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L’ignorance et la peur

St-Jean-sur-Richelieu: Un candidat victime de racisme, titre un article de Radio-Canada. Khaled Kalille, un citoyen Québécois, né au Québec en 1969, se présente à la mairie de sa ville et a subi des insultes écrites et ses affiches publicitaires du vandalisme. Des messages écrits indiquent que c’est dû en partie du moins au fait qu’il porte un nom à consonance arabe.

À mon avis, c’est là que mènent l’ignorance et la peur. Et c’est un danger qui guette présentement la société québécoise. Je ne peux pas me taire devant ces comportements inacceptables et, pour certains, criminels. Les élus qui présentent le projet de Charte québécoise des valeurs devraient en faire autant et avec la plus grande énergie. On ne peut pas tolérer de tels agissements sous prétexte du débat en cours et des positions divergentes entre pro-charte et anti-charte.

Au lieu de se faire un capital politique à l’instar des politiciens anti-charte  en condamnant la DIVISION que crée ce projet de loi, regardons nos différences en face, admettons que diverses visions du monde et de la vie existent chez nous, qu’il est humain – disons normal – de se rapprocher de ceux qui nous ressemblent, et que des divisions sont inévitables. Une fois cela admis, on doit vaincre notre ignorance et notre peur de l’autre et se rapprocher de ceux qui sont différents,  se parler, mieux se connaître les uns les autres, exprimer ce qui nous irrite et ce qui nous fait peur. J’ai appris tôt dans ma vie que raconter un cauchemar aidait à dissiper mes craintes.

La peur exprimée dans les insultes et le vandalisme ressemble à celle des Janette  lorsqu’elles expriment leur ressentiment vis-à-vis une religion «faite par les hommes pour dominer les femmes». Soyons d’accord avec Janette que les femmes ont subi un joug odieux de la part d’hommes soit disant disciples du Christ. Mais pas seulement dans le domaine religieux. Aujourd’hui même, on doit se battre pour empêcher que nos filles deviennent des objets à consommer. Est-ce la religion catholique machiste qui instaure cette situation en 2013? J’aimerais bien que les Janette posent quelque geste d’éclat pour dénoncer cette humiliation quotidienne des femmes. Chaque groupe et chaque personne portent en eux-mêmes des contradictions et des zones grises; aucun n’est mauvais ni pur à 100%. Si c’est vrai des catholiques, c’est vrai de la génération des Janette et c’est vrai des musulmans. Qui peut se vanter d’être exempt de peur et d’ignorance?

Dans le projet de Charte québécoise des valeurs – qu’on aurait peut-être dû appeler charte de la laïcité – on aurait intérêt à faire de la tolérance une obligation aussi importante que l’égalité des femmes et des hommes. Tolérance entre religions, entre partis politiques, entre conjoints dans un couple, entre générations. Les religieux ne sont pas les seules personnes à faire preuve d’intolérance. Quand j dis tolérance, je ne dis pas laisser faire. Admettons que le port du voile revendiqué par une minorité de musulmanEs est pour eux une nécessité pour «bien vivre» et qu’on ne peut juger de leur sincérité; soyons conscients toutefois que ce n’est pas le choix de la majorité des musulmanEs. Et ne mettons pas tous les musulmans dans le même sac; ne condamnons pas une religion non plus. À la place, sachons discerner les comportements réellement humiliants pour les femmes, apprenons à nos jeunes – et je dirais aussi de nos jeunes – à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’ignorance engendre la peur, la connaissance de l’autre – dans ce cas-ci c’est l’Islam –  est le premier pas vers le «bien vivre» en société.

Mais la question demeure: Est-il souhaitable d’interdire l’expression des croyances religieuses dans les services d’un État qui a adopté une position neutre vis-à-vis les religions, et prétend vouloir donner à tous des chances égales de s’épanouir? Quel chemin prendra le gouvernement au terme du débat? Il est probable qu’il observera dans quel sens souffle le vent. Peut-être la question deviendra-t-elle un enjeu électoral? D’aucuns prétendent, suivant l’avis de la Commission des droits de la personne, que l’interdiction projetée serait contestée par les tribunaux. La jurisprudence concernant les droits de la personne est assez jeune au Québec: est-elle déjà figée? Je pense qu’il y a matière à débat et que l’opinion publique peut avoir un certain poids dans le jugement des tribunaux. Comme dans la cause où on pesait le pour et le contre des danses à 5$ et à 10$. La décision d’une minorité de musulmanEs de faire du voile une obligation sera-t-elle considérée comme infrangible, ou bien la voix d’une majorité de musulmanEs – qui ne tiendrait pas le port du voile comme essentiel à leur religion – sera-t-elle entendue et respectée?

Les tribunaux iraient-ils, absolutisant les droits individuels, jusqu’à donner plus de poids aux revendications extrémistes qu’aux choix des modérés? Les mêmes tribunaux, en cas de référendum où 55% des Québécois se seraient prononcés en faveur de la sécession politique du Québec, iraient-ils invalider ce choix démocratique? Dans tout choix, on doit prendre un risque, qu’il s’agisse des individus ou des sociétés; l’important est d’y réfléchir et de choisir en considérant toutes choses de façon aussi impartiale que possible.

«Je suis venu pour apporter la division.»

Il faut décrypter le message de nos polititiens quand ils disent que le projet de Charte des valeurs québécoises divise les Québécois. Je nomme les Couillard, Trudeau et consorts.

Premièrement, regardons qui parle. Certains politiciens ne sont-ils pas, à cause de leur fonction partisanne, les premiers à fomenter la division. Fomenter est un vieux verbe qui veut dire «exciter, attiser, provoquer et entretenir»? Il suffit que le Parti québécois propose un projet de loi pour que l’opposition fomente les passions comme la peur, la fragilité, nos insuffisances, nos ignorances. Ne nous laissons pas leurrer par ce discours faussement rassembleur: les divisions ont toujours existé, parce que nous sommes différents et que nous avons de la difficulté à vivre notre différence des autres. Alors, c’est plus sécurisant de nous cantonner dans un parti, de nous aligner et de nous appuyer sur nos semblables. Quand on est incapable de se faire une idée, on regarde le voisin et on dit pareil. Au contraire, commençons par reconnaître nos différences, par les comprendre. On aura moins peur, on verra que l’autre aussi à ses fragilités et ses insuffisances. On commencera à dialoguer et, peut-être, découvrir chez les uns et les autres des richesses. Rêveur, me direz-vous! Pas tant que ça. Non, je dis qu’il faut oser et souvent aller contre «ce que les gens de mon parti, de ma famille, de ma classe sociale pensent et voudraient me dicter.

J’ajouterai enfin ceci. On rapporte qu’un certain Jésus a dit:

Pensez-vous que ce soit la paix que je suis venu mettre sur la terre? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais, s’il y a cinq personnes dans une maison, elles seront divisées: trois contre deux et deux contre trois.» (D’après Luc 12,51)

Le contexte de cette parole est que le chrétien doit témoigner comme une lumière dans l’obscurité, du sel dans la nourriture, le feu dans le froid. C’est une invitation à secouer notre indifférence, à être fort dans nos convictions, à les afficher là où elles peuvent étonner, éclairer, donner goût à la vie, animer la fraternité et la solidarité.

Pour moi, demander que l’État, à travers ses agents, apparaisse neutre et impartial est parfaitement conciliable avec le fait de participer à une table ronde avec des Juifs et des Musulmans pour comprendre le point de vue des uns et des autres, d’accepter l’invitation de prier pour la paix dans une mosquée ou une synagogue. Et les agents de l’État, comme un enseignant et une enseignante, une gardienne et un gardien d’enfants, peuvent très bien témoigner des valeurs qui les animent, sans porter une croix ostensible ou un voile ou un couteau ou une kippa, mais avec un regard lumineux, intéressé par la présence de l’autre, compatissant à ses besoins. Ils donnent alors à l’autre le sentiment d’être accepté et, peut-être, la chance de les questionner: mon amie, mon ami, dis-moi donc ce qui rend ton regard lumineux, tes paroles affables et rassurantes, tes mains secourables? Je lis les évangiles et c’est cela qu’ils m’enseignent.

Mais comment vivre l’accueil de l’étranger? Une réflexion à venir…

Pour une charte inspirante et motivante

Pour obtenir une meilleure adhésion à cette charte des valeurs québécoises, il serait souhaitable que nous obtenions le plus large consensus qui soit et faire montre de patience et de persuasion pour faire en sorte que notre société soit plus inclusive. Voici donc 5 balises pour encadrer nos accommodements : 1) Au Québec, nous voulons une société où les femmes et les hommes sont égaux en droits et en dignité; 2) Au Québec, on fonctionne à visage découvert pour éviter toute méprise et pour favoriser des rapports harmonieux entre tous; 3) Au Québec, nous réprouvons les mariages forcés de mineur(e)s et nous devrions les déclarer nuls et illégaux; 4) Au Québec, les mutilations sexuelles ou encore les mutilations décrétées comme punitions doivent être interdites et déclarées illégales; 5) la notion de crimes d’honneur est à rejeter à tout prix et ne peut être invoquée en défense au Québec.

Il serait bon également de favoriser la création de passerelles pour encourager l’intégration des communautés nouvellement arrivées au pays : 1) Précisons en tout premier lieu ce que nous entendons par INTÉGRATION; s’intégrer c’est devenir accueillant et réceptif devant la culture de la communauté accueillante. On peut conserver sa culture, ses valeurs tout en se montrant enthousiaste à les vivre dans la culture et les valeurs de la société d’accueil. 2) Il arrive que les nouveaux arrivants veuillent conserver intégralement leurs valeurs par crainte de perdre leur identité. Ce réflexe est compréhensible. Alors que la société d’accueil offre des parrainages pour favoriser l’insertion des immigrants. 3) La population québécoise, vivant une condition minoritaire au Canada et en Amérique du Nord, exprime ses craintes devant une immigration peu encline à s’intégrer à elle. Cela s’explique facilement. Favorisons en premier lieu, une reconnaissance officielle de la spécificité du Québec. Une fois que les québécois seront confirmés dans leur identité, ils exerceront une plus grande attraction des immigrants. Peu de gens sont motivés à s’intégrer à des groupes peu favorisés ou peu reconnus. Tant qu’à s’intégrer, pourquoi ne pas aller vers des gagnants! 4) Prenons conscience qu’au Québec, un mouvement dit laïque tend à rendre suspects et questionnables tous croyants, aussi bien chrétiens que musulmans ou autres. Favorisons entre les grandes communautés de croyants des passerelles pour favoriser leur harmonie et leur compréhension mutuelle. 5) Enfin l’État doit se montrer neutre tout en favorisant la vitalité des communautés culturelles ou religieuses. Tout en favorisant l’harmonie des différents groupes religieux, l’État doit se montrer juste et neutre. Enfin, qu’on arrête une fois pour toute de vouloir sauver le patrimoine et oubliant que la foi n’est pas seulement écrite dans la pierre des bâtiments et dans les œuvres d’art mais qu’elle est vivante et portée par toute une large communauté de croyant(e)s. Si on veut à tout prix sauvegarder le crucifix à l’Assemblée Nationale pour maintenir le patrimoine, je n’y tiens pas beaucoup car en faisant cela, on tend à affirmer que ce symbole en est un du passé des Québécois comme s’il ne représentait plus rien pour l’aujourd’hui de notre peuple. Nous devrions prendre beaucoup de temps pour arriver à la promulgation de cette charte afin que les passions s’estompant, laissent plus de place à la réflexion et à la sagesse.