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Parabole du lion devant le phare

Parabole du lion devant le phare

Un lion régnait sur un vaste territoire bordant la mer. Tous les jours, il faisait la tournée de tous les recoins de son royaume, histoire de maintenir son hégémonie sur ses lionnes et sur tous les animaux qui peuplaient sa forteresse. Ses rugissements suffisaient à maintenir un climat de peur et de soumission sur ce territoire devenu un fort, une place forte et invincible selon sa prétentieuse certitude. Un jour, ce lion s’arrêta longuement au bord de la falaise dominant la mer. Il se plongea dans une longue méditation sur le sens de sa vie. Tandis qu’il était absorbé par ses réflexions, son attention se fixa sur ce phare érigé sur un récif au pied de cette falaise abrupte. Ce phare se faisait discret dans le paysage et balayait de sa lumière rassurante les abords de cette mer dangereuse. Son rôle consistait à avertir des dangers potentiels sans exercer aucun pouvoir sur son environnement. Le lion l’observait depuis longtemps et comprit que ce phare maintenait sa présence et son utilité en n’émettant qu’un jet de lumière. Son pouvoir n’avait besoin d’aucuns outils de puissance ou d’intimidation. Aucun rugissement, aucun signe de menace ne provenaient de ce phare et le lion comprit alors que ce phare lui donnait une grande leçon de vie : faut-il maintenir le fort ou servir de phare?

Nous pourrions nous aussi retirer bien des leçons de cette parabole en jetant un second regard sur notre Église. Nous avons connu une Église forteresse avec ses lois, sa discipline, ses registres et son système clos, ses contrôles, ses exclusions. Au lieu d’évangéliser, on voulait surtout endoctriner et moraliser en menaçant des peines infernales les récalcitrants. Dans ce système, il y avait place pour le pouvoir, le jeu de puissance, les honneurs et les prélatures flatteuses. Une personne déviante s’exposait alors à la stigmatisation ou encore à l’excommunication. Dans un tel système, on fait place au dogme rassurant et à une spiritualité bien encadrée. On parle davantage de devoir à accomplir en renonçant aux besoins de la personne. Dans un tel système ecclésial, on a bâti tout un règne d’œuvres opérées par des religieux et des religieuses vivant dans le célibat. Ce système reposait sur une certaine idéalisation de la nature humaine allant jusqu’à nier son affectivité et ses besoins intimes. Quand avons-nous pris le temps de former ces personnes à l’amour vécu dans un célibat consacré. Quand avons-nous pris soin de valoriser ces personnes dans le cours de leur engagement?  On a pris comme acquis l’engagement de ces personnes généreuses en niant leurs besoins affectifs et on s’étonne maintenant que sous la pression sociale plusieurs ont survécu en prenant le chemin d’échappatoires secrètes. Aujourd’hui, nous sommes consternés par ces révélations presque quotidiennes de religieux ou de prêtres qui ont abusé de jeunes soit par la menace autoritaire soit par la domination sexuelle. Nous vivons une véritable tragédie et malheureusement elle était hautement probable car elle découle d’une formation déficiente. On a confondu éducation et répression et cette erreur va coûter cher à l’Église non pas seulement en sous mais surtout en crédibilité. Comme le lion de la parabole, on a prétendu que quelques rugissements et quelques condamnations régleraient les déviances sans se poser les vraies questions. On avait un système à maintenir à tout prix et les personnes ont passé sous le rouleau compresseur dont se sert tout système pour maintenir son fort, son hégémonie. Comme Église, nous sommes appelés à passer du fort au phare. Quitter toutes tentations de puissance ou de pouvoir et n’être que cette lumière balayant les récifs de ce monde en y mettant les valeurs de l’Évangile. Passer du règne du prescriptif au règne de l’indicatif. Annoncer un Évangile non pas de répression mais d’appels au dépassement. Annoncer un Évangile de pardon et de miséricorde et non un règne d’exclusion désespérante. Accepter des cheminements particuliers dans la foi et non soumettre tout le monde au jeu de ce rouleau compresseur qu’affectionne tout système religieux.

Devant les douleurs que notre Église connaît maintenant, nous sommes courageusement appelés à nous poser de graves questions. J’endosse pleinement ces questions que posait le théologien Hans Küng selon un reportage du journal La Presse en décembre dernier (2012). Le redressement de notre Église sera possible seulement par une prédication davantage axée sur la Parole de Dieu, un exercice des ministères repensé en fonction des communautés, accueillir des hommes ou des femmes au sein de ces ministères ecclésiaux, valoriser la sexualité humaine en en faisant un lieu de salut et de grâce et non un tabou, éviter de faire passer en premier le système au lieu de faire passer en premier la personne et ses attentes.

Cette nuit-là, le lion rentra dans sa tanière habité par beaucoup de questions après avoir écouté le message de ce phare au jet lumineux. Toute sa vie, ce lion avait maintenu son pouvoir sans se poser de questions, sans réaliser qu’il avait nié bien des existences. Notre Église me fait penser à ce lion assis sur les hauteurs de la falaise et contemplant la lumière de ce phare prophétique. Osera-t-elle accepter la leçon de ce phare?

Souvenons-nous de Vatican II

Souvenons-nous de Vatican II

J’ai visionné deux fois la vidéo intitulée «La guerre perdue du Vatican» accessible sur le site de Parthenia2000, que m’ont envoyée pas moins de trois amis. C’est un cours d’histoire de l’Église des soixante-dix dernières années, centrée sur le Concile Vatican II. Si on connaît peu ce concile, avant de voir la vidéo, on doit se donner la peine d’en lire la description sur Wikipedia; cela permet de prendre un peu de hauteur pour mieux juger du titre: La guerre perdue du Vatican.

Je n’avais pas vingt ans quand a débuté cette fameuse réunion de quelque 2200 évêques catholiques convoquée pour une mise à jour de l’Église, à l’initiative du pape Jean XXIII. Cette ouverture de l’Église était tant souhaitée. Étudiant en théologie peu après le concile, j’ai  participé avec l’enthousiasme de la jeunesse aux débats et aux expériences nouvelles dans  la vie de l’Église: liturgie en français, apostolat des laïcs, redéfinition de l’Église comme peuple de Dieu, rencontres œcuméniques et dialogue avec les Juifs, remise en valeur de la Parole de Dieu.

On ne pouvait manquer le changement le plus visible, soit le passage du latin au français dans la messe. Mais ce qui, à mon avis, a eu l’impact le plus profond et le plus durable sur notre génération est la Constitution Dei verbum, le Verbe de Dieu, en français: la Parole de Dieu. On dit une constitution parce qu’il s’agit d’un document théologique fondamental, constitutif de l’existence même de l’Église. Les évêques y parlaient de la Révélation de Dieu et affirmaient l’importance de s’approcher de la bible comme source de notre foi, parole vivante à étudier et à méditer pour servir de guide dans nos actions. Ce document venait confirmer la place essentielle et croissante de la lecture de la bible dans l’Église catholique.

J’ai regardé cette vidéo, «La guerre perdue du Vatican», avec douleur et inquiétude, car force est de constater aujourd’hui que les papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, harnachés par la Curie romaine, ont passé proche d’éteindre les espoirs éveillés par le concile chez les catholiques. Personnellement, je retiens les rebuffades subies par une multitude d’évêques, de prêtres et de fidèles, notamment à propos de l’engagement auprès des pauvres et de la contraception.  Puis, par une méfiance grandissante vis-à-vis les valeurs du monde moderne, comme la démocratie et l’égalité homme-femme, ces chefs se sont montrés incapables de répondre effectivement à l’appel du concile d’être lumière du monde et, pour cette raison, l’Église continue d’être désertée par les candidats à la prêtrise et par les fidèles.

Tandis que plusieurs catholiques du Québec se félicitent que Marc Ouellet, ex-archevêque de Québec, ait été recruté pour la garde rapprochée de Benoît XVI, je me désole que, à l’encontre du souhait des Pères conciliaires,  la concentration du pouvoir dans les mains de quelques évêques se poursuive et que la nomination des évêques et des cardinaux par clonage risque de perpétuer ce pouvoir quasi-incestueux. Qu’y a-t-il de commun, en effet, entre le pouvoir exercé actuellement par la Curie romaine et le refus même du pouvoir dont Jésus témoigne dans les Évangiles, de façon exemplaire dans le récit de Jean appelé le lavement de pieds?

Qu’y a-t-il de commun, en effet, entre les titres et l’apparat de certains évêques et le dépouillement de notre Maître Jésus? …entre l’obéissance exigée par cette hiérarchie et la recherche de la volonté de Dieu dont a fait preuve un Jésus proche des pécheurs, des malades et des exclus? … entre cette minorité de nouveaux purs et les impurs qu’a choisi de fréquenter Jésus, les impurs dont nous sommes quand nous désobéissons aux lois du Vatican pour donner la communion aux divorcés/remariés, pratiquer l’absolution collective, considérer qu’un couple homosexuel aussi est appelé à la sainteté, affirmer que rien dans l’enseignement de Jésus n’empêche une femme de présider l’eucharistie?

On dit dans la vidéo que notre génération aura disparu dans dix ans. Sans doute, pour plusieurs d’entre nous. Mais l’Esprit de Vatican II ne mourra pas avec nous, car Il est force de re-génération que le «traditionalistes»n’arriveront pas à réduire au silence. Il inspirera toujours de nouveaux Jean XXIII pour déjouer leurs plans. On n’arrivera pas davantage à enlever aux simples fidèles le goût de se réunir, sans prêtre s’il le faut, de partager autour d’une table, de faire souvenir de Jésus de Nazareth et de ses premiers disciples, et par la fraternité d’annoncer la venue du Règne de Dieu.

Combien de temps encore le monde moderne attendra-t-il l’annonce de la venue du Règne de Dieu, autrement que par des discours et des écrits incompréhensibles pour le monde ordinaire, et davantage par l’exemple et des gestes de miséricorde? Car tel est bien notre Dieu, un Dieu de miséricorde, révélé par Jésus qui enseigne non pas à condamner, mais à se faire proche de ceux qui sont courbés sous le poids de la misère, essoufflés par cette course effrénée de la consommation, abandonnés par des chefs apeurés et emmurés, incapables de les guider.

En dépit du noir tableau de cette vidéo, je persiste à croire que l’Esprit de Jésus travaille le cœur des humains, lorsque des croyants et des incroyants se font proches de leurs sœurs et frères pauvres, malades, étrangers et prisonniers. Je m’entête à croire que l’Esprit du Ressuscité redonnera confiance et courage aux fidèles, aux prêtres et aux évêques attachés au Jésus des Évangiles. Je persévère dans l’espérance que de nos efforts mis en commun naîtra la nouvelle Église rêvée par Jean XXIII; cette Église ressemblera davantage à la communauté fondée par Jean Vanier, qui refuse de qualifier sa communauté de «catholique» dans son sens étroit, mais enseigne et pratique les vertus universelles de l’oubli de soi et de l’amour.  Quelle inspiration pour celles et ceux qui désirent ressembler à Jésus! Que de chemins à parcourir dans nos paroisses, que de témoignages à rendre dans nos maisons et nos lieux de travail, quelles semences à répandre sur l’Internet!

Qu’est devenue l’Église catholique sous Benoît XVI?

Qu'est devenue l'Église catholique sous Benoît XVI?

La prise de contrôle par le Vatican de la plus importante association de religieuses américaines, la LCWR (Leadership Conference of Women Religious), à mes yeux donne un portrait définitif au règne du pape Benoît XVI.

Le 18 avril, le New York Times écrit ceci:

The Vatican’s assessment, issued on Wednesday, said that members of the group, the Leadership Conference of Women Religious, had challenged church teaching on homosexuality and the male-only priesthood, and promoted “radical feminist themes incompatible with the Catholic faith.”

Depuis le début de son pontificat, j’ai espéré que Benoît XVI, l’expert de Jésus de Nazareth, ajuste ses prises de position et ses actions sur son Maître, et j’ai prié l’Esprit Saint qu’il discerne dans les aspirations du peuple de Dieu la soif de paroles de miséricorde. En vain.

Au contraire, deux faits constatés par tous révèlent l’esprit véritable de Benoît XVI et des évêques qui ont juré de lui être fidèles : la réintégration par la porte d’en arrière des lefebvristes, ennemis déclarés de Vatican II, et solidarité avec les évêques qui condamnent les femmes contraintes ou acculées à l’avortement.

En ouvrant la porte aux lefebvristes, le pape réaffirme que la foi en Jésus Christ et le salut reposent sur des rites moyenâgeux et l’obéissance à une autorité qui vit encore au XIXe siècle et ignore le XXIe siècle. En condamnant tous ceux qui ne partagent pas sa conception de la vie «de la conception à son terme naturel», le pape réaffirme que des personnes vivantes, des filles de Dieu, peuvent être sacrifiées aveuglément à la lettre morte d’un enseignement.

On a reproché aux religieuses américaines de n’avoir pas suffisamment appuyé les enseignements du magistère concernant l’avortement, l’homosexualité et l’ordination de femmes au sacerdoce. Ce sont pourtant elles qui accomplissent en première ligne le même ministère de miséricorde et de guérison que Jésus, alors que le pape et les évêques passent le plus clair de leur temps loin de la misère. Comment le pape et les évêques pourraient-ils les appels au secours des personnes en détresse auxquelles ces religieuses viennent en aide?

Comment puis-je prêter foi aux paroles d’hommes qui sont en contradiction avec les enseignements et les actions de Jésus? Comment puis-je reconnaître un Serviteur en quelqu’un qui ne demande que l’obéissance? Comment reconnaître un Pontife – mot quoi veut dire «bâtisseur de ponts» – en quelqu’un qui condamne les gens opposés à sa lecture de l’Évangile?

Benoît XVI, ainsi que son prédécesseur Jean-Paul II, a lentement mis en place un collège de cardinaux qui va choisir son successeur. Que peut-on attendre du Vatican? Il ne reste que l’Esprit saint pour y faire pénétrer un courant d’air vivifiant. Optimiste incurable, j’espère toujours l’impossible : que le prochain conclave choisisse un pape qui, malgré les toutes les vérifications et tests de conformité, soudainement se convertisse et, comme Jean XXIII l’a fait, se joue des bien-pensants et remette en priorité l’annonce de l’Évangile au monde de ce temps. Avec l’Internet, je pense que la hache est prête à attaquer la racine des arbres et que le prophète Jean, pourtant indigne de délier les sandales de Jésus, se prépare à Le baptiser, car accomplir la justice de Dieu passe avant les conventions humaines. (Matthieu 3, 7-17)

Je vous invite à lire la réaction à la semonce romaine d’Alain Ambeault qui fut responsable national des communautés religieuses au Canada.