La Bonne Nouvelle et l’homosexualité

La Bonne Nouvelle et l’homosexualité

J’ai écrit cet article en janvier 2007 pour les Chroniques Bourgo, alors que j’avais déjà cheminé quelque temps dans le groupe d’échanges Tabor autour de la foi et l’homosexualité. Je le relis aujourd’hui sans modifier les lignes de fond de ma vision évangélique de l’homosexualité.

Nous sommes des êtres manquants appelés à l’amour

Béni soit Dieu qui a trouvé le chemin du cœur des femmes et des hommes qui l’accueillent! Car la foi est un don de Dieu, une grâce, disait-on en d’autres temps.

J’estime qu’à tous les humains, quelle que soit leur situation de vie, en particulier ceux qui ont une orientation homosexuelle, il est donné de connaître l’amour du Père, de connaître l’amour humain et de vivre ce dernier dans des relations ou une union correspondant à leur nature profonde. Dieu ne pourvoit-il pas toutes ses créatures, à plus forte raison ses enfants, de ce qu’il leur faut pour grandir et s’épanouir?

Celui ou celle qui est reconnu et se sait aimé de Dieu, lui fera confiance et répondra à son amour par la conversion, en quittant ses attitudes égoïstes, en montrant de la compassion pour les autres, en faisant ce qui est juste, en recherchant la paix et en espérant en Dieu contre toute espérance.

Une Bonne Nouvelle qui interpelle sans considération de sexe ou d’orientation sexuelle.

Quelle importance Jésus a-t-il accordé au sexe et à l’orientation sexuelle des personnes? On sait qu’il a pris la défense d’une femme contre des hommes qui s’en sont servi afin de le piéger sur son enseignement. On se souvient aussi qu’il a abordé en public une étrangère et lui a parlé même si cela allait à l’encontre des coutumes de l’époque. Quant au célibat, il a déclaré que certains se faisaient eunuques pour le Royaume, sans toutefois en faire une obligation.

Par ailleurs, les évangiles restent discrets sur les préférences de Jésus dans le choix de ses disciples, sinon que, comme les sages qui faisaient école, il était plutôt entouré d’hommes – qui à l’évidence n’ont pas à s’occuper d’enfants. On sait que des femmes émancipées faisaient aussi partie de son groupe rapproché de disciples.

Je ne connais pas la moindre allusion dans les évangiles au fait que des hommes ou des femmes aient pu être identifiés comme homosexuels.

Jésus a accepté à sa suite autant des disciples mariés que des célibataires. Ce qui lui importait avant tout chez ses disciples, c’était le désir de connaître Dieu, la soif de bonheur, la recherche d’un sens à la vie, le choix libre de tout laisser pour le suivre et de donner sa vie pour l’avancement du Royaume.

Toutes et tous appelés à conjuguer érotisme et amour.

Le plaisir fait partie de la vie; il est l’indice qu’un besoin fondamental est satisfait. L’attirance sexuelle est l’une des avenues importantes vers la rencontre entre deux personnes, qui peuvent ensuite construire une relation où chacun est connu, apprécié pour ce qu’il est, se découvre aimé de façon inconditionnelle, stimulé à donner le meilleur de lui-même.

Malheureusement, il a existé une tendance profondément ancrée chez plusieurs à considérer mauvaise ou dangereuse la sexualité et à croire que les actes sexuels sont d’abord et surtout motivés par un plaisir égoïste et conduisent à la domination de l’autre.

L’homosexualité fait encore plus peur puisque la science ne nous a pas encore fourni d’explication satisfaisante sur ses causes. Cependant, il nous apparaît de plus en plus que les personnes homosexuelles naissent avec cette orientation à divers degrés. Elle existe bel et bien dans la nature et chez les humains et il me semble non seulement inutile, mais néfaste de la qualifier d’anormalité, voire de perversion.

Est-ce que la peur de l’homosexualité ou l’homophobie, ne révèle pas la peur de la dimension obscure de notre propre sexualité, soit personnelle, soit sociale? Et ceux qui nient que l’homosexualité fait partie de la nature humaine, ne mènent-ils pas un combat dont les motivations seraient bien plus personnelles qu’intellectuelles ou spirituelles?

Dans l’Église, il est temps de nous ouvrir à la vie affective et spirituelle des homosexuels autant qu’à leurs souffrances et limites, de les voir avec un regard neuf pour les accueillir tels qu’ils sont et les appeler à collaborer au Royaume de Dieu. Ce faisant, comme Jésus, nous annoncerons une bonne nouvelle aux pauvres, nous laisserons Dieu ouvrir nos yeux d’aveugles, nous permettrons à l’Esprit de Dieu de nous libérer.

Une juste place pour le célibat et la continence sexuelle

La condition homosexuelle interpelle dans l’Église ceux qui enseignent que les homosexuels, pour aimer, doivent pratiquer la continence et vivre en célibataires, se priver de l’intimité et de la chaleur du corps d’autrui, de la tendresse d’un cœur attentif à l’autre, du regard de Jésus qui élève l’autre au rang de fils et de fille de Dieu.

Pour tous les humains, il est préférable que le célibat et la continence soient choisis et vécus dans l’amour. Imposés comme condition pour accéder au Royaume, ils ne peuvent que diminuer une personne, voire se transformer en puissance de domination, en haine de soi et des autres.

L’appel à la continence pour les homosexuels ne devrait pas être différent que celui qui est demandé aux couples hétérosexuels. Chaque relation de couple se bâtit sur l’amour et la place tenue par les actes sexuels dépend des besoins individuels selon un rythme où l’on tient compte du désir sexuel à construire entre deux personnes et de leurs nombreux autres besoins, activités et engagements.

Un regard chrétien sur les homosexuels

Certains catholiques considèrent encore les homosexuels comme des anormaux, des pervertis ou des provocateurs, parce qu’ils vivent et expriment leur sexualité d’une manière différente de la majorité.

La souffrance qui résulte de la méconnaissance, du mépris et du rejet qui en résulte, rapproche les personnes homosexuelles de Jésus qui a connu l’opposition et la haine de ceux que dérangeait son message radical de l’amour de Dieu adressé à tous les humains et en particulier aux petits et aux exclus.

On ne comprend la conduite de Jésus, parfois contraire aux coutumes ou libre face aux lois, que si l’on reconnaît que sa seule et unique référence était la volonté du Père et qu’il jugeait de tout à cette aune.

Chez les Juifs, se marier et avoir des enfants était perçu comme une bénédiction divine. Jésus, en choisissant de rester célibataire et de ne pas fonder une famille, s’est démarqué de la culture dominante de son peuple. Il a demandé à ses disciples de rechercher d’abord le Royaume et sa justice, disant que le reste – entendons les choses ordinaires de la vie – leur serait donné par surcroît.

Demandons-nous si la volonté du Père est que des personnes observent la continence sexuelle, ou bien qu’elles recherchent et s’efforcent de vivre un amour vrai? Demandons-nous si le Royaume se trouve du côté des victimes de l’homophobie ou du côté des bien-pensants, forts de leur statut dans l’Église et de leurs connaissances scientifiques supposément infaillibles?

Homosexualité et fécondité

Mettre au monde des enfants est l’une des voies pour vivre la fécondité. C’est la première raison d’être de la sexualité. Toutefois, parce qu’on est humain, et non animal, la sexualité comporte une autre dimension, aussi fondamentale, c’est le fait que les humains sont des êtres de relations. En cela, ils sont semblables au Créateur autant que par la fécondité sexuelle.

Le travail, l’engagement communautaire, l’accueil des pauvres et des malades, le soutien mutuel dans la vie de couple et entre amis, la pastorale, le souci de la planète, l’adoption, la création artistique, la recherche scientifique, constituent autant de voies pour créer, donner et servir ses semblables. Être fécond dans le don de soi à l’autre, c’est aussi tout cela. Mais personne ne réalisera dans sa vie toutes ces manières de créer et de donner la vie.

Les homosexuels qui ont choisi de vivre en couple peuvent se soutenir, s’entraider, s’encourager dans la réalisation de projets communs ou du projet de l’un ou l’autre conjoint. Par leur amour, leur attachement et leur engagement dans une cellule familiale, un groupe d’amis ou d’autres communautés, ils apporteront leur contribution à la société où l’être humain sera respecté et reconnu dans son intégralité.

Je remercie les membres du groupe Tabor (Joliette) qui m’ont accueilli comme le seul «straight» du groupe – en plus du P. Guylain Prince OFM, avec qui j’ai fondé ce groupe autour de l’année 2005, à la suite d’une demande de notre frère  évêque Gilles Lussieer.

 

2 réflexions au sujet de « La Bonne Nouvelle et l’homosexualité »

  1. J’ai lu avec attention l’article que tu as publié il y a quelques années. Je suis toujours surprise de constater, encore aujourd’hui le manque de tolérance face à l’homosexualité.
    Il y a quelques années, l’ignorance pouvait expliquer l’intolérance, mais de nos jours l’information a circulé, alors comment expliquer que les préjugés ne sont pas tombés?
    Qui n’a pas dans sa famille, dans ses connaissances ou encore dans son environnement immédiat des personnes qui vivent leur homosexualité. Le fait de leur choix sexuel ne change rien dans leurs qualités personnelles et profondes .
    On ne peut porter de jugement, il s’agit juste de continuer à aimer toutes les personnes qui nous entourent peu importe leur choix de vie. On n’a pas à être tolérant, tout le monde est différent. Il s’agit d’autoriser toute réalité à exister.

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