Entre déception et espoir

Ce 10 novembre 2013, j’ai lu à la messe le décret de l’évêque de Joliette, Gilles Lussier, qui supprime les paroisses de Saint-Paul et de Saint-Thomas, rattache leur territoire et leurs paroissiens à la paroisse de Sacré-Cœur de Jésus de Crabtree et change le nom de cette dernière en paroisse de Sainte-Famille. Certains y voient uniquement que les deux plus anciennes paroisses disparaissent à l’avantage de la plus jeune. Après la célébration, étant le représentant de l’évêque dans ce regroupement,  je me suis mis à la disposition de ceux et celles qui désiraient questionner et réagir. Environ cinq personnes se sont avancées pour obtenir des éclaircissements ou exprimer leur déception et mécontentement. Que faut-il comprendre?

Je suis d’accord que l’ancienneté de la paroisse Saint-Paul a été «sacrifiée» à des impératifs économiques, puisque les locaux du secrétariat de Crabtree coûteront une mince fraction de ce qu’il en coûterait au presbytère de Saint-Paul. Les délégués de Crabtree et de Saint-Thomas qui ont prôné la solution économique pensent que la nouvelle paroisse devra se départir du coûteux presbytère de Saint-Paul. Le siège social et le secrétariat, par la volonté des délégués de Saint-Thomas et de Sacré-Cœur de Jésus à Crabtree contre celle des délégués de Saint-Paul, seront donc  situés à Crabtree et l’évêque a décrété dans ce sens. Seul un engagement verbal du prêtre-répondant de faire du presbytère de Saint-Paul un centre d’éducation de la foi a permis de dénouer l’impasse; l’assemblée de fabrique de Saint-Paul a consenti à cette condition à l’arrangement qui place le siège social et le secrétariat à Crabtree.

De nombreuses personnes pensent tout bas que l’idée d’établir un centre d’éducation de la foi à Saint-Paul est ou bien un leurre, pour faire avaler la pilule aux paroissiens de Saint-Paul, ou bien un rêve de curé bien intentionné. Je veux croire qu’il y a là bien davantage. Revenons à la raison du regroupement des paroisses. Après avoir constaté la diminution des fidèles et des prêtres, les autorités diocésaines ont jugé insensé d’obliger une minorité de fidèles à supporter le maintien dispendieux des bâtisses, privant du même coup la pastorale – raison d’être première de l’Église – de ressources humaines et financières. Faudra-t-il fermer des églises et des presbytères? On connaît tous la réponse: c’est déjà commencé ailleurs. Quoi, Saint-Paul, Saint-Thomas et Crabtree ne vivraient pas sur la même planète que les autres paroisses du Québec? Ou bien la pratique religieuse et les ressources financières y seraient bien plus importantes qu’ailleurs? Il est sûr que des débats et des remises en question sérieuses attendent l’assemblée de fabrique de la nouvelle paroisse Sainte-Famille.

Les membres de la communauté de Saint-Paul sont-ils prêts à faire mentir la tendance aux fermetures d’église et à concrétiser le rêve un peu fou du curé d’un centre d’éducation de la foi? Vont-ils relever la tête et retrousser leurs manches pour donner vie au projet pastoral d’évangéliser et d’être solidairement témoins de la foi en Jésus Christ Ressuscité? Personnellement, je ne suis pas défaitiste et je vis de l’espoir que l’Église retrouve la jeunesse et l’enthousiasme de l’époque où elle a été fondée. Combien d’entre nous veulent sortir et annoncer que Dieu le Père aime les humains et que le salut est venu dans le monde en la personne de Jésus? Combien d’entre nous sont prêts à écouter l’Esprit qui murmure en chacune et chacun de nous et nous invite à agir suivant les conseils évangéliques? L’avenir de la foi et de l’Église d’ici n’est pas dans un siège social ni un secrétariat, mais dans une conviction profondément enracinée en Christ. Tout le reste est secondaire; et si on s’attache au secondaire, ça devient nuisible pour la mission. L’avenir de la foi et de l’Église d’ici est entre mes mains, entre nos mains.

Je recommande de relire l’évangile de ce dimanche tiré de Luc 20,27-38 (ou le récit des disciples d’Emmaüs en Luc 24,13 ss) pour comprendre ce que ça veut dire passer de la déception à l’espoir, passer de la mort à la vie.

Une réflexion au sujet de « Entre déception et espoir »

  1. Le sens de la propriété est profond chez les humains. Les bâtisses de pierre (églises et presbytères) font partie des biens temporels de communautés chrétiennes depuis parfois des générations. L’attachement est réel. Mais quel est l’essentiel? La qualité de la communauté chrétienne comme témoin vivant du message évangélique. L’aspect spirituel doit TOUJOURS prévaloir. Une difficulté se présente généralement lors de situations similaires: ces biens deviennent des propriétés du diocèse qui décident parfois de façon unilatérale de l’avenir de ces biens. Tout est dans la manière, dans l’approche. Le principe réalité doit éclairer les décideurs. Mais, en tous les cas, on doit privilégier la vie dynamique des communautés chrétiennes concernées. Yvon R. Théroux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pour notre sécurité *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.