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Espérer contre le cynisme

Espérer contre le cynisme

J’admire les contestataires du système qui s’appellent les «Indignés», parce que j’ai une affinité de pensée avec eux. Je les soutiens de mes écrits et un tout petit peu de mes sous, question de concrétiser mon appui. Pourquoi?

En premier, ils me rappellent Jean le Baptiste et Jésus de Nazareth dans l’annonce de la venue imminente du Royaume de Dieu. Pas de violence dans leurs comportements, mais seulement un discours sans détours et un mode vie réduit à la plus simple nécessité. Ces prophètes n’avaient pas de maison à eux où dormir et s’appuyer sur une famille. Pas d’armes brandies contre les puissants, mais seulement cette inébranlable conviction que le Royaume appartient à ceux qui ne savent pas de quoi demain sera fait. Ils sont allés au bout de leur dénonciation de l’oppression des pauvres et des sans-voix, en fait jusqu’à la limite de ce que pouvaient supporter les tenants du pouvoir.

En second lieu, contre le cynisme de la population vis-à-vis la classe politique et le système, les «Indignés» proclament l’espérance qu’un monde meilleur est possible si on veut bien ouvrir les yeux et si on veut bien remettre en question notre mode de vie où l’idéologie de la croissance économique est en train de mener le monde à la ruine.

Mais, voyons, le système a les moyens de faire taire ces dérangeurs. Car les Bloomberg et Labeaume de ce monde ne manquent pas pour invoquer l’ordre et la sécurité et nous faire croire que les Indignés vont se faire bobo. En fait, ces affairistes et instruments aveugles du système, et leur clique à cravate, songent bien davantage à leur propre image et à leur ré-élection. À ce sujet, bravo au maire Tremblay qui tolère – mais combien de temps résistera-t-il à la pression du système? – un discours éveilleur qui refuse de se coucher et de paralyser à la vue des gros bras.

Il y a de quoi sourire en pensant que le maire de New-York a profité de la nuit pour envoyer ses sbires casqués et armés de bâtons surprendre les Occupants de Wall street. Allons, qui de nous pense que son geste vise la protection du public plutôt que son empire financier et celui de ses petits amis? Cela me fait penser à un petit passage de la bible racontant l’arrestation de Jésus (Jn 18,1ss) où la cohorte de soldats romains et les gardes fournis par les grands prêtres vont dans le jardin de Gethsémani, avec leurs lampes et leurs armes, arrêter Jésus et ses disciples. Nihil novi sub sole.

Plus de 2000 ans après, plusieurs se souviennent des prophètes parce qu’en chacun de nous, malgré notre aveuglement et nos faiblesses, il subsiste un petit espace qui a soif de lumière et veut bien faire de la place à l’espérance. C’est pourquoi, quand bien même on délogerait les Indignés de la Place du Peuple ou de toute autre place de liberté, tous ceux que l’Évangile (Mt 5, 3-10) appelle les doux et les cœurs limpides sortiront de nouveau pour harceler les tenants du désordre établi. On a vu comment ça s’est passé durant le printemps arabe…