Qui sont les Charlie?

Qui sont les Charlie?

Les actes terroristes, haineux, vengeurs, habillés de fanatisme, que je qualifie de FOLIE, nous obligent à la réflexion. Chacun de nous réfléchit et se questionne en fonction des valeurs qui le guident. Ce qui m’intéresse, c’est de nommer et d’expliquer celles auxquelles j’adhère.

Parlons de la liberté. Oui, nous avons la liberté de pensée et d’expression, et quelques autres encore. La liberté de conscience et de pensée de tout être humain est reconnue dans nos sociétés occidentales, mais elle ne l’est pas dans toutes les sociétés. Je dirais qu’elle vaut le prix qu’on est prêt à payer pour la conserver, ce qui peut aller jusqu’à perdre la vie. Ce prix varie selon les sociétés où l’on vit, car la vie ne vaut pas partout pareil. Les Charlie descendus dans la rue ces jours-ci ne sont pas tous prêts à payer le même prix pour jouir de leurs libertés. On peut bien dire que la liberté de pensée et de conscience est un absolu, mais dans son exercice elle est conditionnée et limitée. Parce que nous vivons en société, je fais attention comment je l’exerce.

À la liberté de pensée se greffe la liberté d’expression.  Tous ne peuvent exercer la liberté d’expression au même degré; certains disposent de plus de moyens que d’autres. Tous les Charlie ne possèdent pas la même facilité de concevoir, de critiquer, d’écrire, de parler, de dessiner; tous n’ont pas gagné la même audience. Mais si l’on n’a aucun de ces moyens, il reste la violence des poings et des armes.

Que penser maintenant de la liberté des personnes qui sont au chômage et peinent à survivre? Dans le beau pays du Québec, on a l’ouvrier de 55 ans qui a travaillé une grande partie de sa vie dans une manufacture et qui, à cause de la fermeture de son usine – mondialisation et rationalisation obligent -, se retrouve au chômage; on a l’immigrant qui arrive avec un diplôme de son pays d’origine non reconnu ici, dépouillé dans son estime personnelle et déçu dans ses espoirs; on a la mère monoparentale, seule à gagner la vie de ses 2 enfants, chanceuse si elle conserve son emploi, obligée à de nombreuses restrictions. De quelle liberté jouissent ces personnes? Croyez-vous vraiment qu’elles ont le luxe de se voir en Charlie?

Que penser des actes de folie meurtrière arrivés à Paris? Bien que ma connaissance de la vie en France soit limitée, mon opinion est que les chances qu’ils se produisent dans une société augmentent avec le nombre de jeunes désœuvrés, désespérés ou désorientés. Il faut se demander si les conditions de vie de ces jeunes Français ne seraient pas une cause importante dans ces lâches assassinats.

Jusqu’ici, je n’ai pas parlé de religion, en particulier d’Islam. Quand on est jeune et sans même une perspective d’emploi, la rancœur et le désespoir s’installent et on cherche les causes. Il est facile de blâmer et de s’en prendre à ceux qui ont les connaissances, l’argent, le pouvoir, les moyens de vivre décemment et plus. Il se trouve que ces jeunes ont trouvé dans un certain Islam, dans ses textes et ses formules simples, une justification pour déchaîner leur colère. Ils ont trouvé dans certains cas une communauté d’appartenance, réelle ou virtuelle, partageant les mêmes sentiments. Ces meurtriers fraîchement convertis, je doute  qu’ils soient de vrais musulmans et je pense qu’ils servent d’autres causes. Ça me fait penser aux Croisés européens des années 1100, qui portaient la croix comme étendard, mais n’avaient de chrétien et d’évangélique que le nom: ils se battaient plutôt pour des raisons géo-politiques, dirions-nous aujourd’hui.

Les vrais Charlie sont celles et ceux qui vont s’engager à partir de demain dans la lutte à l’ignorance, à la discrimination et aux préjugés de toutes sortes. Et l’un des préjugés les plus tenaces est que l’immigrant est un voleur de jobs. Oui, du moment que notre gouvernement a accepté d’accueillir en sol québécois des victimes de la guerre ou de la famine, il a le devoir, non, NOUS AVONS la responsabilité de partager avec les immigrants le travail et l’espace; plus que ça, nous avons la responsabilité d’agir en sorte qu’ils se sentent acceptés, de les aider à acquérir les moyens de vivre décemment pour éventuellement exercer les mêmes libertés que nous.

N’avons-nous pas été un jour ces étrangers en quête d’une nouvelle terre, en quête d’un emploi, à la recherche d’une meilleure vie pour nos enfants?

Face à ces événements, en tant que un chrétien je cherche à débusquer les préjugés accusateurs, à mieux connaître les motifs profonds de telles actions, à discerner si les conditions de vie ici au Québec en favorisent de semblables, à promouvoir le dialogue entre communautés.

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Une réflexion au sujet de « Qui sont les Charlie? »

  1. Mgr Rey : « Je suis chrétien »

    Extrait de son sermon à la cathédrale de Toulon, le 11 janvier :

    « En même temps qu’on doit dénoncer le fanatisme religieux, notre société doit s’interroger sur l’enchaînement des violences qui la traversent. Car il est des violences verbales, morales, intellectuelles, artistiques… qui en appellent d’autres. Quand on représente Mahomet sous la forme d’une crotte enturbannée, Benoît XVI en train de sodomiser des enfants, la Vierge Marie les jambes écartées de façon suggestive ; quand on s’adonne à la provocation, à l’obscénité sur ce qui touche la conscience la plus intime, celle de la foi, du sacré, de la symbolique religieuse… Ce nouvel iconoclasme engendre inévitablement par ricochet, et bien sûr, sans jamais les justifier, la revanche, la vengeance, d’autres violences encore plus insoutenables dans un engrenage quasi mécanique, et dont l’actualité nous offre l’horrible spectacle. La sacralisation de la dérision et de l’injure ne peut produire en retour que de la haine.

    Dans la prise de conscience nationale que nous devons faire tous ensemble, rien ne peut, rien ne doit justifier la violence d’où qu’elle vienne, quelle qu’elle soit ; que ce soit la violence de ceux qui, par la force, veulent imposer leur foi, ou la violence de ceux qui, par le mépris, injurient celle des autres. Mais il faut extirper les causes de ces violences si l’on veut pour l’avenir s’épargner le chaos.

    A un journaliste qui m’interrogeait avant-hier « Monseigneur, êtes-vous Charlie ? », J’ai répondu : « laissez-moi d’abord être moi-même, c’est-à-dire chrétien ». Le chrétien n’a pas d’autre point de référence ultime, de ralliement possible, d’identification que Jésus lui-même ».

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