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Délitement ou purification?

Délitement ou purification?

À lire: un article de Jean-Pierre Proulx, dans Le Devoir du 31 mars, intitulé «Le délitement du catholicisme québécois» et en sous-titre «Entre une référence identitaire encore forte et une appartenance anémique, la foi vacille»

Cet  aperçu m’apparaît assez juste et je suis, ma foi, assez heureux que tout cela soit dit. Car, je suis engagé bénévolement en pastorale – ce mot décrit dans l’Église catholique «l’action de faire paître un troupeau» – et il y a longtemps que je me questionne sur la faible «pratique» des catholiques, notamment quand des parents viennent demander le baptême de leurs enfants.

Je suis tiraillé entre deux questions. La première: à quoi sert de baptiser un enfant quand tu sais que huit fois sur dix la demande ne semble pas venir d’une adhésion personnelle à Jésus Christ, d’au moins un des deux parents. La seconde me dit: qui es-tu pour juger de l’authenticité d’une demande?

Mais, au quotidien, qu’est-ce qui me motive pour continuer cette action pastorale? Plusieurs convictions m’habitent.

La plus importante, c’est l’Esprit de Jésus qui agit dans le cœur des parents, qui précède leur désir et qui me précède dans l’accueil de leur demande. En matière de foi, si le Seigneur ne bâtit lui-même la maison, en vain travaille l’ouvrier.

La deuxième touche au mystère pascal, celui de la mort et de la résurrection du Christ, qui est au cœur de ma foi. Chaque sacrement est un signe de cette conviction à laquelle j’ai adhéré. Bien que j’aie vécu des situations de souffrances et de mort, je crois que la vie a un sens parce qu’elle est plus forte que ces situations, qu’elle les dépasse.

La troisième conviction, c’est la conscience de mes propres faiblesses et des progrès dont je suis capable, animé par la confiance en la vie, en l’amour et en Dieu. Cette conscience, je reconnais que tous les humains en sont pourvus, même si elle n’agit pas de manière identique en tous. Ce qui fait qu’une personne est religieuse et croyante n’est pas d’abord l’appartenance à une communauté, mais la conviction qu’elle a reçu un appel et qu’elle y répond librement. Tant qu’on n’a pas fait cette expérience, on se tient en quelque sorte sur le seuil de la religion, sur le parvis de l’église. Mais, prenons garde de nous placer parmi les «élus», aux premiers rangs. Je trouve cette attitude plutôt présomptueuse, probablement ayant contribué au «délitement» du catholicisme.

Quant au catholicisme québécois, il peut bien disparaître, pourvu que l’Esprit de Jésus vive en moi et en toute personne de bonne volonté. La situation actuelle est un temps d’épreuve de la foi; c’est ainsi que je l’accueille. De ma lecture des évangiles, j’ai retenu que Jésus et ses fidèles ont été expulsés du Temple et des synagogues, que Jésus n’avait même pas une pierre où reposer sa tête. Doit-on s’attendre à être mieux traités qu’eux?

Islam et Occident

Il circule sur internet des présentations de statistiques alarmistes concernant le taux de natalité des Musulmans, d’une part,  et celui des Européens et Nord-Américains d’autre part, et ces chiffres donnent à penser qu’une Charte et toutes les lois qu’on votera ne suffiront pas à empêcher l’Islam de progresser au Québec et en Occident.

Ces statistiques révéleraient la réalisation d’un plan de conquête de l’Occident par l’Islam selon lequel le terrorisme et les armes sont inutiles et que la natalité seule suffira à opérer. De prime abord, il semblerait qu’il en soit ainsi. C’est cependant oublier que les populations musulmanes elles-mêmes,  et surtout les immigrants, évoluent autant par la diminution de leur taux de natalité, qui se rapproche du taux des sociétés occidentales, que par leur propre révolution culturelle, c’est-à-dire une certaine adaptation aux idéaux et aux valeurs occidentaux, sinon leur adoption. Les mouvements extrémistes qui usent de violence ont bien compris cela et, mus par le désespoir, leurs attaques terrorisent indifféremment les Musulmans et les Occidentaux.

L’autre versant de cette évolution de l’Islam est, par ressac et osmose, celle des Occidentaux dont une portion restera athée, mais dont une autre portion réévaluera ses propres croyances et idéaux et modifiera ses pratiques religieuses. Les Québécois sont tiraillés non seulement par leur identité politique, mais aussi religieuse, environnementale et communautaire.  Par exemple, la religion catholique faisait beaucoup appel à une obéissance quasi servile aux dogmes; maintenant elle appelle à plus de discernement, à plus de liberté, à une vie plus évangélique. Connaître le prophète Jésus a pris plus d’importance que jeûner le vendredi, aller à la messe ne suffit plus au croyant qui essaie de mieux comprendre l’essentiel du message de l’homme de Nazareth de se faire proche des pauvres, et préserver la vie et aménager l’environnement pour l’usage de tous les humains découlera de la conviction que la vie est un don de Dieu.

Finalement, au regard de l’histoire, si on tient absolument à faire des comparaisons,  lequel de l’Occident et de l’Islam est en avance et sur quels plans? Qui prétendra que l’Occident est en avance par les ressources énormes consacrées à la suprématie des armes et enlevées par le fait même à résoudre le problème de la faim? Qui prétendra que l’exploitation du corps féminin par l’industrie du cinéma et la consommation en général contribue à la libération et l’égalité de la femme et de l’homme? Il est encore à venir le temps où on enseignera aux jeunes à se demander «Qu’est-ce que je peux faire pour ma communauté?», plutôt que «Qu’est-ce que la communauté doit faire pour moi?»

Le débat autour de la Charte québécoise rend possible une révision en profondeur de nos valeurs. Consentirons-nous à la faire ou resterons-nous seulement à la surface des choses symbolisée par le voile islamique?Je préférerais énormément que les Dalila Awada osent révéler les vraies valeurs signifiées par l’exigence du voile, plutôt que d’en appeler à la liberté de religion (indiscutable), comme je préférerais que les Janette Bertrand nous disent ce que les femmes ont gagné dans leurs luttes vers l’égalité. Cela serait plus vrai et éclairant. Mais peut-être n’ai-je pas été assez à l’écoute… Qu’on me corrige!

Charte des valeurs québécoises

Un titre qui soulève en moi un malaise incessant. Une question que je ne sais par quel bout prendre. Un projet dont je peine encore à trouver une visée autre qu’électoraliste.  Premièrement, admettons qu’une charte puisse être québécoise, mais on peut se questionner sur les raisons de donner l’attribut «québécois» à des valeurs. En quoi l’égalité entre les femmes et les hommes peut-elle être québécoise? Veut-on dire que la société québécoise accorde une place plus importante à cette valeur? Ça me semble un peu prétentieux au regard d’autres peuples ayant accédé à la modernité. Je ne parviens pas présentement à voir en quoi cette égalité n’est pas autant française, allemande ou britannique.

Deuxièmement, c’est le sens du mot valeur qui est ambigu. Je ne vois pas en quoi la neutralité religieuse de l’État peut être une valeur. La neutralité, le mot le dit, c’est une absence de position, quasiment une anti-posture. Tout au plus lui reconnaîtrai-je le statut de moyen, mais pas de valeur. Si on vise la considération égale des croyants (et des incroyants), qu’on le dise en clair. Quant à la troisième valeur, la reconnaissance du patrimoine historique commun, quelle réalité fluctuante nous propose-t-on là! Qu’est-ce qu’on va bien mettre dans ce fourre-tout? La banique des Hurons en fait-elle partie au même titre que le bagel des immigrants venus d’Europe ou que la baguette de nos cousins français? On veut peut-être bien protéger les nombreuses croix qui dominent encore le paysage, comme celle de la chambre parlementaire, mais admettons que leur poids dans l’identité québécoise tend sérieusement à diminuer avec la perte de leur sens chrétien. Faire disparaître cette croix ferait tout un boucan. Mais la conserver va en faire autant. C’est comme la devise «Je me souviens» sur les plaques minéralogique. Si tellement peu de citoyens savent à quoi elle fait référence, la conserver n’est-il pas ridicule? Ou bien ça témoigne de notre manque d’intérêt à notre histoire.

Alors, que vise-t-on au juste avec cette charte? Réglementer le port des signes religieux dans la fonction étatique, dit-on. Sur quelle base tracer la limite de ce qui sera permis? Et que comprendre de ces signes: sont-ils uniquement religieux ou ont-ils une signification politique? C’est un débat qui peut aller dans tous les sens. Le jeu est facile pour des démagogues tels le libéral Couillard de crier au viol de la liberté de conscience et de religion, à la trahison des idéaux démocratiques de René Lévesque. N’a-t-il pas été de ceux prêts à sabrer dans le système public de soins médicaux? N’est-il pas de ces adorateurs du néolibéralisme qui élargit le fossé économique entre citoyens? Encore une fois, on se perd en accusations et en propos jugés offensants sinon offensifs. Que vise-ton avec cette charte: créer un fouillis, la pagaille? À semer le vent…

Veut-on freiner la progression de l’Islam, une religion que professent pacifiquement et raisonnablement de nombreux musulmans venus chercher ici une vie meilleure? Une religion, d’autre part, ne nous le cachons pas, dont une minorité de pratiquants visent l’hégémonie mondiale et considèrent les non-musulmans comme mécréants et inégaux. Une religion fractionnée comme bien d’autres en courants réformistes, conservateurs et fondamentalistes. À ce moment-ci de notre histoire, je favorise une discrétion des signes religieux, chrétiens, juifs, musulmans, sikhs, et autres, là où l’État doit faire preuve d’autorité et d’impartialité, surtout dans l’administration de la justice. Qu’un enseignant et un soignant m’apparaissent identifiés à une croyance, je ne trouve pas ça déplacé; mais je pense que ça ne convient pas pour un juge et un policier. La difficulté est de tracer une limite, mais c’est faisable entre gens raisonnables.

Les droits fondamentaux comme la liberté de conscience et de religion, j’en suis, mais ce droit doit s’exercer dans des limites raisonnables et respectueuses de tous les citoyens d’une société donnée. Si les cloches de l’Église sonnaient sans inconvénient dans une société catholique à 85% il y a 80 ans, aujourd’hui qu’à peine 5% de la population pratique la messe du dimanche, est-ce raisonnable? Quel réflexe identitaire infondé et injuste justifierait de maintenir cette coutume?

Cette charte québécoise n’a pas fini de nous obliger à nous poser des questions. C’est bien, tant qu’on explore notre propre identité et on apprend à mieux connaître celle des autres groupes de notre société. Je déplore le déchirement des chemises à la Couillard, à la Trudeau, à la Charkaoui (qui représente-t-il celui-là?). Le gouvernement Marois a le courage de proposer un projet: pour cela je le félicite. Parlons à nos vis-à-vis, écoutons les points de vue opposés, engageons-nous ensemble sur la voie de la rationalité qui seule permettra de vivre en paix et dans la justice.