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Raymond Gravel est mort aujourd’hui

Raymond Gravel est mort aujourd'hui

La mort est brutale; elle nous enlève après plusieurs mois de souffrances, Raymond Gravel, prêtre catholique, notre ami. Un ami dans le sens employé dans l’évangile de Jean (Jn 15, 11 et ss).

11 « Je vous ai dit cela afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète c . 12 Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous aime. 13 Le plus grand amour que quelqu’un puisse montrer, c’est de donner sa vie pour ses amis. 14 Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. 15 Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous appelle amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père.

C’est cette relation intime avec le Christ qui me vient à l’esprit quand je pense à Raymond. Pourquoi tant de monde l’aimaient ? Parce qu’il incarnait bien cette passion pour les humains qu’on connaît de Jésus à travers le témoignage de son disciple et ami Jean. Et les gens reconnaissaient dans ses paroles et ses actions l’amour de Dieu qui l’habitait. Un amour qui prend le parti des exclus, des démunis, des condamnés. Et ses prises de position étaient crédibles parce qu’il ne cherchait pas à protéger ses arrières comme font d’autres prêtres qui veulent garder le respect des bien-pensants et des autorités.

Les jours où je désespère de l’Église comme institution, je pense au grand écart que Raymond faisait  par rapport aux enseignements rigides du Magistère quand il prenait position sur l’avortement, l’homosexualité, les mariés-divorcés, le sacerdoce des femmes. Le  même grand écart que Jésus a pratiqué par rapport aux enseignements des Juifs pieux de son temps.

Cela ne l’empêchait pas d’aimer et de laisser l’impression aux gens qu’ils étaient aimés de lui. Voilà pourquoi je garderai de lui un souvenir inoubliable. Voilà pourquoi je l’appelle un ami. Que notre ami connaisse la joie de vivre avec le Père auquel il croyait profondément! L’amour, il n’y a que ça de vrai, ne l’oublions-nous pas trop souvent? Dieu soit béni d’avoir mis sur notre route un tel prêtre!
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Parabole du feu

Parabole du feu

C’est l’histoire d’un homme qui a découvert le feu. Il prend les outils nécessaires à sa fabrication et va vers le nord où vivent des tribus qui tremblent de froid. Il leur enseigne l’art et les avantages de la fabrication du feu et les gens s’y intéressent. Ils apprennent et bientôt les voilà qui cuisinent avec le feu, qui construisent avec le feu, etc. Mais avant qu’ils aient le temps de remercier leur bienfaiteur, celui-ci est reparti. Il ne voulait pas de remerciements, il voulait simplement que les gens bénéficient de sa découverte.

Il va aussitôt dans une autre tribu et essaie également d’intéresser les gens à sa trouvaille. Malheureusement, il y a un problème : les prêtres commencent à réaliser que cet homme est trop apprécié et que leur propre influence sur le peuple diminue d’autant. Ils décident donc de l’empoisonner. Comme la tribu suspecte que le crime a été commis par les prêtres, ceux-ci trouvent un moyen de regagner l’estime de tous : ils font faire un immense portrait de l’homme, le placent sur le principal autel du temple et imaginent une liturgie, un rituel, en son honneur. Dès lors, année après année, on vient rendre hommage au grand inventeur et aux instruments qui servent à faire le feu; le rituel est soigneusement observé… mais il n’y a pas de feu! Le feu a disparu. Il y a des rituels, des souvenirs, de la gratitude, de la vénération, oui certes… mais pas de feu. En assassinant l’inventeur du feu on a aussi perdu l’art de faire le feu hélas! (Anthony de Mello)

Cette parabole du feu nous rappelle la triste tentation des tenants des pouvoirs religieux de manipuler les croyants pour servir leurs intérêts ou encore servir leur quête de prestige et de pouvoir ou encore pour engraisser leur système. Cette tentation est vieille comme le monde : inventer des rituels afin de rendre l’expérience religieuse plus codée, plus mystérieuse. La religion doit toujours garder son aspect mystique car c’est là son unique utilité! Les systèmes religieux ont plusieurs travers et sont le nid de plusieurs intrigues et manipulations. Les systèmes religieux ont beaucoup d’inconvénients car ils sont l’outil de beaucoup de gens qui veulent s’en servir comme marchepied afin d’atteindre leurs objectifs. Toute la pratique prophétique du Christ à consister à démasquer leurs intrigues. Constatez comment dans les Évangiles ce sont les religieux qui font tout pour que soit crucifié le Christ et non le peuple, ni les Romains, ni les impérialistes du temps, ni les prostituées, ni les prêteurs sur gage des souks. «  La religion risque toujours de tomber dans ces travers mais elle est aussi là pour préserver l’élément mystique. » (1) Il faut distinguer le message et le porteur du message. S’il est vrai que le médium est le message comme disait l’autre, il peut arriver que le message soit écorché par les maladresses du médium. Comment faire alors que la religion ne vienne corrompre la vérité et le mystique si essentiels à l’humanité. Quand on a appris à faire la part des choses, à distinguer le médium du message, on en arrive à pardonner les maladresses des religieux pour en venir à apprécier le service du sens et de la foi qu’ils peuvent rendre. C’est alors que l’on arrive à l’ÉVEIL. L’éveil consiste donc à changer soi-même d’attitude devant les contrariétés de la vie ou les ambiguïtés des systèmes religieux par exemple. On peut devenir serein et heureux en dépit des événements à qui je refuse le pouvoir de me marquer de leurs empreintes. Quand je vis une contrariété, je réalise, par l’éveil de la conscience, que je me suis moi-même contrarié devant le comportement de l’autre. J’ai été programmé à réagir en me montrant contrarié devant les agissements des autres alors que je me contrarie moi-même. La sagesse consiste donc à ne pas être à la merci des gens, des événements et à ne pas s’autoriser à blâmer les autres mais plutôt à s’engager à remédier à ce qui ne va pas. Pourquoi permettre à l’autre de déterminer ce que je veux faire de ma vie. Nous sommes appelés à faire comme le Père céleste, tout amour et toute compassion, car le Père fait pleuvoir et faire briller son soleil aussi bien sur les bons comme sur les méchants. Si vous saluez seulement ceux qui vous saluent, que faites-vous donc d’extraordinaire? Vous êtes comme un robot au comportement mécanique. La sagesse et le bonheur ou la plénitude se trouvent dans la pratique du second amour, un amour qui s’est libéré de toutes attentes.

Pierre-Gervais Majeau, ptre-curé, diocèse de Joliette, QC.

1) Anthony de Mello, Redécouvrir la vie, Albin Michel, p. 61.

La Bonne Nouvelle et l’homosexualité

La Bonne Nouvelle et l’homosexualité

J’ai écrit cet article en janvier 2007 pour les Chroniques Bourgo, alors que j’avais déjà cheminé quelque temps dans le groupe d’échanges Tabor autour de la foi et l’homosexualité. Je le relis aujourd’hui sans modifier les lignes de fond de ma vision évangélique de l’homosexualité.

Nous sommes des êtres manquants appelés à l’amour

Béni soit Dieu qui a trouvé le chemin du cœur des femmes et des hommes qui l’accueillent! Car la foi est un don de Dieu, une grâce, disait-on en d’autres temps.

J’estime qu’à tous les humains, quelle que soit leur situation de vie, en particulier ceux qui ont une orientation homosexuelle, il est donné de connaître l’amour du Père, de connaître l’amour humain et de vivre ce dernier dans des relations ou une union correspondant à leur nature profonde. Dieu ne pourvoit-il pas toutes ses créatures, à plus forte raison ses enfants, de ce qu’il leur faut pour grandir et s’épanouir?

Celui ou celle qui est reconnu et se sait aimé de Dieu, lui fera confiance et répondra à son amour par la conversion, en quittant ses attitudes égoïstes, en montrant de la compassion pour les autres, en faisant ce qui est juste, en recherchant la paix et en espérant en Dieu contre toute espérance.

Une Bonne Nouvelle qui interpelle sans considération de sexe ou d’orientation sexuelle.

Quelle importance Jésus a-t-il accordé au sexe et à l’orientation sexuelle des personnes? On sait qu’il a pris la défense d’une femme contre des hommes qui s’en sont servi afin de le piéger sur son enseignement. On se souvient aussi qu’il a abordé en public une étrangère et lui a parlé même si cela allait à l’encontre des coutumes de l’époque. Quant au célibat, il a déclaré que certains se faisaient eunuques pour le Royaume, sans toutefois en faire une obligation.

Par ailleurs, les évangiles restent discrets sur les préférences de Jésus dans le choix de ses disciples, sinon que, comme les sages qui faisaient école, il était plutôt entouré d’hommes – qui à l’évidence n’ont pas à s’occuper d’enfants. On sait que des femmes émancipées faisaient aussi partie de son groupe rapproché de disciples.

Je ne connais pas la moindre allusion dans les évangiles au fait que des hommes ou des femmes aient pu être identifiés comme homosexuels.

Jésus a accepté à sa suite autant des disciples mariés que des célibataires. Ce qui lui importait avant tout chez ses disciples, c’était le désir de connaître Dieu, la soif de bonheur, la recherche d’un sens à la vie, le choix libre de tout laisser pour le suivre et de donner sa vie pour l’avancement du Royaume.

Toutes et tous appelés à conjuguer érotisme et amour.

Le plaisir fait partie de la vie; il est l’indice qu’un besoin fondamental est satisfait. L’attirance sexuelle est l’une des avenues importantes vers la rencontre entre deux personnes, qui peuvent ensuite construire une relation où chacun est connu, apprécié pour ce qu’il est, se découvre aimé de façon inconditionnelle, stimulé à donner le meilleur de lui-même.

Malheureusement, il a existé une tendance profondément ancrée chez plusieurs à considérer mauvaise ou dangereuse la sexualité et à croire que les actes sexuels sont d’abord et surtout motivés par un plaisir égoïste et conduisent à la domination de l’autre.

L’homosexualité fait encore plus peur puisque la science ne nous a pas encore fourni d’explication satisfaisante sur ses causes. Cependant, il nous apparaît de plus en plus que les personnes homosexuelles naissent avec cette orientation à divers degrés. Elle existe bel et bien dans la nature et chez les humains et il me semble non seulement inutile, mais néfaste de la qualifier d’anormalité, voire de perversion.

Est-ce que la peur de l’homosexualité ou l’homophobie, ne révèle pas la peur de la dimension obscure de notre propre sexualité, soit personnelle, soit sociale? Et ceux qui nient que l’homosexualité fait partie de la nature humaine, ne mènent-ils pas un combat dont les motivations seraient bien plus personnelles qu’intellectuelles ou spirituelles?

Dans l’Église, il est temps de nous ouvrir à la vie affective et spirituelle des homosexuels autant qu’à leurs souffrances et limites, de les voir avec un regard neuf pour les accueillir tels qu’ils sont et les appeler à collaborer au Royaume de Dieu. Ce faisant, comme Jésus, nous annoncerons une bonne nouvelle aux pauvres, nous laisserons Dieu ouvrir nos yeux d’aveugles, nous permettrons à l’Esprit de Dieu de nous libérer.

Une juste place pour le célibat et la continence sexuelle

La condition homosexuelle interpelle dans l’Église ceux qui enseignent que les homosexuels, pour aimer, doivent pratiquer la continence et vivre en célibataires, se priver de l’intimité et de la chaleur du corps d’autrui, de la tendresse d’un cœur attentif à l’autre, du regard de Jésus qui élève l’autre au rang de fils et de fille de Dieu.

Pour tous les humains, il est préférable que le célibat et la continence soient choisis et vécus dans l’amour. Imposés comme condition pour accéder au Royaume, ils ne peuvent que diminuer une personne, voire se transformer en puissance de domination, en haine de soi et des autres.

L’appel à la continence pour les homosexuels ne devrait pas être différent que celui qui est demandé aux couples hétérosexuels. Chaque relation de couple se bâtit sur l’amour et la place tenue par les actes sexuels dépend des besoins individuels selon un rythme où l’on tient compte du désir sexuel à construire entre deux personnes et de leurs nombreux autres besoins, activités et engagements.

Un regard chrétien sur les homosexuels

Certains catholiques considèrent encore les homosexuels comme des anormaux, des pervertis ou des provocateurs, parce qu’ils vivent et expriment leur sexualité d’une manière différente de la majorité.

La souffrance qui résulte de la méconnaissance, du mépris et du rejet qui en résulte, rapproche les personnes homosexuelles de Jésus qui a connu l’opposition et la haine de ceux que dérangeait son message radical de l’amour de Dieu adressé à tous les humains et en particulier aux petits et aux exclus.

On ne comprend la conduite de Jésus, parfois contraire aux coutumes ou libre face aux lois, que si l’on reconnaît que sa seule et unique référence était la volonté du Père et qu’il jugeait de tout à cette aune.

Chez les Juifs, se marier et avoir des enfants était perçu comme une bénédiction divine. Jésus, en choisissant de rester célibataire et de ne pas fonder une famille, s’est démarqué de la culture dominante de son peuple. Il a demandé à ses disciples de rechercher d’abord le Royaume et sa justice, disant que le reste – entendons les choses ordinaires de la vie – leur serait donné par surcroît.

Demandons-nous si la volonté du Père est que des personnes observent la continence sexuelle, ou bien qu’elles recherchent et s’efforcent de vivre un amour vrai? Demandons-nous si le Royaume se trouve du côté des victimes de l’homophobie ou du côté des bien-pensants, forts de leur statut dans l’Église et de leurs connaissances scientifiques supposément infaillibles?

Homosexualité et fécondité

Mettre au monde des enfants est l’une des voies pour vivre la fécondité. C’est la première raison d’être de la sexualité. Toutefois, parce qu’on est humain, et non animal, la sexualité comporte une autre dimension, aussi fondamentale, c’est le fait que les humains sont des êtres de relations. En cela, ils sont semblables au Créateur autant que par la fécondité sexuelle.

Le travail, l’engagement communautaire, l’accueil des pauvres et des malades, le soutien mutuel dans la vie de couple et entre amis, la pastorale, le souci de la planète, l’adoption, la création artistique, la recherche scientifique, constituent autant de voies pour créer, donner et servir ses semblables. Être fécond dans le don de soi à l’autre, c’est aussi tout cela. Mais personne ne réalisera dans sa vie toutes ces manières de créer et de donner la vie.

Les homosexuels qui ont choisi de vivre en couple peuvent se soutenir, s’entraider, s’encourager dans la réalisation de projets communs ou du projet de l’un ou l’autre conjoint. Par leur amour, leur attachement et leur engagement dans une cellule familiale, un groupe d’amis ou d’autres communautés, ils apporteront leur contribution à la société où l’être humain sera respecté et reconnu dans son intégralité.

Je remercie les membres du groupe Tabor (Joliette) qui m’ont accueilli comme le seul «straight» du groupe – en plus du P. Guylain Prince OFM, avec qui j’ai fondé ce groupe autour de l’année 2005, à la suite d’une demande de notre frère  évêque Gilles Lussieer.