L’humanité de Dieu = la divinité de l’Homme

Je vous partage l’homélie de l’abbé Raymond Gravel pour le 25 décembre.

Les textes bibliques de cette célébration sont pour la Nuit de Noël (1 ère lecture) Isaïe 9, 1 à 6 et  (Évangile) Luc 2, 1 à 14. Pour le Jour de Noël, (1 ère lecture) Isaïe 52, 7-10 et (Évangile) Jean 1, 1-18.

À chaque année, au mois de décembre, on se prépare à la fête de Noël. On décore nos maisons, on illumine nos quartiers, on entend à la radio de la musique de Noël, on magasine, on achète des cadeaux, on se fait des partys de bureau, on s’écrit des vœux, on partage à la guignolée, aux paniers de Noël, on participe à la messe, on a le cœur en fête, on devient plus sensible à la famille, à l’amitié, à la pauvreté, à la paix et à l’amour. Noël, c’est l’occasion des partages, des pardons, des réconciliations, des échanges de toutes sortes. Ça devrait être Noël tous les jours! Noël c’est pour tous, car tout le monde y trouve son compte. Qu’on soit croyant ou pas ou encore de diverses religions, à Noël, on peut célébrer quelque chose.

L’origine de cette fête est d’abord naturelle et païenne. Qu’on le veuille ou non, à ce moment-ci de l’année, au solstice d’hiver, on a l’impression que la nuit l’emporte sur le jour, selon l’axe de rotation de notre bonne vieille terre. C’est pourquoi, dans l’empire romain, on avait l’habitude de célébrer le soleil naissant, le solis invecti, dans la nuit du 24 au 25 décembre pour signifier la renaissance de la lumière, puisque les jours commencent à allonger, et ce, jusqu’au solstice d’été. Noël, c’est donc une question de naissance : la lumière, un monde nouveau, le Christ ressuscité, la naissance de Dieu.

Pour nous chrétiens, Noël, c’est tout ça…toutes ces naissances…Mais au fait quels messages pouvons-nous retenir en cette fête de Noël 2011?

1. La lumière : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi » (Is 9,1). Pour nous chrétiens, cette lumière, ce n’est pas le soleil, c’est le Christ de Pâques qui vient transformer nos vies encore aujourd’hui. Il est la lumière sur la route; il est le soleil de nos vies. Dans leurs évangiles respectifs, Matthieu et Luc ont composé un récit de naissance à celui qui est devenu Christ, Seigneur, Sauveur à Pâques. Mais attention! Matthieu et Luc ne racontent pas la naissance de Jésus de Nazareth; il n’en savent rien. Par ailleurs, ce qu’ils racontent, c’est la naissance du Christ ressuscité qui a été, selon l’expression de Paul : « le premier-né d’entre les morts » (Col 1,18). Donc, la fête de Noël est née après Pâques. Il a fallu que Jésus ressuscite pour qu’on puisse célébrer sa naissance…Et avec sa naissance, c’est en même temps la naissance d’un monde nouveau, commencé à Pâques et qui se continue aujourd’hui, à travers les chrétiens de tous les temps. À chaque année, nous sommes invités à faire naître cette lumière en nous et autour de nous pour chasser toutes les formes de ténèbres de nos existences qui subsistent encore aujourd’hui.

2. Dieu et l’Homme : Saint Irénée disait : « Dieu s’est fait homme pour que l’Homme devienne Dieu ». L’histoire de Noël, c’est Dieu qui vient à la rencontre des femmes et des hommes de tous les temps, pour les diviniser, c’est-à-dire leur apprendre à être plus humains, par l’accueil, l’ouverture, le respect de leurs différences, par la restauration de la justice, de la dignité, de l’égalité pour tous, par le partage de leurs richesses, par l’amour inconditionnel et par leur souci des pauvres, des blessés de la vie et des plus démunis. Ce n’est pas pour rien que saint Luc fait naître le Christ dans une très grande pauvreté : Dans un enfant, d’abord, avec toute la vulnérabilité, la faiblesse et la fragilité que comporte cette étape de la vie…Mais plus que ça, un enfant pauvre, issu d’une famille non conventionnelle, qui naît dans une mangeoire d’animaux, parce que trop pauvres pour naître ailleurs. De plus, sa naissance est annoncée en premier lieu aux bergers, les exclus, les marginaux, les méprisés de l’époque.

S’il n’y a pas là un message de la part de l’évangéliste, que Dieu lui-même est pauvre et qu’il a choisi son camp, le camp des exclus, des rejetés, des méprisés de la société, pour naître, je me demande bien ce que signifie cette histoire racontée par Luc. Et le message qui en découle, c’est que le monde nouveau commencé au matin de Pâques, ne peut se réaliser que si ce monde est construit sur la dignité, la justice et l’égalité des personnes, quelles que soient leur statut social, leur sexe, leur religion et leur culture. N’y a-t-il pas là un clin d’œil à tous les Indignés de la terre qui se manifestent au monde d’aujourd’hui?

Qu’on ne vienne pas me dire que l’évangile n’est pas d’actualité! Dans le fond, saint Luc nous dit que la construction d’un monde meilleur, ce n’est pas seulement un vœu pieux ou un rêve; c’est une réalité commencée il y a plus de 2,000 ans, avec la naissance du Christ, et qui doit se poursuivre aujourd’hui; sinon, le Christ ne peut pas être né…Ça veut dire qu’aujourd’hui, dans notre monde, dans notre société, dans notre Église, on ne peut célébrer Noël si on persiste à discriminer les femmes, les pauvres, les homosexuels, les divorcés-remariés, les femmes qui ont subi un avortement, les poqués et les blessés de la vie.

Comme chrétiens, nous avons tous et toutes une responsabilité. Le commencement de l’évangile de Jean qu’on a au matin de Noël, nous dit que le Christ est le logos, le Verbe, la Parole de Dieu, que cette Parole est devenue humaine et qu’elle est portée par ceux et celles qui l’ont reçue et qui croient au Christ (Jn 1,12). Et là, le verset suivant est d’une importance capitale : « Ceux-là ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu » (Jn 1,13). Ça veut dire qu’on est des Christ ressuscité, des porte-parole, des porte-voix de Dieu. Quelle responsabilité!

3. Une liberté responsable : Le Christ de Noël naît pour nous libérer. Il nous libère des ténèbres qui se manifestent souvent par l’oppression, la haine, le mépris, le rejet, l’exclusion, l’injustice, les inégalités, etc…Le Christ nous libère aussi d’une religion oppressante, légaliste et injuste qui cherche à détruire le christianisme, en l’étouffant par des lois et des règles discriminatoires, et qui veut museler Dieu en le contrôlant et en lui refusant son droit de parole aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui.

Les croyants et les chrétiens qui ont pris leur distance par rapport à l’Église, ce n’est pas le Christ qu’ils rejettent, mais l’institution qui prétend le représenter. Les gens ne sont pas devenus anti-chrétiens; au contraire, nos façons de vivre reflètent toujours les valeurs chrétiennes fondamentales : la justice, la liberté, l’égalité, la dignité des personnes. Ce que les gens rejettent, ce sont les gourous, les ayatolahs, les dictateurs religieux qui croient détenir la vérité sur Dieu et sur le monde et qui écrasent les croyants d’interdits, de règlements et de lois qui invitent à l’intolérance, à la haine et au mépris de la personne humaine.

Dans l’histoire humaine, Dieu se révèle toujours comme un Dieu de Liberté…une liberté responsable. Être libre, ce n’est pas faire n’importe quoi, n’importe quand; au contraire, être libre, c’est exigeant. Ça suppose un apprentissage à vivre ensemble, en tenant compte des autres et ça s’apprend par l’éducation. Qu’il y ait des lois ou des interdits avec menaces punitives, ça maintient tout simplement les gens dans la peur de se faire prendre en défaut et ça entretient l’infantilisme et la non-responsabilité. Si on apprend aux gens à devenir responsables pour sauvegarder leurs valeurs, afin d’être heureux, les lois deviennent caduques et inutiles. Je n’ai pas besoin d’une loi sur le meurtre pour ne pas tuer quelqu’un. J’ai appris à me respecter et à respecter les autres. Et s’il se produit des événements tragiques et malheureux, ce ne sont pas les lois et les punitions qui peuvent les éviter…C’est par la prévention, la réhabilitation, la responsabilisation qu’on peut espérer changer les choses.

En terminant, peut-on espérer célébrer Noël cette année? Je crois que oui, si nous croyons vraiment que le Christ ne peut naître qu’en nous et qu’à travers nous. Je nous souhaite à tous cette Liberté responsable, en étant plus humains, afin de devenir plus divins.

Joyeux Noël 2011!

Raymond Gravel, prêtre
Diocèse de Joliette

Vous trouverez cette homélie aussi sur le site Les réflexions de Raymond Gravel, en format pdf.

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