Tous les articles par Pierre-Gervais Majeau

Résurrection: pour quel corps?

Résurrection: pour quel corps?

résurrection

 

La Résurrection ou La Descente aux enfers de Jésus Christ (Anastasis – Η Ανάστασις)

Icônes-grecques

 

 

Comme chrétiens, nous devons toujours être prêts à rendre compte de notre espérance. Nous devons le faire en termes audibles pour les gens d’ici et de maintenant. De plus, pour être fidèles au message révélé, nous devons nous libérer d’une conception dualiste de l’homme vu comme un composé d’une âme et d’un corps, conception plutôt tributaire de la pensée grecque et occidentale globalement. Il est urgent aussi de nous libérer d’une conception matérialisante de la résurrection. Ressusciter ce n’est pas redevenir comme avant mais c’est continuer comme après. Nous allons tenter d’apporter en 15 points la pensée lumineuse du théologien François Varone au sujet de la résurrection à l’aide de son livre CE DIEU JUGE QUI NOUS ATTEND. (Cerf, 1993).

1) Si nous considérons l’être humain comme un être composé d’un corps et d’une âme, la mort devient donc la destruction de l’union du corps et de l ’âme. Selon cette conception de l’être humain, le salut après la mort est le propre de l’âme jugée et acceptée dans la vision béatifique et l’autre partie de l’être humain est en attente de la résurrection finale vue comme la restauration du corps physique. Cette conception de la résurrection est absente dans le Nouveau Testament.

2) Il est plus heureux de considérer l’être humain comme composé de l’Âme et de la Matière qui ensemble constituent le corps de l’homme. L’Âme fait donc partie du corps dont elle est la structure intérieure et informatrice.

3) L’Âme ne préexiste donc pas au corps venant à lui comme d’un dépôt divin. Elle ne vient pas au corps pour être soit punie, soit mise à l’épreuve dans le corps en vue de mériter un salut. Cette vision des choses ouvre la porte à l’hypothèse de la réincarnation, hypothèse aux antipodes de la foi chrétienne.

4) L’être humain, c’est son corps, matière structurée et informée par l’âme. À la mort, le corps est privé de son Moi intérieur (Âme) et il redevient simple matière. L’état de presque néant où se trouve le Moi, par le fait de la mort, constitue une contradiction métaphysique qui en appelle à un état ultérieur, à une solution de cette contradiction. Le Moi (l’âme, le principe informant et structurant) ne saurait rester dans cet état intermédiaire qui tient à la fois de l’existence et de la non-existence.

5) La mort est la fin du corps par rupture de la composition Moi et Matière. La Matière n’étant plus structurée par le Moi, va vers son propre chemin de désorganisation. Le Moi, dans la mesure où il transcende la matière, survit à la rupture de la mort. Mais dans la mesure où n’étant pas et n’ayant jamais été un pur esprit, le moi ne peut exister activement qu’à travers la matière qu’il structure, la mort l’enferme totalement sur lui-même.

6) La mort n’ouvre au Moi ni le néant ni la libération mais une sorte d’état de coma métaphysique, en soi irréversible.

7) Le Moi (siège de la conscience ou de l’âme) est spirituel, donc immortel, il perdure comme Moi unique où culmine l’évolution et tel qu’il est modelé par son histoire mais il est privé du corps dont il était l’intériorité structurante et par lequel il était en relation avec le monde, il est comme non-existant, il dort… Voilà jusqu’où peut aller la réflexion philosophique sur la mort et ses suites. Laissons donc la parole à la Révélation maintenant.

8) Dieu, perçu comme Englobance ou Providence , ne peut laisser dans cet état l’homme, cet existant ne-presque-plus exister (coma), à cause de sa fidélité bienveillante. Il se fait le PASSEUR vers l’au-delà des Moi réveillés, libérés de leur enfermement, de leur coma irréversible, de leur condition de non-existence.

9) La Révélation viendra nous apprendre que la résurrection, c’est la victoire sur la mort grâce à la Puissance de Dieu, c’est l’accès à la réalisation parfaite du désir humain de plénitude, puisque le Christ, l’Homme nouveau, y devient parfait et Seigneur et, par le fait même, il devient l’ainé d’une multitude de transformés, de ressuscités. Le désir du fils d’homme de devenir fils de Dieu y est pleinement réalisé.

10) Dieu n’est pas le Dieu des morts mais bien le Dieu des vivants : pour Lui tous les morts sont des vivants. Entre le monde de la mort et celui de la résurrection, la CONTINUITÉ est d’ordre personnel et existentiel entre le corps psychique ou terrestre et corruptible et le corps spirituel ou incorruptible.

11) Mais il y a rupture ou DISCONTINUITÉ matérielle entre ces deux corps (1 Co 15,35-58). Pour exprimer le contenu de la résurrection, l’apôtre Paul utilise le terme de CORPS SPIRITUEL. Le corps devient donc en ce cas pour Paul synonyme de PERSONNE. Pour Paul, la résurrection est donc la transformation spirituelle de la personne.

12) Par la résurrection, le corps spirituel – la personne (comme lieu de relation et de passion) devient un Moi divinisé, établi dans la proximité de Dieu, pleinement identifié à l’Image de Dieu, le Christ, dans l’acquisition de la filiation divine (1 Co 15,28). Dans l’événement de la résurrection il y a donc une transformation, passage d’une forme à une forme, mutation spirituelle, identification à l’Image parfaite qu’est le Christ (2 Co 3,18).

13) S’il y a dans l’événement de la résurrection, désenfermement, relèvement ou réveil, par la fidélité de Dieu – Englobance créatrice, cela ne se fera pas par RECONSTITUTION de la dimension matérielle du Moi, car l’évolution ne connait pas de retour en arrière et la Révélation nous parle de destruction de la matière (1Co 6,13). Cela se fera par accueil du Moi dans sa nouvelle structure pleinement spiritualisée qui le libérera de son coma et le remettra en relation, dans une existence nouvelle. Tout comme le Père a établi Jésus Fils de Dieu en puissance par la Résurrection, il nous établira pareillement dans la même dignité et dans la même gloire. Le Moi, enfermé dans le coma de la mort, reçoit donc de la fidélité paternelle de Dieu, un lieu métaphysique, une relation où il retrouve pleinement son altérité personnelle.

14) Les textes du Nouveau Testament savent très bien que la résurrection implique, comme face négative, la destruction de la dimension matérielle organique, propre aux corps de ce monde-ci (1Co 6,13) et comme face positive, la construction d’un corps spirituel (ou transformation spirituelle de la personne) qui ne sera pas l’œuvre des hommes (2 Co 5,1). Ces textes parlent de la résurrection comme l’action de la puissance de Dieu, l’Esprit-Saint, qui recrée le monde depuis l’événement de la Pâque du Christ. Les récits des apparitions du Ressuscité ne sauraient justifier une conception matérialisante de la résurrection, ces récits ne répondent qu’à des objectifs catéchétiques sur la réalité de la résurrection.

15) La résurrection, amorcée dans les eaux baptismales, se réalisera d’une façon particulière pour chacune des personnes. La résurrection du dernier jour nous rappelle qu’après les résurrections individuelles, l’histoire continue, le ressuscité s’en étant dégagé. Mais il reste lié à ses solidarités humaines. Au sein de l’humanité, tant que Dieu ne sera pas tout en tous, il y aura le temps de la patience qui perdurera jusqu’à ce que se réalise le temps de l’accomplissement où le Christ sera établi comme Seigneur sur toutes choses. Alors le Christ remettra au Père ce Royaume, recréation du monde. Alors, le Moi , la personne, ayant produit dans son histoire des œuvres d’or et de diamant, des œuvres en pierres précieuses (1 Co 3,12), donc des œuvres d’humanisation, passera dans la gloire chargé de toutes ses œuvres et le Moi qui aura produit des œuvres de paille, de foin et de bois par une existence égarée et déshumanisante, passera au feu de la destruction, de la distinction des éléments, et ce feu brûlera ces œuvres de paille mais le Moi sera sauvé par pure grâce (1Co 3,12-15) sans rien pouvoir garder de ses œuvres.

Une telle vision de ce grand mystère central de notre foi qu’est la résurrection vient nous libérer de toutes tentatives de réduction et de chosification des réalités de la foi et vient surtout nous libérer de beaucoup de malcroyances naïves. Cette vision du grand mystère de la résurrection apporte une vision, une théologie de l’Histoire où chacun de nous constitue un élément essentiel et nécessaire à la gloire de Dieu. Tout en étant respectueux des restes humains (cendres et ossements), nous savons dans la foi, que notre avenir tient davantage d’un désir de Dieu de nous recréer par une transformation spirituelle de notre personne que par la réanimation de nos restes organiques. Décidément, il est grand le mystère de notre foi!

-Pierre-Gervais Majeau, ptre-curé, Diocèse de Joliette, QC.

 

Parabole du feu

Parabole du feu

C’est l’histoire d’un homme qui a découvert le feu. Il prend les outils nécessaires à sa fabrication et va vers le nord où vivent des tribus qui tremblent de froid. Il leur enseigne l’art et les avantages de la fabrication du feu et les gens s’y intéressent. Ils apprennent et bientôt les voilà qui cuisinent avec le feu, qui construisent avec le feu, etc. Mais avant qu’ils aient le temps de remercier leur bienfaiteur, celui-ci est reparti. Il ne voulait pas de remerciements, il voulait simplement que les gens bénéficient de sa découverte.

Il va aussitôt dans une autre tribu et essaie également d’intéresser les gens à sa trouvaille. Malheureusement, il y a un problème : les prêtres commencent à réaliser que cet homme est trop apprécié et que leur propre influence sur le peuple diminue d’autant. Ils décident donc de l’empoisonner. Comme la tribu suspecte que le crime a été commis par les prêtres, ceux-ci trouvent un moyen de regagner l’estime de tous : ils font faire un immense portrait de l’homme, le placent sur le principal autel du temple et imaginent une liturgie, un rituel, en son honneur. Dès lors, année après année, on vient rendre hommage au grand inventeur et aux instruments qui servent à faire le feu; le rituel est soigneusement observé… mais il n’y a pas de feu! Le feu a disparu. Il y a des rituels, des souvenirs, de la gratitude, de la vénération, oui certes… mais pas de feu. En assassinant l’inventeur du feu on a aussi perdu l’art de faire le feu hélas! (Anthony de Mello)

Cette parabole du feu nous rappelle la triste tentation des tenants des pouvoirs religieux de manipuler les croyants pour servir leurs intérêts ou encore servir leur quête de prestige et de pouvoir ou encore pour engraisser leur système. Cette tentation est vieille comme le monde : inventer des rituels afin de rendre l’expérience religieuse plus codée, plus mystérieuse. La religion doit toujours garder son aspect mystique car c’est là son unique utilité! Les systèmes religieux ont plusieurs travers et sont le nid de plusieurs intrigues et manipulations. Les systèmes religieux ont beaucoup d’inconvénients car ils sont l’outil de beaucoup de gens qui veulent s’en servir comme marchepied afin d’atteindre leurs objectifs. Toute la pratique prophétique du Christ à consister à démasquer leurs intrigues. Constatez comment dans les Évangiles ce sont les religieux qui font tout pour que soit crucifié le Christ et non le peuple, ni les Romains, ni les impérialistes du temps, ni les prostituées, ni les prêteurs sur gage des souks. «  La religion risque toujours de tomber dans ces travers mais elle est aussi là pour préserver l’élément mystique. » (1) Il faut distinguer le message et le porteur du message. S’il est vrai que le médium est le message comme disait l’autre, il peut arriver que le message soit écorché par les maladresses du médium. Comment faire alors que la religion ne vienne corrompre la vérité et le mystique si essentiels à l’humanité. Quand on a appris à faire la part des choses, à distinguer le médium du message, on en arrive à pardonner les maladresses des religieux pour en venir à apprécier le service du sens et de la foi qu’ils peuvent rendre. C’est alors que l’on arrive à l’ÉVEIL. L’éveil consiste donc à changer soi-même d’attitude devant les contrariétés de la vie ou les ambiguïtés des systèmes religieux par exemple. On peut devenir serein et heureux en dépit des événements à qui je refuse le pouvoir de me marquer de leurs empreintes. Quand je vis une contrariété, je réalise, par l’éveil de la conscience, que je me suis moi-même contrarié devant le comportement de l’autre. J’ai été programmé à réagir en me montrant contrarié devant les agissements des autres alors que je me contrarie moi-même. La sagesse consiste donc à ne pas être à la merci des gens, des événements et à ne pas s’autoriser à blâmer les autres mais plutôt à s’engager à remédier à ce qui ne va pas. Pourquoi permettre à l’autre de déterminer ce que je veux faire de ma vie. Nous sommes appelés à faire comme le Père céleste, tout amour et toute compassion, car le Père fait pleuvoir et faire briller son soleil aussi bien sur les bons comme sur les méchants. Si vous saluez seulement ceux qui vous saluent, que faites-vous donc d’extraordinaire? Vous êtes comme un robot au comportement mécanique. La sagesse et le bonheur ou la plénitude se trouvent dans la pratique du second amour, un amour qui s’est libéré de toutes attentes.

Pierre-Gervais Majeau, ptre-curé, diocèse de Joliette, QC.

1) Anthony de Mello, Redécouvrir la vie, Albin Michel, p. 61.

Pour une charte inspirante et motivante

Pour obtenir une meilleure adhésion à cette charte des valeurs québécoises, il serait souhaitable que nous obtenions le plus large consensus qui soit et faire montre de patience et de persuasion pour faire en sorte que notre société soit plus inclusive. Voici donc 5 balises pour encadrer nos accommodements : 1) Au Québec, nous voulons une société où les femmes et les hommes sont égaux en droits et en dignité; 2) Au Québec, on fonctionne à visage découvert pour éviter toute méprise et pour favoriser des rapports harmonieux entre tous; 3) Au Québec, nous réprouvons les mariages forcés de mineur(e)s et nous devrions les déclarer nuls et illégaux; 4) Au Québec, les mutilations sexuelles ou encore les mutilations décrétées comme punitions doivent être interdites et déclarées illégales; 5) la notion de crimes d’honneur est à rejeter à tout prix et ne peut être invoquée en défense au Québec.

Il serait bon également de favoriser la création de passerelles pour encourager l’intégration des communautés nouvellement arrivées au pays : 1) Précisons en tout premier lieu ce que nous entendons par INTÉGRATION; s’intégrer c’est devenir accueillant et réceptif devant la culture de la communauté accueillante. On peut conserver sa culture, ses valeurs tout en se montrant enthousiaste à les vivre dans la culture et les valeurs de la société d’accueil. 2) Il arrive que les nouveaux arrivants veuillent conserver intégralement leurs valeurs par crainte de perdre leur identité. Ce réflexe est compréhensible. Alors que la société d’accueil offre des parrainages pour favoriser l’insertion des immigrants. 3) La population québécoise, vivant une condition minoritaire au Canada et en Amérique du Nord, exprime ses craintes devant une immigration peu encline à s’intégrer à elle. Cela s’explique facilement. Favorisons en premier lieu, une reconnaissance officielle de la spécificité du Québec. Une fois que les québécois seront confirmés dans leur identité, ils exerceront une plus grande attraction des immigrants. Peu de gens sont motivés à s’intégrer à des groupes peu favorisés ou peu reconnus. Tant qu’à s’intégrer, pourquoi ne pas aller vers des gagnants! 4) Prenons conscience qu’au Québec, un mouvement dit laïque tend à rendre suspects et questionnables tous croyants, aussi bien chrétiens que musulmans ou autres. Favorisons entre les grandes communautés de croyants des passerelles pour favoriser leur harmonie et leur compréhension mutuelle. 5) Enfin l’État doit se montrer neutre tout en favorisant la vitalité des communautés culturelles ou religieuses. Tout en favorisant l’harmonie des différents groupes religieux, l’État doit se montrer juste et neutre. Enfin, qu’on arrête une fois pour toute de vouloir sauver le patrimoine et oubliant que la foi n’est pas seulement écrite dans la pierre des bâtiments et dans les œuvres d’art mais qu’elle est vivante et portée par toute une large communauté de croyant(e)s. Si on veut à tout prix sauvegarder le crucifix à l’Assemblée Nationale pour maintenir le patrimoine, je n’y tiens pas beaucoup car en faisant cela, on tend à affirmer que ce symbole en est un du passé des Québécois comme s’il ne représentait plus rien pour l’aujourd’hui de notre peuple. Nous devrions prendre beaucoup de temps pour arriver à la promulgation de cette charte afin que les passions s’estompant, laissent plus de place à la réflexion et à la sagesse.