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Église et criminalité

Église et criminalité

Vendredi, 28 janvier, Le Devoir publie une article signé Hélène Buzetti et intitulé «Onze Église chrétiennes semoncent Harper». Le Conseil canadien des Églises pour la justice et la criminalité (CEJC), un regroupement des 11 plus importantes Églises chrétiennes au pays,  invite le gouvernement conservateur de Stephen Harper à modifier sa trajectoire en matière de justice criminelle.

Quelle joie de voir que l’œcuménisme va au-delà d’une invitation à prier pour l’unité des chrétiens, et que les leaders de nos Églises se parlent, discutent et prennent position ensemble sur un grave problème de notre société: la criminalité et la justice autant envers les criminels que les victimes.

C’est rafraîchissant de lire que le CEJC invite le gouvernement et les citoyens canadiens à réfléchir sur les meilleurs moyens à prendre pour aider autant les criminels que les victimes. Le Conseil questionne l’orientation du gouvernement Harper de donner des peines plus lourdes et de rendre plus difficile la libération des criminels. Si cette orientation semble plus rentable électoralement, sert-elle réellement les Canadiens?

Et je lis en début d’article «Quel sort Jésus réserverait-il aux criminels modernes?» Il ressort clairement du message venant des représentants de nos Églises que leur réflexion part de l’ Évangile, cette Bonne Nouvelle de salut pour toute l’humanité et surtout les plus démunis à tous points de vue. Quand j’applaudis à une plus grande sévérité des peines imposées aux criminels, est-ce que je le fais en tenant compte du message de compassion de Jésus? Rappelons-nous que les bien-pensants dans l’Évangile sont prompts à condamner et à lancer la pierre aux autres, tandis que Jésus a cette phrase désarmante: «Va, et désormais ne pèche plus.»

L’article me  rappelle l’essentiel de la religion, à savoir que «Nous sommes appelés à être des personnes en relation les unes avec les autres en dépit de nos conflits et de nos péchés, et à redevenir, grâce à l’ingénieuse créativité de l’Esprit de Dieu, une communauté d’alliances.» Aucun humain, même les criminels, ne sont exclus du projet de Dieu pour l’humanité. On ne peut être chrétien et soutenir une vision qui traite les criminels comme des rejets et se faire du capital politique sur leur dos.

Quant aux victimes des actes criminels, de lourdes peines de prison n’amoindrissent pas vraiment leurs pertes, leurs souffrances et leur deuil. Par contre, savoir que le système judiciaire et pénal met en place des moyens pour que les criminels ne se contentent pas de faire du temps, mais se repentent, changent leur mentalité, réparent leurs injustices, réintègrent la communauté humaine, il me semble que c’est un soulagement et une consolation de savoir que ceux qui leur ont fait du tort ne chercheront pas à faire de nouvelles victimes. Ils peuvent espérer que le mal qu’ils ont subi, au lieu de les entraîner dans une spirale de violence, servira plutôt à refaire des liens sociaux et à procurer la paix de l’âme à tous.

Merci à Hélène Buzetti de nous donner ces informations! Merci au Conseil canadien des Églises pour la justice et la criminalité qui ont pris du temps pour réfléchir à ce problème. Suivons leur exemple et pensons-y bien.

L’article du Devoir est accessible aux abonnés uniquement. Si vous désirez en recevoir une copie, il me fera plaisir de l’envoyer à votre adresse de courriel. Écrivez-moi à info@chroniquesbourgo.qc.ca

Noël: que peut-on en espérer?

À la veille de ce Noël 2010, quand je regarde notre Église, l’Église du Québec, il m’arrive de penser qu’elle s’en va inévitablement vers l’extinction: baisse du nombre des fidèles participant à l’eucharistie du dimanche, réaménagement des paroisses pour assumer les charges matérielles que constituent nos bâtiments, maigre relève autant chez les laïcs que chez les ministres ordonnés.

Et pourtant je reste un irréductible optimiste, car tout est dans le regard. C’est Jean Vanier, prophète de notre époque, qui m’a appris cela. Il a regardé les déficients mentaux comme des personnes à aimer et a agi en conséquence. Il a montré leur grandeur: d’être filles et fils de Dieu comme tout un chacun de nous. Chacun ne porte-t-il pas en soi des misères et la capacité d’aimer? Il nous indique vers qui tourner notre regard, vers Jésus, le Prince de la Paix, dont nous célébrons l’avènement à Noël. Ce regard embrasse toute la vie à la lumière du message de Jésus: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Faites du bien à ceux qui vous veulent du mal, prêtez sans espérer rien en retour.»

Il ne m’aurait servi à rien d’aller à Jérusalem, si je n’avais pas été touché par la prophétie de Zacharie:

Exulte avec force, fille de Sion!
Crie de joie, fille de Jérusalem!
Voici que ton roi vient à toi:
Il est juste et victorieux,
humble, monté sur un âne,
sur un ânon, le petit d’une ânesse.
Il retranchera d’Éphraïm la charrerie
et de Jérusalem les chevaux;
l’arc de guerre sera retranché.
Il annoncera la paix aux nations.
Son empire ira de la mer à la mer
et du Fleuve aux extrémités de la terre.

Zacharie 9,9-10

L’Église du Québec ressemble de plus en plus au peuple juif, ce «petit reste» à l’écoute des paroles de Zacharie et tâchant courageusement, au retour de l’exil, de reconstruire Jérusalem et leur communauté. Le message de Zacharie permet de relire notre propre histoire; notre Église a déjà brillé par le nombre de ses fidèles, la fécondité et la solidité de ses institutions, les nombreux témoignages de sainteté des fidèles et l’autorité de ses dirigeants. Maintenant qu’un vent de changement (ou de renouveau) a soufflé sur des structures sclérosées, ses édifices de pierre feront-ils place à des cœurs de chair ouverts au message de Jésus? Après avoir perdu le goût des célébrations liturgiques, est-ce qu’on continuera de pratiquer les œuvres de justice? Et si on reste sourd aux appels à retourner à la messe, la pratique humble de la charité, à la façon de Jean Vanier, ne continuera-t-elle pas de faire des disciples?

Je pense que les fidèles au message de Jésus sont toujours disponibles pour entendre les appels à aimer le prochain. Je pense qu’ils sont comme une lumière dans un monde qui a grand besoin de paix et de croire à l’amour, au pardon, à la compassion. C’est le message que j’entends au moment où on se rappelle la venue du Sauveur il y a 2000 ans dans une Palestine sous domination romaine. Seulement, aujourd’hui, c’est le règne du tout à l’économique, à la mondialisation. Les laissés pour compte ne manquent pas dans ce système: il n’y a qu’à ouvrir les yeux. C’est mon espoir en ce Noël 2010.

Pour la justice et la vérité (2)

Pour la justice et la vérité (2)

Je crois à la bonne foi de Mgr Fortier, administrateur de l’archevêché de Montréal, dans l’affaire de l’ex-curé et prêtre de la paroisse St-Denis. (lire l’article suivant) C’est un frère dans la foi et un collège dans la mission de l’Église. Je ne doute pas que, tout en agissant avec miséricorde vis-à-vis des personnes ayant commis des «irrégularités administratives», il voit à ce qu’on répare les torts faits aux donateurs et à la communauté. Mais, jusqu’où peut-on aller? Cette manière de «régler les affaires en famille» sert-elle l’Évangile et à long terme l’Église?

Il y a un dicton populaire en matière de justice: «Pas vu, pas pris». Dans nos finances personnelles, il nous arrive de faire des entourloupettes, qu’on arrive à se justifier sans trop de peine et qui ne nous empêchent pas de dormir.  Il reste  qu’on peut, de cette manière, objectivement commettre des injustices. Et, quand le sentiment d’avoir été floué n’a pu, une nouvelle fois, être étouffé ou satisfait, eh bien, l’affaire est révélée au grand jour comme dans le cas présent.

Un esprit évangélique peut-il s’accomoder de pratiques douteuses ou qui font notre affaire, comme on dit? Je ne dis pas qu’il est aisé pour un administrateur de concilier honnêteté et justice, d’une part, et charité et miséricorde, d’autre part. Nous avons tous des choix difficiles à faire. Mais quand on prêche l’amour du prochain, on doit s’attendre à rendre des comptes sur l’honnêteté pure et simple de nos pratiques. Si un membre du personnel pastoral commet des erreurs administratives, il faut l’envoyer refaire ses classes et ne pas le remettre en situation de répéter ces erreurs.

Dans le cas présent, la «famille» catholique est en droit d’attendre que ses administrateurs aient des pratiques claires et ouvertes,  qu’ils donnent l’heure juste aussi à toutes les personnes impliquées. Ils sont en droit aussi de s’attendre à des pratiques généreuses et offrant aux fauteurs une voie pour s’améliorer. Est-ce que cela a bien été fait? Il me semble que l’esprit évangélique doit tenir compte de ces deux attitudes.