Charte des valeurs québécoises

Un titre qui soulève en moi un malaise incessant. Une question que je ne sais par quel bout prendre. Un projet dont je peine encore à trouver une visée autre qu’électoraliste.  Premièrement, admettons qu’une charte puisse être québécoise, mais on peut se questionner sur les raisons de donner l’attribut «québécois» à des valeurs. En quoi l’égalité entre les femmes et les hommes peut-elle être québécoise? Veut-on dire que la société québécoise accorde une place plus importante à cette valeur? Ça me semble un peu prétentieux au regard d’autres peuples ayant accédé à la modernité. Je ne parviens pas présentement à voir en quoi cette égalité n’est pas autant française, allemande ou britannique.

Deuxièmement, c’est le sens du mot valeur qui est ambigu. Je ne vois pas en quoi la neutralité religieuse de l’État peut être une valeur. La neutralité, le mot le dit, c’est une absence de position, quasiment une anti-posture. Tout au plus lui reconnaîtrai-je le statut de moyen, mais pas de valeur. Si on vise la considération égale des croyants (et des incroyants), qu’on le dise en clair. Quant à la troisième valeur, la reconnaissance du patrimoine historique commun, quelle réalité fluctuante nous propose-t-on là! Qu’est-ce qu’on va bien mettre dans ce fourre-tout? La banique des Hurons en fait-elle partie au même titre que le bagel des immigrants venus d’Europe ou que la baguette de nos cousins français? On veut peut-être bien protéger les nombreuses croix qui dominent encore le paysage, comme celle de la chambre parlementaire, mais admettons que leur poids dans l’identité québécoise tend sérieusement à diminuer avec la perte de leur sens chrétien. Faire disparaître cette croix ferait tout un boucan. Mais la conserver va en faire autant. C’est comme la devise «Je me souviens» sur les plaques minéralogique. Si tellement peu de citoyens savent à quoi elle fait référence, la conserver n’est-il pas ridicule? Ou bien ça témoigne de notre manque d’intérêt à notre histoire.

Alors, que vise-t-on au juste avec cette charte? Réglementer le port des signes religieux dans la fonction étatique, dit-on. Sur quelle base tracer la limite de ce qui sera permis? Et que comprendre de ces signes: sont-ils uniquement religieux ou ont-ils une signification politique? C’est un débat qui peut aller dans tous les sens. Le jeu est facile pour des démagogues tels le libéral Couillard de crier au viol de la liberté de conscience et de religion, à la trahison des idéaux démocratiques de René Lévesque. N’a-t-il pas été de ceux prêts à sabrer dans le système public de soins médicaux? N’est-il pas de ces adorateurs du néolibéralisme qui élargit le fossé économique entre citoyens? Encore une fois, on se perd en accusations et en propos jugés offensants sinon offensifs. Que vise-ton avec cette charte: créer un fouillis, la pagaille? À semer le vent…

Veut-on freiner la progression de l’Islam, une religion que professent pacifiquement et raisonnablement de nombreux musulmans venus chercher ici une vie meilleure? Une religion, d’autre part, ne nous le cachons pas, dont une minorité de pratiquants visent l’hégémonie mondiale et considèrent les non-musulmans comme mécréants et inégaux. Une religion fractionnée comme bien d’autres en courants réformistes, conservateurs et fondamentalistes. À ce moment-ci de notre histoire, je favorise une discrétion des signes religieux, chrétiens, juifs, musulmans, sikhs, et autres, là où l’État doit faire preuve d’autorité et d’impartialité, surtout dans l’administration de la justice. Qu’un enseignant et un soignant m’apparaissent identifiés à une croyance, je ne trouve pas ça déplacé; mais je pense que ça ne convient pas pour un juge et un policier. La difficulté est de tracer une limite, mais c’est faisable entre gens raisonnables.

Les droits fondamentaux comme la liberté de conscience et de religion, j’en suis, mais ce droit doit s’exercer dans des limites raisonnables et respectueuses de tous les citoyens d’une société donnée. Si les cloches de l’Église sonnaient sans inconvénient dans une société catholique à 85% il y a 80 ans, aujourd’hui qu’à peine 5% de la population pratique la messe du dimanche, est-ce raisonnable? Quel réflexe identitaire infondé et injuste justifierait de maintenir cette coutume?

Cette charte québécoise n’a pas fini de nous obliger à nous poser des questions. C’est bien, tant qu’on explore notre propre identité et on apprend à mieux connaître celle des autres groupes de notre société. Je déplore le déchirement des chemises à la Couillard, à la Trudeau, à la Charkaoui (qui représente-t-il celui-là?). Le gouvernement Marois a le courage de proposer un projet: pour cela je le félicite. Parlons à nos vis-à-vis, écoutons les points de vue opposés, engageons-nous ensemble sur la voie de la rationalité qui seule permettra de vivre en paix et dans la justice.

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