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Dialogue autour de la foi

Dialogue autour de la foi

Je suis à redire ma foi présentement, ce que je fais de temps en temps pour éviter de tomber dans une routine insignifiante. Je veux vous la partager. On m’a déjà dit que ce credo a été inspiré à un collectif de catholiques brésiliens. De toutes façons, il me rejoint dans toutes mes fibres intérieures. C’est un credo en quatre parties.

La première se formule ainsi:

Je crois en Dieu, notre Père, promesse de bonheur!
Car Dieu est créateur. Dieu est Père.
D’âge en âge, il renouvelle son Alliance avec l’humanité.
À chacun, il adresse une parole unique:
parole de Vie, parole d’Amour.

J’adhère à ce credo, mais il résonne en moi ainsi.

Aujourd’hui, voir Dieu uniquement comme un Père me paraît faire injustice à toute femme et surtout à toute mère. C’est la mère qui donne la vie, même s’il lui faut la semence d’un homme. C’est elle qui porte la vie et qui accepte que son corps, son cœur et son esprit soient chamboulés par l’enfant à naître. Il faut croire en la vie pour accepter une telle transformation. Rien ne nous assure que pareille transformation arrive aussi chez le géniteur.

Qui est le  créateur? N’est-ce pas celui ou celle qui fait croître? Je reconnais Dieu comme créateur quand je réponds à son appel intérieur à aimer la vie et aimer les autres, confiant que le meilleur est pour demain, que chacune et chacun de nous peut grandir. On affirme dans la foi que Dieu A CRÉÉ le monde, mais aussi qu’il EST créateur, que son oeuvre CONTINUE. Elle continue dans le grand mouvement de la vie, auquel chacune et chacun de nous participe quand consciemment et avec amour il imagine, choisit et bâtit le monde et l’humanité. On ne créa pas seul, mais en relation avec d’autres. Nous croyons que Dieu a besoin des humains pour donner naissance à notre monde.

Dans les écrits bibliques, «Dieu en relation avec nous» s’exprime en terme d’ALLIANCE, qui est aussi amour et engagement entre deux partenaires. Imaginez: se savoir partenaire de Dieu ! C’est ce que je trouve de magnifique dans la foi judéo-chrétienne. Cette connaissance de Dieu en contrepartie est exigence, car elle demande de découvrir sa volonté et de s’ajuster à sa volonté. N’est-ce pas ce que les chrétiens prient dans la «Notre Père…»?

D’où l’importance de la Parole, voix qui appelle, nom donné à son vis-à-vis, mot qui fait avancer, promesse de fidélité, mais aussi demande de pardon, cri de supplication, dénonciation du mensonge, indignation devant l’injustice. Dire qu’on croit en Dieu, notre Père, en toute vérité, c’est tâcher par tout notre être d’épouser sa manière de voir et de mettre en pratique ces paroles de vie et d’amour.

Aimeriez-vous dire comment le Je crois en Dieu résonne en vous? Écrivez votre commentaire. Si vous n’arrivez pas à vous connecter, essayez de vous enregistrer au blog. Finalement si ça ne marche pas, envoyez-le à bourgo@videotron.ca

Passer de la CORDE … à la MISÉRICORDE!

Passer de la CORDE ... à la MISÉRICORDE!

Les paroles malheureuses de ce sénateur qui affirmait ces derniers jours : « qu’on devrait fournir dans les cellules de prison des grands meurtriers, une corde au cas où ils voudraient passer à l’acte », ces paroles, dis-je, ont fait couler beaucoup d’encre. Le suicide des condamnés aux peines maximales serait somme toute une bonne affaire pour le système de justice selon ce sénateur. Ces propos nous rappellent que nous considérons notre système de justice comme un outil pour que les contrevenants puissent avoir des punitions équivalentes à leurs actions criminelles. Notre justice se veut surtout vindicative et expiatoire. Il faut compenser par la peine reçue, le tort causé par notre geste. Plusieurs croyants voient la justice de Dieu de la même manière. Pour eux, une justice divine est forcément une justice de reddition de comptes tolérant à l’occasion, dans des situations douloureuses, des mesures d’exceptions ou encore certains échappatoires. Et si notre pratique de la justice devenait non pas un processus de verdicts compensatoires mais une stratégie de réhabilitation en évitant toute philosophie de vengeance et toute pensée magique et naïve. Et si Dieu était plus porté sur la miséricorde que sur la corde!

La justice selon l’Évangile consiste en deux points : la non-identification du pécheur à son péché, la non-maximalisation de la peine. Chaque fois que Jésus pardonne à un pécheur, il condamne toujours son péché mais revalorise cette personne en lui redonnant de l’avenir, de l’espérance, en la voyant plus grande qu’elle ne se voit elle-même. Regardons de plus près le texte de la femme adultère en Jn 8, 1-11. Des scribes et des pharisiens ont conduit cette femme et l’ont enfermée au milieu du cercle de la loi. Selon la loi, elle mérite la mort. Elle aurait par le fait même ce qu’elle mérite selon la loi. Ces gérants du système religieux appliquent donc la loi au nom de ce Dieu juste. Ces gérants de la loi se tiennent debout en cercle, conscients que Dieu, juge implacable, ne peut rien leur reprocher car ils sont sans péché selon leur prétention. Jésus, au nom d’un Dieu débonnaire qui pourrait aller jusqu’à récompenser le péché et punir la vertu, aurait pu demander la grâce de cette femme. Il s’y refuse. Jésus aurait pu, au nom de sa pratique de vie exemplaire, revendiquer ses mérites et rejoindre le rang des gérants du système religieux et participer à l’exécution de cette femme. Il s’y refuse. Jésus aurait pu alléguer que dans certaines circonstances douloureuses, son Dieu peut mettre sa justice dans sa poche et sortir de l’autre poche, sa miséricorde. Jésus s’y refuse. Mais Jésus, refusant toute dérive de justice compensatoire, annonce un Dieu Autre qui exerce son jugement par Jésus en condamnant le péché mais en sauvant la personne car il refuse toute identification du pécheur à son péché et lui ouvre des voies inespérées. Dans sa justice, Dieu détruit le mal mais ajuste la personne en l’ouvrant vers sa plénitude. Dieu peut aussi se servir de la souffrance, de la maladie et de la mort, des phénomènes pourtant bien naturels, pour détruire en nous l’existence égarée et mortelle en nous transformant dans la résurrection.

Citons ici encore François Varone, celui qui nous inspire toujours dans cette réflexion : « Dans le coma de la mort, l’homme a fini de s’identifier à ses œuvres, à ses réussites, à ses quêtes des fausses gloires, à ses façades de gloire et de puissance. Mais aussi à ses humiliations, à ses pertes de sens, à son ennui dans l’absurde et le dérisoire. Libéré ou dépouillé, le Moi est alors mûr pour être réveillé et transformé dans la résurrection. » ( F.Varone, Ce Dieu juge qui m’attend, Le Cerf,p.120 ) Pour l’instant, en cette vie présente, nous tentons de découvrir dans des valeurs forcément limitées, dans des biens forcément éphémères, des outils incapables d’assouvir notre quête de plénitude. Nous tentons par des moyens de violence, par des possessions valorisantes, par des pouvoirs prestigieux, de calmer en nous cette soif et cette quête de sens et de plénitude. Mais nous nous égarons, enfermés dans cette précarité et attendons notre délivrance. Devant ce drame humain, le Dieu-Père, avec patience, attend de nous prendre tous en sa miséricorde. Nous ressemblons tous à cette femme adultère dans notre quête d’absolu, tentant d’assouvir notre désir de plénitude dans des valeurs limitées. Alors le Dieu-Père nous enferme dans des vases de patience en attendant de pouvoir nous prendre tous en sa miséricorde. Le vase évoque ici la largeur, la hauteur, la profondeur du cœur de ce Père. Son jugement viendra détruire en nous toute trace d’égarement rendant le Moi enfin libéré et capable de la gloire en participant à la plénitude du Christ. Enfermer dans la patience puis libérer par sa miséricorde pour nous identifier à son Image parfaite, le Christ : voilà le schéma du SALUT!

Tandis que les scribes et les pharisiens pensaient pouvoir agir sur Dieu pour être sauvés en retour, par une acquisition valable de mérites; le croyant sait dans la foi que Dieu nous inspire des chemins de plénitude, accepte de nous enfermer dans des vases de patience pour enfin nous prendre en ses vases de miséricorde. « Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables!) ( Rm 11,11 )

Dieu n’est pas fort sur la corde, celle de la désespérance et de la négation de la dignité. Il est plus fort sur la miséricorde : en répondant à notre quête de plénitude, il nous provoque à devenir vraiment des Moi aptes à la seule identification qui comble pleinement cette béance existentiellement en nous conformant au Christ, Image parfaite du Père. Son pardon, sa miséricorde nous refaits justes. Décidément, notre Dieu-Père n’est pas celui de la corde mais… de la miséricorde!

Quel est le Dieu auquel je crois?

Quel est le Dieu auquel je crois?

Gabriel Ringuet, en sous-titre de son livre L’évangile d’un libre-penseur, pose la question Dieu serait-il laïque? Pour un résumé de sa pensée, je vous invite à lire cet article. La question la plus intéressante pour moi dans cet article est:  Quel est donc, au cœur de l’Evangile, le Dieu révélé par Jésus de Nazareth ?

En regardant les paroisses de l’Unité des Rivières (St-Thomas, Sacré-Cœur de Crabtree et St-Thomas, diocèse de Joliette), leur pasteur, les bénévoles, et tous les croyantes et croyants, à la veille du regroupement de ces communautés en une seule paroisse, je me demande bien: Quel est donc, au cœur de l’Évangile, le Dieu révélé par Jésus de Nazareth? C’est LA question cruciale pour moi en ce moment, où nous arrivons à une croisée des chemins. Car, un regroupement de paroisses, c’est plus qu’une opération administrative, par exemple un seul secrétariat, une seule comptabilité, une seule messe par dimanche. La question pour moi, c’est: Est-ce que dans cette opération nous saurons devenir, ensemble, révélateurs et révélatrices de Dieu? Les gens et surtout les plus jeunes, en nous voyant faire, sauront-ils davantage quel est le Dieu auquel nous croyons et auront-ils le goût de suivre ses chemins?

Et l’occasion est bonne, car la liturgie du temps de l’Avent nous rappellera bientôt que Dieu s’est fait proche des humains, que – nouvelle difficile à croire – il est devenu l’un de nous. Avant d’être paroissien de St-Paul, de Crabtree ou de St-Thomas, on appartient à la même famille et on partage le même héritage: d’être devenus fils et filles d’un même Père. L’occasion est bonne encore de nous rappeler que le Royaume de Dieu s’est approché de nous en Jésus de Nazareth. Si l’on croit vraiment que Jésus, c’est Dieu devenu notre prochain, eh bien, il suffit de regarder Jésus dans les évangiles pour avoir une meilleure vision de Dieu.

Le premier geste de Jésus est son baptême par Jean le Baptiste. Il faut prendre conscience que par ce geste Jésus se reconnaît pécheur, comme appartenant à un peuple pécheur, qui a pris l’habitude de mener sa vie en ignorant Dieu. Il reconnaît en recevant ce baptême que le seule attitude digne d’un croyant, c’est de se convertir aux manières de Dieu et de changer son regard sur les autres.

Ce que je souhaite rencontrer chez mes sœurs et mes frères de Crabtree, St-Thomas et St-Paul, c’est avant tout la foi en Dieu qui s’est fait proche de tous et le désir de nous faire proches les uns des autres, et surtout des pauvres et des exclus. Il y aura bien des obstacles à surmonter dans le réaménagement de nos paroisses, à commencer par «l’esprit de clocher». Se convertir aux manières de Dieu, c’est reconnaître notre peur des autres, notre peur de perdre, d’être dépouillé de nos affaires. Relisons les évangiles, regardons comment Jésus a vécu. N’a-t-il pas vécu simplement, détaché des biens matériels, dépouillé de tout, en fin de compte? N’a-t-il pas enseigné: Heureux les pauvres, le royaume des cieux est à eux?

À chaque pas que nous ferons dans le réaménagement de nos paroisses, il faudra garder constamment à l’esprit cette question: que nous dit l’enseignement de Jésus, d’après les évangiles, sur la conduite bonne et juste à adopter? Être baptisé exige rien de moins que cela. Le nombre de prêtres a dramatiquement chuté chez nous. Que faire pour célébrer dignement l’eucharistie, pour que cette célébration soit une fête, où on reconnaît que nous sommes des sauvés? Une messe dominicale par paroisse soulagerait notre prêtre, mais vite, qu’elle devienne le rassemblement des chrétiennes et des chrétiens engagés à vivre de plus en plus à la manière de Jésus afin que Dieu soit révélé dans toute sa compassion, sa générosité, sa simplicité, sa grandeur. Comme Jésus de Nazareth a été révélateur de Dieu, chacune et chacun de nous doit le devenir aussi. Nous avons reçu un guide extraordinaire dans notre cheminement vers Dieu; ne laissons pas les Évangiles dormir au fond d’un tiroir, lisons-les, méditons-les, et apprenons à nous en servir pour éclairer notre route.