance à l’œuvre dans le monde et particulièrement dans le cœur des humains.

Le Règne de Dieu

Que nous disent les Béatitudes sur l’environnement?

Premièrement, je vois l’environnement dans l’annonce de la venue du Règne de Dieu, lorsque je reconnais Jésus comme le Sauveur de tous les humains. Le nom de Jésus, Iéschoua, ne veut-il pas dire Dieu sauve ?  Pour les chrétiens, l’action de Dieu annoncée et commencée par Iéschoua, le Salut, concerne toute la Création, environnement compris, car la Règne de Dieu ne connaît pas de frontières et embrasse l’univers entier.

Deuxièmement, je vois l’environnement dans les attitudes du disciple qui est responsable pour une part de l’instauration et de la réalisation du Règne de Dieu, ces attitudes qu’on appelle : la pauvreté du cœur, l’humilité, l’attente de la consolation, la faim et soif de justice, la compassion, l’aversion du mal, la recherche de la paix.

Le Premier Testament ne manquait pas d’appels, de cris des pauvres, des cœurs brisés, vers Dieu pour être sauvés (Ps 34, 16-20). Il ne manque pas non plus de paroles de réconfort et d’annonce de délivrance, comme celle d’Isaïe (Es 40,1-2). Le Second Testament annonce aussi la préférence de Dieu pour les plus pauvres. Après la Cantique d’Anne dans 1 S 2, le Magnificat, chant de Marie en visite chez sa cousine Élisabeth (Luc 1,47), reprend cette conviction que Dieu vient en aide aux pauvres; c’est pourquoi on peut dire avec l’évangéliste Mathieu au chapitre 5 : Heureux les pauvres…

1 Quand Jésus vit ces foules, il monta sur une montagne et s’assit. Ses disciples vinrent auprès de lui   2 et il se mit à leur donner cet enseignement :
3 « Heureux ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes, car le Royaume des cieux est à eux !
4 Heureux ceux qui pleurent, car Dieu les consolera !
5 Heureux ceux qui sont doux, car ils recevront la terre que Dieu a promise !
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande,
car Dieu exaucera leur désir !
7 Heureux ceux qui ont de la compassion pour autrui, car Dieu aura de la compassion pour eux !
8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
9 Heureux ceux qui créent la paix autour d’eux, car Dieu les appellera ses fils !
10 Heureux ceux qu’on persécute parce qu’ils agissent comme Dieu le demande,
car le Royaume des cieux est à eux !

Le Salut de la Création

Il ne sert à rien toutefois d’invoquer dans la prière le Seigneur Jésus et le Règne de Dieu si je ne pratique pas ses enseignements, si j’ignore les attitudes du disciple que chaque génération doit s’efforcer d’adapter à son temps. L’universalité du Salut ne s’applique pas seulement à toutes les créatures et à notre environnement, mais il concerne la totalité de nos gestes. S’il m’est arrivé de déverser quelques litres d’huile usée sur un coin de ma terre, quand j’ai pris conscience du mal que je faisais, je ne pouvais continuer à le faire, sans renier ma foi. J’ai été lent à me corriger, mais j’ai finalement pris des moyens pour disposer de cette huile plus proprement. Le Salut des humains passe par les petits gestes quotidiens. Chacun peut chercher les manières dont il pollue l’environnement : c’est la conscientisation. Ensuite, chacun peut inventer des façons de se corriger, individuellement et collectivement : c’est l’action. Quand je prie le Père : Que ton Règne arrive, je dois en même temps y travailler.

L’avenir de la planète

Les chrétiens n’attendent pas le Salut final de la création durant cette génération. Mais de notre vivant nous sommes agents du changement et d’un meilleur avenir pour notre Planète, parce que nous en sommes les gestionnaires, les gardiens, comme nous sommes gardiens de nos sœurs et frères humains.

Je donnerai deux exemples d’action chrétienne que j’essaie de mettre en pratique au nom de ma foi au Royaume déjà venu en Jésus et en voie de réalisation.

Simplicité volontaire et Économie durable

La simplicité volontaire est un mouvement qui va à l’encontre de l’idéologie du développement par la seule croissance économique. Ça fonctionne comme ceci. En 2010, je me suis acheté une voiture que j’estimais répondre à mes besoins. Pour moi, elle est pratique et consomme une moyenne de 8L de carburant au 100 kilomètres. C’est loin quand même des 4L promis par les voitures électriques. Régulièrement entrent dans ma cour des voitures plus grosses, ajustées au dernier style, munies de fonctions évoluées, avec finition plus luxueuse. Je suis sensible à tout cela et je pourrais bien –  le pub aidant – trouver les moyens financiers pour des derniers développements en matière automobile. Mais voilà quelque chose m’arrête : ne suis-je pas en train de succomber à l’idéologie de la croissance économique indéfinie? Ne suis-je pas en train de devenir l’esclave d’une économie qui oublie d’être au service des humains et asservit une grande partie de l’humanité au profit d’une minorité?  L’enseignement du Sermon sur la Montagne qui conseille la pauvreté du cœur, la douceur, la justice, me conduit à rejeter l’idéologie de la croissance économique et à travailler en premier pour le Salut des humains en respectant l’environnement. Oui, je peux annoncer et pratiquer la béatitude: «Heureux les doux, parce qu’ils auront la terre en partage.», car elle a du sens pour l’avenir de notre planète.

L’économie durable va plus loin que cette première prise de conscience. Elle trouve des moyens collectifs pour s’entraider. Elle cherche des moyens pour faire durer les objets qui nous servent quotidiennement. Que faire quand votre lecteur DVD – votre lecteur de cassettes vidéo – brise alors qu’il vous satisfaisait jusqu’à ce moment? Le faire réparer? On vous répond qu’on ne répare pas, que les frais d’expédition au fabriquant et de réparation seront plus élevés que l’achat d’un appareil neuf et doté de technologies plus avancées. Difficile de ne pas envoyer votre appareil défectueux à la Saint-Vincent-de-Paul ou carrément à la décharge publique. L’économie durable vous propose de rechercher les produits qui ont une durée de vie plus longue – à l’encontre des produits dont l’obsolescence a été programmée. Elle cherche aussi des moyens pour réparer les produits endommagés. Elle vise à développer une nouvelle mentalité de consommateur qui dit : Non au jetable, Oui au durable et Allongeons la vie des produits. Je pense que l’avenir de la planète dépend de notre capacité de nous convertir et de nous entraider dans des projets collectifs d’économie durable. Des initiatives existent : il suffit de les chercher. Je vous réfère au Réseau québécois pour la simplicité volontaire.

«Une seule famille humaine»

La simplicité volontaire et l’économie durable devraient nous permettre de diriger plus de ressources vers les pauvres de la planète. L’enseignement de Jésus est clair là-dessus. Lorsque je partage mon pain avec le pauvre, c’est Jésus lui-même que je nourris. L’enseignement de Mt 25 sur le jugement dit : «Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous…»

Ainsi la mission de l’Église – et de nombreux organismes humanitaires – est-elle de montrer le chemin. Le slogan de la campagne annuelle du Carême proposé par Développement et Paix, organisme créé par les évêques catholiques canadiens, est «Une seule famille humaine».

L’avenir des humains passe indissolublement par l’avenir de notre planète. Et cet avenir passe en premier par une juste répartition de la nourriture. Pouvez-vous concevoir qu’à votre table tous ne reçoivent la portion dont ils ont besoin? Donne-nous notre pain de ce jour (l’hébreu est bien plus significatif : houkénou veut dire qui convient à l’ordre des choses, à mes besoins).

On peut lire sur le site internet de DP :

« Une seule famille humaine, de la nourriture pour tous » est notre réponse au fait qu’un enfant de Dieu sur huit souffre encore de la faim — un total de 1 milliard de personnes sur notre planète. Mourir de faim dans notre monde d’abondance est un scandale et nie le droit humain le plus fondamental : le droit à l’alimentation. »

Deux autres campagnes sont actuellement en cours.
1- Campagne d’éducation sur l’exploitation minière et la destruction  de l’environnement dont dépend la vie de communautés entières.
2- Jeûne solidaire est un projet de jeûne de 25h pendant lequel on collecte des fonds destinés à la promotion de la justice dans le monde. Oui, je peux annoncer et pratiquer la béatitude: «Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés.», à toutes les fois que je participer à une action en faveur des pauvres,.

Conclusion

C’est une coïncidence intéressante que notre soirée arrive un an après la messe inaugurale du pape François, le 19 mars 2013, en la fête de Saint-Joseph.

L’Homélie du pape à la messe développait 3 idées :
1- Le pouvoir comme service, exercé dans la discrétion et l’humilité
2- Être un gardien
3- Bonté et tendresse

J’ai retenu de cette homélie que nous sommes gardiens de la création et des autres, d’où découle l’exigence de respect de la création toute entière à exercer dans les domaines économique et politique.

Le Pape François voit la Création comme une véritable écologie humaine:

«La vocation de garder, cependant, ne nous concerne pas seulement nous les chrétiens, elle a une dimension qui précède et qui est simplement humaine, elle concerne tout le monde. C’est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme nous l’a montré saint François d’Assise : c’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons. C’est le fait de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. C’est d’avoir soin l’un de l’autre dans la famille : les époux se gardent réciproquement, puis comme parents ils prennent soin des enfants et avec le temps aussi les enfants deviennent gardiens des parents. C’est le fait de vivre avec sincérité les amitiés, qui sont une garde réciproque dans la confiance, dans le respect et dans le bien. Au fond, tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous. Soyez des gardiens des dons de Dieu !»

http://www.vatican.va/holy_father/francesco/homilies/2013/documents/papa-francesco_20130319_omelia-inizio-pontificato_fr.html