Les pauvres au centre

Dans son récent voyage aux Philippines, le pape François a mis l’accent sur l’importance des pauvres pour les chrétiens. Une personne qui se donne la peine de lire les évangiles ne peut pas manquer l’enseignement de Jésus, au début de son ministère en Galilée, connu sous le nom de Sermon sur la montagne, et qui commence par Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux (Matthieu 5,3). Le même Matthieu écrit à la fin de son évangile dans la parabole du jugement, cette phrase qui m’a constamment marqué: Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… (Mt 25,31 et suivants) Pouvait-on être plus clair? Un chrétien conséquent qui écoute ces paroles doit essayer d’y conformer sa vie. Le pape François comme chacune et chacun de nous doit s’efforcer d’écarter de sa vie tout ce qui est contraire à cet enseignement. J’ajouterai: nul besoin de juger les autres, nous avons bien assez de regarder notre propre vie.

Deux réflexions me viennent en ce moment en relation avec les pauvres: l’une concerne la foi en la Résurrection, l’autre ce qu’on dit des jeunes.

Le cœur de notre foi est que Jésus, mort par crucifixion, n’est pas resté prisonnier de la mort mais Dieu l’a ressuscité (Actes 2,14 et suivants), c’est-à-dire l’a relevé ou l’a délivré de la mort. Et la réflexion ultérieure des chrétiens les a amenés à croire que, Jésus ayant été le premier ressuscité, s’ils tâchaient de rester fidèles à ses enseignements, ils seraient ressuscités à sa suite. C’est dans ce contexte que la parabole du jugement annonce le retour de Jésus Ressuscité et décrit le rassemblement de toutes les nations pour le jugement. Et parlant de jugement, il nous est arrivé souvent de disqualifier la religion de nos parents et ancêtres, une religion basée sur la peur d’être damné à l’enfer. Une belle excuse, n’est-ce pas pour l’athée en chacun de nous qui prétend tout mesurer par la raison scientifique et justifier l’abandon d’une foi qualifiée d’infantile, voire d’imbécile. Assurément, je ne connais personne capable de me décrire l’après-vie et démontrer sa foi en la résurrection. Mais qui peut nier que la vie d’une femme et d’un homme sera jugée, si ce n’est pas par un juge suprême appelé Dieu, du moins par lui-même et par ses semblables, à commencer par ses compagnons de vie? La foi en Dieu, ou la foi en Jésus ressuscité et devenu Seigneur, semble avoir décliné au Québec et en Occident au point où l’on se demande ce qu’il en restera après nous; mais est-ce si vrai que ça? Faut-il se fier aux apparences et aux on-dit?

J’en viens à mon second point: les on-dit sur les jeunes. On est dans une église, avant ou après la messe, et deux ou trois personnes sont en train de déplorer la manque de prêtres, la baisse des revenus de la paroisse et la quasi absence des jeunes (étant à l’aube de la septentaine, ça veut dire pour moi tout ce qui en bas de 50 ans!). Le tableau vous semble réaliste?  Un peu quand même.
Peu après, je reçois d’un collègue de mon conventum un courriel que trois de ses amis «militants» d’OXFAM lui ont transmis pour annoncer un spectacle exceptionnel.  Je m’empresse de télécharger le document attaché pour voir l’affiche d’un gala. Me voilà tout joyeux , d’autant plus que l’un des humoristes engagés est un jeune lanaudois à qui j’ai enseigné, Billy Tellier. Aujourd’hui, c’est lui et d’autres jeunes de sa génération qui nous enseignent par leur humour et leur altruisme.  Un spectacle exceptionnel, a écrit mon collègue. Mais je ne qualifierais par l’action de ces jeunes d’exception, car où que je me tourne, j’entends parler de l’engagement des jeunes. L’automne dernier, au Centre-ville de Joliette je participe avec une trentaine de personnes à une marche pour lancer les activités de la Nuit des sans abris. Direction: le parc Lajoie où l’on a dressé une grande tente pour le souper communautaire. Qui sert le repas? Un groupe d’ados avec leur enseignante. Des vêtements sont distribués et un spectacle de musiciens anime la soirée. J’ai vu beaucoup de jeunes et quelques personnes âgées. Nous devons être fiers de nos jeunes.

Vous voyez déjà ce que je pense des on-dit sur les jeunes. Les actions parlent d’elles-mêmes. Et sans doute avez-vous fait la relation avec les propos du pape François et les récits de l’Évangile qui parlent des pauvres. Je conclus par ceci: nos communautés vont assurément fermer leur église dans la mesure où elles auront négligé le service des pauvres, des personnes seules, des malades, car ce qui allume les jeunes ce ne sont pas nos messes, mais les actions pour aider autrui. Il y a urgence en la demeure, comme disait notre évêque dans son homélie d’hier. Consolons-nous: il restera toujours assez de vieux comme moi pour bénir le Seigneur que nous ayons mis au monde une telle progéniture!

Une réflexion au sujet de « Les pauvres au centre »

  1. Il y a toutes sortes de pauvres: de corps, de cœur, d’esprit, et même d’âme. J’insère ici la pensée du pape François concernant la première et troisième catégorie: L’enfant handicapé fait progresser la communication en famille
    Message pour la Journée des communications sociales 2015 / Anita Bourdin

    ROME, 23 janvier 2015 (Zenit.org) – « Les familles avec des enfants souffrant d’un ou de plusieurs handicaps ont beaucoup à nous apprendre », déclare le pape François.

    Le pape consacre à la famille et au handicap un paragraphe de son Message pour la Journée mondiale des communications sociales 2015.

    Il souligne notamment que ce handicap porté ensemble et dans l’amour d’une famille peut constituer « une incitation à s’ouvrir, à partager, à communiquer de manière inclusive ».

    Il dit ceci: « A propos des limites et de la communication, les familles avec des enfants souffrant d’un ou de plusieurs handicaps ont beaucoup à nous apprendre. Le déficit moteur, sensoriel ou intellectuel, comporte toujours la tentation de se renfermer ; mais il peut devenir, grâce à l’amour des parents, des frères et sœurs et d’autres personnes amies, une incitation à s’ouvrir, à partager, à communiquer de manière inclusive ; et il peut aider l’école, la paroisse, les associations à être plus accueillantes envers tous, sans exclure personne. »
    Je remercie Michel d’afficher sur son blogue notre demande (parents d’un enfant handicapé intellectuel) en lien avec les Résidences Monchénou
    http://www.monchenou.org et http://www.groupeprobex.ca qui prennent soin de 20 personnes handicapées physiques et/ou intellectuelles. Il a aussi les Arches fondées par Jean Vanier etc. La pauvreté du cœur touche toutes les personnes meurtries par des ruptures amoureuses, des divorces, des reniements ou des trahisons, des abandons par leurs proches, leurs ami-e-s et les pauvres dans leur âme ont perdu toute référence spirituelle souvent dues aux contre-témoignages, aux multiples abus de personnes en autorité, aux contradictions et contrariétés loin de leur vie immédiate, aux scandales et condamnations d’autres lieux où la vie spirituelle peut se manifester. Les jeunes ne respirent pas dans ces eaux tumultueuses des guerres de clochers, des rituels déphasés et dépassés, de ces manies de conspiration, de ces médisances et calomnies, de ces non-dits corrosifs, de ces préjugés mortifères.
    L’Évangile est radical, pas de demi-mesures. J’opte pour la radicalisation des chrétiennes et chrétiens soucieux de porter l’Évangile aux confins du monde.
    Yvon R. Théroux, théologien

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