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Crois-tu, toi, au Fils de l’homme? Jn 9,35

Dialogue judéo-chrétien: 19 novembre

LE DIALOGUE JUDÉO-CHRÉTIEN
et
LE TEMPLE EMANU-EL-BETH SHOLOM
VOUS INVITENT
à une conférence suivie d’une discussion sur le thème:  L’ALLIANCE
Quelle compréhension en ont
les Juifs et les Chrétiens

présentée par
Rabbin Lisa Grushcow
et
Jean Duhaime

LE MERCREDI 19 NOVEMBRE 2014 À 19 HEURES

Afin de permettre l’aménagement du petit sanctuaire, nous vous
demandons de confirmer votre présence,
soit par courriel : tklein@videotron.ca ,
soit par téléphone
à Louis Charbonneau : 514 484-7662
ou à Thérèse Klein : 514 739-2103,
La contribution est de 7 $

4100, rue Sherbrooke ouest, (l’entrée se fait par le 395, rue Elm),
Westmount.
M° Atwater ou Autobus 24.
(8 à 10 min. de marche de la station Métro Atwater)

Chrétien et souverainiste

Chrétien et souverainiste

La récente défaite du Parti québécois, préparée de longue date par l’émiettement de sa base au profit de Québec solidaire, de Option nationale et de Coalition avenir Québec, et la course à la chefferie du Parti québécois m’obligent à réfléchir à l’avenir du Québec.  Quelles valeurs me guideront dans cette réflexion?

Un jour, dans une rencontre pastorale, je participais à un panel dont le sujet était:
Quelle qualité reconnaissez-vous dans votre Dieu? J’ai répondu que pour moi le Dieu des chrétiens est fidèle. Ce n’est pas seulement une qualité que j’ai découverte dans ma lecture de l’histoire du peuple de Dieu racontée dans la Bible, c’est une expérience de vie personnelle, dont je relate les principales étapes. Dès ma jeunesse, j’ai connu la fidélité dans le respect de la parole donnée par l’exemple d’adultes qui remplissaient leurs promesses, et particulièrement de mes parents qui se sont mariés, aimés et soutenus pendant plus de cinquante ans. À l’adolescence, malgré un milieu familial distant de l’Église, je me suis engagé à la suite de Jésus Christ, principalement dans les scouts-routiers et la Saint-Vincent-de-Paul. À 20 ans, croyant en une vocation à la vie religieuse, j’ai joint la Compagnie de Jésus où j’ai connu l’enthousiasme de la vie  en communauté et des études théologiques; mais j’ai abandonné au bout de 6 ans d’expérimentations, incapable de vivre le célibat. J’ai donc choisi la vie maritale et familiale et j’y suis resté fidèle et heureux depuis une quarantaine d’années. J’ai aussi continué de servir Jésus Christ dans mon métier d’enseignant et de bénévole en pastorale.

Je ne raconte pas ça pour m’enorgueillir, car rencontrer Dieu ne m’a pas épargné échecs, abandons et trahisons . La fidélité est importante à mes yeux non parce que j’ai quelque prétention à cette qualité, mais parce que je pense que des personnes aimées m’ont été fidèles et que Dieu lui-même m’a été fidèle, même quand j’ai erré par des sentiers hors de ses voies.  Si je crois en Dieu, c’est parce que j’ai fait l’expérience de sa présence et de sa bienveillance indéfectible en faveur des humains.

J’en viens au titre de mon article. Ma deuxième option de vie est basée sur la conviction que le peuple québécois a une vocation à devenir souverain et à prendre place dans l’assemblée des nations, petites et grandes. Les Québécoises et Québécois, à mon avis, se voient comme une nation, bien que divisés sur la question du partage des pouvoirs politiques avec ses voisins et l’ensemble des Canadiens. Mes parents eux-mêmes s’opposaient sur cette question. Nous avons donc au Québec des fédéralistes et des souverainistes. Les premiers favorisent une organisation politique où l’État central est prédominant, les seconds souhaitent que les provinces (à l’origine des états fédérés) jouissent davantage d’autonomie. Je compte parmi ces derniers pour que les Québécois aient plus de perspectives d’épanouissement de leur culture et vivent selon leurs valeurs dans une organisation politique autonome, maîtres d’établir des partenariats avec ceux qui le veulent. Périodiquement, des conflits opposent Québec et Ottawa à propos de la vision souverainiste du partage des pouvoirs et des invasions incessantes des fédéralistes dans les champs de compétence provinciale. Il n’est pas bienvenu présentement de parler de souveraineté, mais comment a-t-on pu oublier que le rapatriement de la Constitution et la Loi constitutionnelle de 1982 n’ont pas encore été acceptés par le Québec, même si, depuis cette date, un parti fédéraliste libéral a exercé le pouvoir en alternance avec un parti souverainiste! Pour ma part, autant dans ma vie personnelle que politique, j’ai toujours pensé que l’autonomie prévalait sur la soumission, la création d’un pays à son image propre sur la sécurité assurée par les autres. Cette conviction s’élève pour moi au rang de fidélité. Et du train où vont les relations entre le fédéral et le provincial, je ne pense pas changer d’avis sur cette question de mon vivant.

Cette double fidélité, qui caractérise mes options religieuse et politique, alimente mon espoir que le Royaume annoncé par Jésus Christ est déjà là, manifesté dans les actions de tout un chacun qui centre sa vie sur l’amour et le service des autres.  Pareillement, la naissance du pays du Québec approche à chaque fois qu’une femme et un homme affirment les valeurs originales de notre culture et de notre vision du monde. Le projet de Charte de la laïcité a été pour moi un effort courageux dans l’identification et l’affirmation des valeurs québécoises.

Aux côtés de ma double fidélité trône une autre valeur importante: l’accueil de l’étranger qui cherche au Québec un meilleur avenir pour ses enfants et une vie pacifique. Je pense qu’un Québec souverain ne verra le jour que grâce à l’appui et aux forces des Québécois ayant immigré chez nous depuis quelques générations. D’ailleurs, n’avons-nous pas tous, par nos ancêtres, été des voyageurs, des aventuriers, des chercheurs d’un monde meilleur, des demandeurs d’asile, sur une terre étrangère? C’est pourquoi le prochain chef du Parti Québécois devra absolument en tenir compte et suggérer comment les immigrants et leurs descendants pourront faire pays avec les Québécois dits de souche. L’accueil de l’autre, de ceux qui sont différents, de nouvelles idées pour construire, chanter, jouer, manger, protéger l’environnement, prendre soin des plus faibles, toutes ces richesses sont nécessaires pour bâtir un pays!

 

Que veut dire: mourir à son heure?

Mourir à mon heure: certains diront que mon heure est celle décidée par la volonté divine, d’autres comme moi préfèreraient avoir un mot à dire, maintenant, sur le moment où il est temps de partir.

Cette question revient malgré que le débat au Parlement québécois semble réglé entre tenants et opposants autour de la loi règlementant les soins en fin de vie. Une amie que je revoyais sporadiquement, en partie parce que je n’avais pas le temps, ou le cœur…, de la visiter durant la maladie grave de son père, cette amie vient nous voir pour nous annoncer que son père a fait son entrée en maison de soins de longue durée. Elle vient nous confier que la lourde charge de soigner un père invalide et très exigeant est terminée et que la plus grande partie des soins sera donnée par des personnes formées et payées pour ça; il lui restera à visiter son père et être présente autant que possible. En tout cela a duré dix ans dont certainement quatre  très pénibles. Ce placement la soulage d’une tâche qui allait la faire elle-même mourir et à laquelle le système avait trouvé jusque là comme seuls remèdes des pilules, elles-mêmes en train de l’achever.

Ma première constatation, c’est ma propre insensibilité aux besoins d’une amie, doublée de la peur de déranger, de ne pas savoir quoi faire, quoi dire. Suis-je seul à réagir et à penser comme ça? À y repenser, j’ai même quelques regrets à propos des dernières années de vie de ma propre mère. J’espère bien être plus présent à mon épouse ou un enfant si une maladie grave devait les toucher. Il n’est jamais trop tard pour apprendre et changer.

Cela dit, je ne suis pas sans penser à ma propre fin de vie si je tombe gravement malade. Je suis en bonne santé aujourd’hui, mais je ne veux pas imposer à ma famille ce que cette amie a enduré. Comment faire? Je ne contrôle pas grand chose de mon futur, mais est-ce que je peux exprimer ce que je ne veux pas? Comment ma volonté sera-t-elle respectée quand je n’aurai plus la force ou la conscience pour qu’elle le soit? Je peux commencer par un mandat d’inaptitude; je tarde à le faire probablement comme beaucoup de personnes en santé. Je peux aussi clarifier et dire à mes proches ce que je veux ou ne veux pas. Ils décideront au mieux, en conciliant le respect qu’ils me portent et le respect d’eux-mêmes.

Cela me donne aussi à penser au système de santé que nous nous sommes donné, assez efficace pour diminuer le risque cardiovasculaire, comme dans mon cas, par des médicaments comme les statines, combiné au gros bon sens d’un sain régime alimentaire et d’une vie active. Mais à quel moment faut-il renoncer à des soins qui repoussent une fin inéluctable et imposent des efforts de plus en plus exigeants pour le système de santé? Tout ce que je peux dire pour l’instant, c’est que j’espère pouvoir exercer mon libre choix. Et je le ferai quand j’estimerai avoir fait une bonne vie et avoir donné aux miens l’opportunité de s’occuper de moi dignement à leurs yeux. Dignement aux miens également. Et cette dignité me commande d’accepter la mort sous toutes ses formes, en commençant par ces petites morts, les pertes de facultés, la perte de parents et d’amis. Je répète régulièrement: Vieillir c’est mourir peu à peu, vieillir heureux c’est l’accepter.

Étant croyant, je veux tout de suite dire que la mort, quand on a vécu une bonne vie, est  un événement espéré et attendu avec joie. Quand elle survient par un accident ou une maladie précoce, je la vois comme un bouleversement de l’ordre normal des choses, une destruction ou un non-sens, dépendant des circonstances. Mais même alors, la mort fait partie de la vie qui est croissance et décroissance. La foi chrétienne m’ouvre sur une dimension PLUS de la vie, sur une nouvelle possibilité de croissance. Je n’ai aucune certitude de cette plus-vie qu’on nomme Résurrection, simplement une espérance qui habite ma vie maintenant et, en dépit de la maladie et du non-sens, lui donne un sens: à savoir que l’être humain est fait pour la VIE.

Mon père m’a annoncé simplement sa mort, sans faire de drame, en me confiant la veille: j’ai fait une bonne vie! Et les dernières années de sa vie ont été consacrées à accompagner ma mère dans sa maladie. Je voudrais pouvoir dire de même. Ça me rappelle que nos grands-parents se souhaitaient la grâce d’une bonne mort et de garder la foi jusqu’à la fin.