Résurrection: pour quel corps?

Résurrection: pour quel corps?

résurrection

 

La Résurrection ou La Descente aux enfers de Jésus Christ (Anastasis – Η Ανάστασις)

Icônes-grecques

 

 

Comme chrétiens, nous devons toujours être prêts à rendre compte de notre espérance. Nous devons le faire en termes audibles pour les gens d’ici et de maintenant. De plus, pour être fidèles au message révélé, nous devons nous libérer d’une conception dualiste de l’homme vu comme un composé d’une âme et d’un corps, conception plutôt tributaire de la pensée grecque et occidentale globalement. Il est urgent aussi de nous libérer d’une conception matérialisante de la résurrection. Ressusciter ce n’est pas redevenir comme avant mais c’est continuer comme après. Nous allons tenter d’apporter en 15 points la pensée lumineuse du théologien François Varone au sujet de la résurrection à l’aide de son livre CE DIEU JUGE QUI NOUS ATTEND. (Cerf, 1993).

1) Si nous considérons l’être humain comme un être composé d’un corps et d’une âme, la mort devient donc la destruction de l’union du corps et de l ’âme. Selon cette conception de l’être humain, le salut après la mort est le propre de l’âme jugée et acceptée dans la vision béatifique et l’autre partie de l’être humain est en attente de la résurrection finale vue comme la restauration du corps physique. Cette conception de la résurrection est absente dans le Nouveau Testament.

2) Il est plus heureux de considérer l’être humain comme composé de l’Âme et de la Matière qui ensemble constituent le corps de l’homme. L’Âme fait donc partie du corps dont elle est la structure intérieure et informatrice.

3) L’Âme ne préexiste donc pas au corps venant à lui comme d’un dépôt divin. Elle ne vient pas au corps pour être soit punie, soit mise à l’épreuve dans le corps en vue de mériter un salut. Cette vision des choses ouvre la porte à l’hypothèse de la réincarnation, hypothèse aux antipodes de la foi chrétienne.

4) L’être humain, c’est son corps, matière structurée et informée par l’âme. À la mort, le corps est privé de son Moi intérieur (Âme) et il redevient simple matière. L’état de presque néant où se trouve le Moi, par le fait de la mort, constitue une contradiction métaphysique qui en appelle à un état ultérieur, à une solution de cette contradiction. Le Moi (l’âme, le principe informant et structurant) ne saurait rester dans cet état intermédiaire qui tient à la fois de l’existence et de la non-existence.

5) La mort est la fin du corps par rupture de la composition Moi et Matière. La Matière n’étant plus structurée par le Moi, va vers son propre chemin de désorganisation. Le Moi, dans la mesure où il transcende la matière, survit à la rupture de la mort. Mais dans la mesure où n’étant pas et n’ayant jamais été un pur esprit, le moi ne peut exister activement qu’à travers la matière qu’il structure, la mort l’enferme totalement sur lui-même.

6) La mort n’ouvre au Moi ni le néant ni la libération mais une sorte d’état de coma métaphysique, en soi irréversible.

7) Le Moi (siège de la conscience ou de l’âme) est spirituel, donc immortel, il perdure comme Moi unique où culmine l’évolution et tel qu’il est modelé par son histoire mais il est privé du corps dont il était l’intériorité structurante et par lequel il était en relation avec le monde, il est comme non-existant, il dort… Voilà jusqu’où peut aller la réflexion philosophique sur la mort et ses suites. Laissons donc la parole à la Révélation maintenant.

8) Dieu, perçu comme Englobance ou Providence , ne peut laisser dans cet état l’homme, cet existant ne-presque-plus exister (coma), à cause de sa fidélité bienveillante. Il se fait le PASSEUR vers l’au-delà des Moi réveillés, libérés de leur enfermement, de leur coma irréversible, de leur condition de non-existence.

9) La Révélation viendra nous apprendre que la résurrection, c’est la victoire sur la mort grâce à la Puissance de Dieu, c’est l’accès à la réalisation parfaite du désir humain de plénitude, puisque le Christ, l’Homme nouveau, y devient parfait et Seigneur et, par le fait même, il devient l’ainé d’une multitude de transformés, de ressuscités. Le désir du fils d’homme de devenir fils de Dieu y est pleinement réalisé.

10) Dieu n’est pas le Dieu des morts mais bien le Dieu des vivants : pour Lui tous les morts sont des vivants. Entre le monde de la mort et celui de la résurrection, la CONTINUITÉ est d’ordre personnel et existentiel entre le corps psychique ou terrestre et corruptible et le corps spirituel ou incorruptible.

11) Mais il y a rupture ou DISCONTINUITÉ matérielle entre ces deux corps (1 Co 15,35-58). Pour exprimer le contenu de la résurrection, l’apôtre Paul utilise le terme de CORPS SPIRITUEL. Le corps devient donc en ce cas pour Paul synonyme de PERSONNE. Pour Paul, la résurrection est donc la transformation spirituelle de la personne.

12) Par la résurrection, le corps spirituel – la personne (comme lieu de relation et de passion) devient un Moi divinisé, établi dans la proximité de Dieu, pleinement identifié à l’Image de Dieu, le Christ, dans l’acquisition de la filiation divine (1 Co 15,28). Dans l’événement de la résurrection il y a donc une transformation, passage d’une forme à une forme, mutation spirituelle, identification à l’Image parfaite qu’est le Christ (2 Co 3,18).

13) S’il y a dans l’événement de la résurrection, désenfermement, relèvement ou réveil, par la fidélité de Dieu – Englobance créatrice, cela ne se fera pas par RECONSTITUTION de la dimension matérielle du Moi, car l’évolution ne connait pas de retour en arrière et la Révélation nous parle de destruction de la matière (1Co 6,13). Cela se fera par accueil du Moi dans sa nouvelle structure pleinement spiritualisée qui le libérera de son coma et le remettra en relation, dans une existence nouvelle. Tout comme le Père a établi Jésus Fils de Dieu en puissance par la Résurrection, il nous établira pareillement dans la même dignité et dans la même gloire. Le Moi, enfermé dans le coma de la mort, reçoit donc de la fidélité paternelle de Dieu, un lieu métaphysique, une relation où il retrouve pleinement son altérité personnelle.

14) Les textes du Nouveau Testament savent très bien que la résurrection implique, comme face négative, la destruction de la dimension matérielle organique, propre aux corps de ce monde-ci (1Co 6,13) et comme face positive, la construction d’un corps spirituel (ou transformation spirituelle de la personne) qui ne sera pas l’œuvre des hommes (2 Co 5,1). Ces textes parlent de la résurrection comme l’action de la puissance de Dieu, l’Esprit-Saint, qui recrée le monde depuis l’événement de la Pâque du Christ. Les récits des apparitions du Ressuscité ne sauraient justifier une conception matérialisante de la résurrection, ces récits ne répondent qu’à des objectifs catéchétiques sur la réalité de la résurrection.

15) La résurrection, amorcée dans les eaux baptismales, se réalisera d’une façon particulière pour chacune des personnes. La résurrection du dernier jour nous rappelle qu’après les résurrections individuelles, l’histoire continue, le ressuscité s’en étant dégagé. Mais il reste lié à ses solidarités humaines. Au sein de l’humanité, tant que Dieu ne sera pas tout en tous, il y aura le temps de la patience qui perdurera jusqu’à ce que se réalise le temps de l’accomplissement où le Christ sera établi comme Seigneur sur toutes choses. Alors le Christ remettra au Père ce Royaume, recréation du monde. Alors, le Moi , la personne, ayant produit dans son histoire des œuvres d’or et de diamant, des œuvres en pierres précieuses (1 Co 3,12), donc des œuvres d’humanisation, passera dans la gloire chargé de toutes ses œuvres et le Moi qui aura produit des œuvres de paille, de foin et de bois par une existence égarée et déshumanisante, passera au feu de la destruction, de la distinction des éléments, et ce feu brûlera ces œuvres de paille mais le Moi sera sauvé par pure grâce (1Co 3,12-15) sans rien pouvoir garder de ses œuvres.

Une telle vision de ce grand mystère central de notre foi qu’est la résurrection vient nous libérer de toutes tentatives de réduction et de chosification des réalités de la foi et vient surtout nous libérer de beaucoup de malcroyances naïves. Cette vision du grand mystère de la résurrection apporte une vision, une théologie de l’Histoire où chacun de nous constitue un élément essentiel et nécessaire à la gloire de Dieu. Tout en étant respectueux des restes humains (cendres et ossements), nous savons dans la foi, que notre avenir tient davantage d’un désir de Dieu de nous recréer par une transformation spirituelle de notre personne que par la réanimation de nos restes organiques. Décidément, il est grand le mystère de notre foi!

-Pierre-Gervais Majeau, ptre-curé, Diocèse de Joliette, QC.

 

Une réflexion au sujet de « Résurrection: pour quel corps? »

  1. Le texte de Pierre-Gervais Majeau, ptre. constitue un équilibre entre les données exégétiques d’André Myre et d’Odette Mainville sur l’immatérialité de la résurrection (Jésus est-il ressuscité? Et nous?, Montréal, Fides, 2011) et l’expérience spirituelle de la résurrection selon le théologien François Varone. Car on pénètre un questionnement douloureux stigmatisé par l’aphorisme de Saint Paul: « Si Christ n’est pas ressuscité, vaine est ma foi. » Au-delà du pari de Blaise Pascal, cette foi en la résurrection (mais de quelle résurrection s’agit-il au juste?), il y a une tension fort palpable nommée espérance. Le christianisme est essentiellement orientée par une espérance que la résurrection est ultimement une expérience spirituelle qui révolutionne nos catégories de penser, nos conceptions de l’être-en-soi, de nos illusions de se reporter dans un futur aux configurations inédites. Nous tenons tellement à notre moi que nous l’envisageons quelque peu amélioré dans un au-delà construit par l’imaginaire qui ne connaît pas de limite. Plus loin que ces fantasmes primaires, il nous faut, en tant que chrétiennes et chrétiens faire encore et toujours « l’expérience inattendue et bouleversante que Jésus est toujours vivant », et ce, éloigné d’une référence à la résurrection physique et matérielle. Cela me rappelle l’expérience spirituelle de Paul lors de son entrée à Damas. Pas une rencontre physique et palpable, même pas une vision car la lumière le rend aveugle, mais une expérience intérieure dense et intense qui ébranle Paul tant au plan de sa foi juive (il est pharisien, et c’est peu dire), de sa compréhension intellectuelle (il ne sait plus quoi penser), de sa saisie au plan du cœur (que lui arrive-t-il exactement? Est-il en train de chavirer dans la folie?), et son âme enivrée d’une telle expérience n’arrive pas à discerner ce qui lui arrive. Deux ans en Arabie pour réfléchir, se questionner, méditer jusqu’au moment où Barnabé ira le chercher lui faisant comprendre bien humainement qu’il a désormais une mission: Annoncer le Vivant auprès de peuples non-juifs partout dans l’Empire. Ayant lu un roman russe, traduit en français à l’âge de 18 ans, et intitulé La Vie est belle pour les ressuscité-e-s, je me suis détaché des enseignements catéchistiques de l’époque de mon enfance pour, dans la foi d’adulte, saisir partiellement, en levant le voile sur une expérience inqualifiable, inédite qui transcende l’humain, celle de la conversion profonde et intérieure qui redonne vie, la rendant si féconde qu’elle ne peut pas avoir comme seul auteur mon petit moi enfermé dans l’espace-temps de mon existence. Yvon R. Théroux

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