Quelle Église pour demain?

La mort de l’abbé Raymond Gravel et la récente rencontre d’Henri Boulad (par la lecture de son récent ouvrage LA FOI ET LE SENS) me donnent à penser sur l’Église qui vient. Tout le monde a fait la louange de Raymond. Pour moi, il était une de ces  personnes qui vous marquent par leur authenticité. Je l’ai côtoyé au Forum André-Naud, un groupe voué à la liberté de pensée et de parole dans l’Église catholique. Lui et 18 autres prêtres avaient signé une lettre le 6 février 2006 adressée aux évêques québécois dans laquelle ils exprimaient leur perplexité et leur désaccord devant deux interventions ecclésiales, l’une sur le mariage civil des personnes de même sexe, l’autre sur l’accès à la prêtrise des personnes d’orientation homosexuelle. Par cette prise de position, Raymond prenait le parti des personnes homosexuelles exclues du mariage et du sacerdoce par l’enseignement du Magistère. Son parti pris pour les marginaux et les exclus m’interpellait parce que Jésus de Nazareth lui-même a appelé à une vie nouvelle toutes sortes de marginaux et d’exclus de la société par la religion juive. Les proches disciples de Jésus eux-mêmes devaient, s’ils voulaient se mettre à sa suite, devenir des marginaux et des exclus. Cela m’a conduit à réfléchir sur l’Église d’ici en tant que communauté de croyants et de disciples de Jésus.

Les paroissiens de Sainte-Famille et de la communauté de Saint-Paul, s’ils veulent que leur Église connaisse un DEMAIN, doivent s’inspirer de Raymond et des premiers chrétiens et affirmer avec courage leur foi. Leur conviction s’appuyait sur la promesse de Jésus de les accompagner pour toujours. Je pense à un événement récent qui aurait dû faire sursauter un grand nombre de ceux et celles que je vois à la célébration dominicale. Le Comptoir vestimentaire, une œuvre pour aider les pauvres inspirée des Sœurs de la Providence et établie dans la communauté depuis une vingtaine d’années, a perdu son local dans le sous-sol du vieux couvent parce que ce dernier va devenir une résidence pour aînés. À la recherche d’un local, la responsable pense immédiatement au presbytère où ne demeure plus aucun prêtre. Mais le Conseil de la Fabrique (qui gère les immeubles de la paroisse) fait d’autres plans pour rentabiliser le bâtiment et la responsable du Comptoir essuie un refus net malgré l’offre d’un loyer payé à même les revenus du Comptoir et équivalant presque au loyer payé par les deux derniers prêtres qui l’habitaient. Des lettres avaient été envoyées au Conseil, des voix s’y sont fait entendre, mais une majorité a préféré rentabiliser le bâtiment plutôt que d’aider les pauvres.  

Dépourvue de leadership pastoral pendant toute une année, la communauté de Saint-Paul est restée les bras croisés et incapable de manifester sa foi en Jésus et en son option préférentielle pour les pauvres. Pour mesurer la profondeur de cette option chez lui, il faut relire la parabole du Jugement dernier dans Matthieu 25. Quand tu es véritablement un disciple de Jésus, impossible d’ignorer cet enseignement et de passer à côté. Si notre communauté ne change pas son erre d’aller, elle n’a tout simplement pas de DEMAIN, parce que tu n’attires personne et tu n’engendres plus à la foi, chrétienne, et surtout pas des jeunes adultes, quand tu ne vis pas ce que tu affirmes dans ton acte de foi.  

L’aide aux pauvres, il est tout probable que désormais elle se fasse en dehors du cadre religieux. L’Église, telle que nous l’avons connue, engagée au service des pauvres, va continuer de s’éclipser. La lampe qu’elle portait au lieu d’éclairer le monde se retrouve cachée. Le pain devenu Corps du Christ et distribué à la messe symbolisera de moins en moins le partage fraternel. Comment nos jeunes adultes pourront-ils comprendre le rapport entre nos messes et l’action de salut annoncée par l’Évangile?

Dans le petit livre d’Henri Boulad, La foi et le sens, à la page 77, je lis ceci:

Si nous prenions notre  foi au sérieux, nous pourrions changer la face du Canada. Encore faut-il que nous sortions de nos salons, que nous nous arrachions à notre confort, que nous dépassions nos peurs. Il n’est pas interdit de faire de temps en temps une partie de bridge ou de scrabble, mais il y a d’autres urgences!
On peut diviser les gens en deux catégories: les spectateurs et les acteurs – ceux qui contemplent le monde et ceux qui le transforment. Ceux qui sont suspendus à l’actualité et ceux qui la façonnent. Vous connaissez ma devise: changer le monde. Si nous nous y mettions tous, nous y arriverions. Quand chacun se dira qu’il est responsable de l’avenir du Québec, eh bien, le Québec changera.

Ne pourrait-on dire la même chose de notre Église et de nos communautés? De quoi sera fait demain si nous prenons pas la peine de rendre la vie moins dure à nos pauvres? Je ne blâme personne,  je me demande seulement pourquoi ils sont si peu nombreux les catholiques de Saint-Paul à prendre le parti de ceux qui ont faim, qui sont mal habillés, qui ont froid l’hiver, qui partent pour l’école le matin sans avoir pris un déjeuner substantiel? Quelques personnes de la communauté se lèveront-elles pour faire comme Raymond, pour être lumière du monde et sel de la terre?

J’apprécierais énormément recevoir des commentaires et la permission de les publier.

5 réflexions au sujet de « Quelle Église pour demain? »

  1. Ce texte me touche énormément, Monsieur Bourgault, parce qu’il évoque un paradoxe du genre de celui qui m’avait fait abandonner l’Église alors que j’avais quatorze ans. Ce paradoxe est très bien rendu dans le proverbe populaire : « Faite ce que je dis, pas ce que je fais ! »
    Pour illustrer mon propos, je vous propose une histoire (Luc 10.25-37 )  :

    25 ¶ Et voici qu’un légiste se leva, et lui dit pour l’éprouver: Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?
    26 Il lui dit: Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Comment lis-tu ?
    27 Celui-ci répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit; et ton prochain comme toi-même. –
    28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus; fais cela et tu vivras.
    29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus: Et qui est mon prochain ?
    30 Jésus reprit: Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à demi mort.
    31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là; il le vit et passa outre.
    32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre.
    33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié.
    34 Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui.
    35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, en disant: Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour.
    36 Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ?
    37 Il dit: Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. Et Jésus lui dit: Va, et toi aussi, fais de même.

    Vous reconnaissez sûrement la parabole du « Bon Samaritain » ! Évidemment, dans la parabole, Jésus n’a pas évoqué directement les motivations du prêtre ni celles du lévite, mais on peut les imaginer aisément :
    – Oups ! Le coin est dangereux, je ferais bien de ne pas m’attarder; le gars par terre là, il est probablement mort. Je n’ai rien à faire ici.
    – Qu’est ce que cet homme fait à terre; il ne bouge pas, il doit être mort… je ne peux risquer de devenir « impur » en touchant un mort, je ne pourrai pas me rendre au temple pour faire mon service !

    Transposons maintenant, la leçon de la parabole dans notre histoire de vestiaire. On peut aisément comprendre que le conseil de la Fabrique n’est pas composé de gens méchants. Au contraire, ils veulent que l’Église, leur Église survive et pour survivre, elle a besoin d’argent, de rentabiliser ses opérations; pas d’argent, pas d’Église, pas besoin de réfléchir plus longtemps, selon une certaine vision prétendument pragmatique !

    J’inviterais cependant les administrateurs de la Fabrique à relire le verset 27 et à réfléchir au fait que le prêtre, comme le lévite de la parabole avait probablement de « bonnes raisons » de passer leur chemin, mais le verset 27 réduit leurs « bonnes raisons » à des arguments creux et égoïstes. À quoi sert l’Église si elle abandonne les exclus ?

  2. Pourquoi sont-ils si peu nombreux à prendre parti pour les pauvres ? Par indifférence sûrement mais aussi par ignorance. Dans nos paroisses, comme tu disais, il n’y a plus de leadership pastoral, ni de lieux où partager l’information : les églises sont vides et, de plus, les fidèles n’ont plus le sentiment d’appartenance à une paroisse spécifique. Ils choisissent l’heure et l’endroit de la célébration dominicale selon les activités prévues lors de leur fin de semaine.
    Plusieurs n’utilisent pas Internet, ni ne lisent les hebdos régionaux. Pour les éveiller à des problèmes particuliers, faudrait-il faire du porte-à-porte ciblé, aller rencontrer les gens chez Tim Hortons ou encore solliciter quelques minutes d’entretien lors de la réunion de l’âge d’or ou de la chorale ou aux quilles ? Pourquoi pas ?
    Le rituel de la messe et des sacrements n’attire plus et la Parole n’est plus entendue. Reste, joli reste, l’engagement au service des autres, des exclus en priorité. Merveilleux reste puisque c’est ainsi qu’on met nos pas dans le Christ.

    Revenons à la question initiale : de quoi sera fait demain ?
    Je ne sais vraiment pas mais dès aujourd’hui, je mise sur la créativité dans l’engagement et sur l’espérance.

    1. Il faudra sans doute revenir aux temps évangéliques où on se réunissait en petits groupes, probablement des familles. Il y a 8 ans, Guylain Prince et moi avons mis sur pied un groupe particulier pour personnes homosexuelles. Des hommes surtout ont répondu à l’appel, et quelques femmes occasionnellement. Un noyau de 6 ou 7 fidèles et quelques autres qui viennent se ressourcer à tous les mois et fraterniser de temps en temps autour d’un goûter et de la Parole de Dieu. Ce qui me motive dans ce groupe, c’est l’espérance de rencontrer Dieu dans chacune des autres personnes. Viendra un temps, je crois, où d’autres personnes, indépendamment de l’orientation sexuelle, s’adjoindront au groupe pour cette Rencontre.

  3. Deux raisons de se « vanter » pour le chrétien
    Homélie du 4 septembre 2014

    Anne Kurian

    ROME, 4 septembre 2014 (Zenit.org) – « Le chrétien peut se vanter de deux choses : de ses péchés et du Christ crucifié », déclare le pape François lors de la messe de ce jeudi matin, 4 septembre 2014, à Sainte-Marthe : le « lieu privilégié de rencontre avec Jésus Christ » est en effet pour l’homme « ses propres péchés ».

    Le pape a commenté la première lecture, où saint Paul conseille de « devenir fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » (1 Co 3, 18-23).

    « La force de la Parole de Dieu, qui change le cœur, qui change le monde, qui donne l’espérance, qui donne la vie, ne réside pas dans la sagesse humaine : elle ne consiste pas à bien parler et bien dire les choses avec intelligence humaine ni à mettre sa sécurité dans la sagesse du monde. Cela c’est la sottise », a expliqué le pape.

    La force de la Parole de Dieu « passe par le cœur de celui qui la transmet » : elle réside « dans la rencontre entre ses péchés et le sang du Christ, qui sauve ». Comme Pierre qui voit son propre péché en rencontrant Jésus dans l’Évangile : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » (Mt 4,19)

    « La force de la vie chrétienne et la force de la Parole de Dieu résident dans ce moment où le pécheur rencontre Jésus et cette rencontre change sa vie… et il trouve la force d’annoncer le salut aux autres ».

    « Le lieu privilégié de rencontre avec Jésus Christ ce sont ses propres péchés… S’il n’y a pas cette rencontre, il n’y a pas de force dans le cœur ». Le chrétien devient alors « mondain, voulant parler des choses de Dieu avec le langage humain et cela ne sert à rien : cela ne donne pas la vie ».

    C’est pourquoi l’apôtre Paul souligne deux raisons de s’enorgueillir, même si « cela scandalise » : « ses péchés » et « le crucifié ». De même, « le chrétien peut se vanter de deux choses : de ses péchés et du Christ crucifié ».

    « Si un chrétien n’est pas capable de se sentir pécheur et sauvé par le sang du Christ, c’est un chrétien à mi-chemin, c’est un chrétien tiède. Et quand nous trouvons des Églises « en ruine », des paroisses « en ruine », des institutions « en ruine », les chrétiens qui y sont n’ont sûrement pas rencontré Jésus Christ ou ont oublié leur rencontre avec lui. »

    Pour conclure, le pape a invité à un examen de conscience : « Suis-je capable de dire au Seigneur : « Je suis pécheur », en confessant mon péché concret ? Suis-je capable de croire qu’avec avec Son Sang, il m’a sauvé du péché et m’a donné une vie nouvelle ? »

  4. Michel,
    Tes propos sont bien ajustés à la réalité de Communautés chrétiennes qui en ont que le nom. Car œuvrer pour les marginaux, les laissés-pour-compte, les défavorisés, les pauvres relève d’une prise de conscience aiguë personnelle et communautaire sous la mouvance de l’Esprit. J’en suis à penser qu’il y aura un demain SEULEMENT pour des communautés qui se prendront en main sans rien attendre des instances structurelles en place, ni patienter pour des réponses aux attentes légitimes qui ne viendront jamais! FAIRE EUCHARISTIE ne correspond en rien à s’assurer un salut, répondre à une obligation rituelle, pratiquer un geste qui, trop souvent, demeure un geste personnel et collectif mais NON COMMUNAUTAIRE! Il est si souvent affirmé que FAIRE EUCHARISTIE est une attitude, un acte qui se situe au sommet de tout. Encore faut-il arriver au sommet et éviter de vouloir y dresser une tente pour chaque membre de la Trinité, tentation similaire de Pierre, Jacques et Jean au mont Tabor lors de l’événement de la Transfiguration. Laquelle expérience invite à la conversion du cœur, à la transformation de tout mon être, à l’engagement dans ce monde, et non pas à m’en retirer élégamment tout comme le jeune homme riche qui avait tellement respecté la Loi mais, en revanche, était incapable d’incarner l’amour tel que l’a vécu Jésus lui-même. Fréquenter le Temple SANS fréquenter les plus pauvres c’est un scandale inqualifiable, un contre-témoignage, un non-sens!
    Arrêtons de flatter nos assemblées, de les maintenir dans une liturgie du sacré coupé de la vie profane quotidienne. Pour s’assurer des revenus stables, pour conforter ces ‘bons chrétiens’ dans des croyances complètement étrangères à la vie de foi authentiquement chrétienne. Yvon R. Théroux, théologien.

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