Tous les articles par Andre Gadbois

Il est passé minuit…

Il est passé minuit...
Il est passé minuit et il m’est difficile de trouver le sommeil car j’ai lu le texte suivant dans L’AUT’JOURNAL et je pense que cette directive du Conseil musulman de Montréal ajoutée à l’inconscience de milliers de Québécoises et de Québécois a produit le résultat de ce soir. Tous les Patrick Lagacé de notre pays qui publicisent fièrement leur choix de ne pas aller voter (journal La Presse) et les Sébastien Bovet de nos ondes (Radio-Canada) qui amènent leur fils à la boîte du scrutin pour qu’il inscrive des x dans tous les cercles de son bulletin de vote afin de l’annuler font le jeu des stratèges de ce Conseil musulman.
«Ce qui arrive, écrit Gramsci, ne se produit pas tant parce que quelques-uns le veulent que parce que la masse des hommes abdique toute volonté, laisse faire, laisse assembler les noeuds que seule l’épée pourra trancher ensuite… laisse s’élever au pouvoir des hommes que seule une révolte pourra renverser par la suite.»
Exagérés ces propos? Nous en reparlerons.
L’absentéisme, la peur, le cynisme et l’indifférence sont des joueurs capables de blanchir notre pays 10 à 0… et nous serions assez devenus spectateurs et spectatrices endormis pour conclure que ce n’est qu’un match. On verra! On se reprendra.

Souhaits de Noël de papi

Souhaits de Noël de papi

NOËL 2012

Je prends de plus en plus conscience que Noël est d’abord et avant tout tendre rencontre, moment où deux cœurs plus ou moins étrangers décident de se regarder dans les yeux et de ne jamais se mépriser malgré les incontournables hauts et bas de la Vie. Moment d’audacieuse lucidité qui laisse parler davantage les yeux que la bouche… cette bouche qui parfois aurait avantage à se tenir fermée. Moment durant lequel celui qui est regardé, celle qui est regardée, mérite toute ma présence et toute mon attention. La grande fraternité commence par de tendres petites rencontres… qui se rencontrent! Des petites rencontres contagieuses qui se multiplient comme un joyeux réseau. Il me semble que Jésus qui savait regarder l’autre dans les yeux et ne le perdait pas de vue lui donnait le goût d’en regarder d’autres dans les yeux.

J’ose dire que, malgré tous nos égarements et nos fissures, nous avons le mérite d’avoir été regardé-e-s dans les yeux par Quelqu’un qui ne nous a jamais méprisé-e-s et qui sans cesse tente de nous faire saisir l’Esprit de sa Parole et de ses intentions exprimées par le Verbe il y a plus de 2000 ans. Quand nous sommes vrai-e-s et amoureux/amoureuses, nous lui sommes reliés. Quand nous persévérons pour  arriver à rencontrer aujourd’hui l’adulte irritant qui fut un jour l’enfant charmant, nous sommes dans sa lignée.

Mes vœux pour toi à l’occasion de Noël? Ils sont dans ma lettre à Béatrice! Elle et sa grande sœur de 5 ans, Florence, m’en apprennent beaucoup!

« Ma chère Béatrice,

Demain ce sera Noël, une fête à laquelle j’accorde beaucoup de valeur. Je veux prendre du temps pour te communiquer quelques-unes de mes convictions car au fil des ans je pourrais oublier de le faire ou ne plus être capable de le faire.

Quand je suis penché au dessus de ton joli visage, j’ai l’occasion d’admirer tes beaux yeux rieurs et je pourrais passer des heures à les contempler. J’y vois un sentier pour marcher avec toi, un vélo pour partir à l’aventure avec toi, un feu pour chanter avec toi sous les étoiles. Les yeux sont tellement importants : ils reflètent l’âme. Ils parlent. J’aime beaucoup me taire et lire dans tes yeux. Et toi, quand tu en as assez de cette lecture silencieuse, tu me le dis, je comprends, je te serre très fort et je frotte ma joue sur la tienne en chantant : « Je t’aime, je t’aime, je t’aimerai toujours, je t’aimerai toute ma vie… ». C’est important, Béatrice, d’exprimer comment tu te sens. C’est important, l’amitié… pas seulement à la St-Valentin.

C’est important de ruer dans les brancards quand on te passe un sapin pour une épinette. Et c’est très important de ruer avec d’autres quand ces autres sont menacés, maltraités, oubliés. C’est important de t’indigner et c’est aussi important de féliciter. La vie est faite de ruades et de silence : le silence permet de valider le chemin retenu et les outils pour atteindre le but; les ruades disent que tu es vivante, présente, surtout consciente. C’est important d’avoir de la mémoire et des souvenirs qui font sourire, et de résister à l’ennemi… car tu auras des ennemis, des obstacles, des murailles qui te mépriseront. Toi, ne méprise pas ton ennemi et recherche plutôt la valeur de l’obstacle.

Quand la vie sera trop dure et que tu sembleras perdue dans la rue, chante, écris, marche, prie, prends du recul, accroche-toi, lève la tête et cherche l’étoile : n’oublie jamais que tu en mérites une. Ta valeur ne se monnaie pas, ta valeur n’est pas comptable. Avant d’aller voir ton ami, n’attends pas d’être vidée.

Je tiens beaucoup à toi, Béatrice : tu m’as permis de réaliser combien la vie est belle.

Voilà, mon amour, ce que je voulais t’écrire au cas où… S’il y a des mots que tu ne saisis pas dans mon texte, demande à maman ou papa : ça se comprend, tu n’as que 15 mois.

Heureux Noël, Béatrice!

Ton papi André »

Alors que chante Noël et que 2012 s’en va se coucher doucement sur la pointe des pieds, je te souhaite de laisser entrer en toi silencieusement la Joie, la Paix et la Tendresse qui frappent à ta porte.

André

Oui, j’ai rêvé!

Oui, j'ai rêvé!

Je remercie André qui m’a permis de publier ce beau texte, paru cet été dans la revue des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception, Le Précurseur,Volume 53, Numéro 3, Juillet – Août – Septembre 2010; voir le sommaire. André Gadbois anime le Réseau des Forums André-Naud, ce regroupement de baptisés et de pasteurs qui tâche d’insuffler un renouveau dans l’Église.
Michel Bourgault

J’avais 12 ans et la ruelle de la rue Bordeaux transformée en patinoire ou en terrain de football me faisait rêver à l’amitié, à la victoire et à la solidarité (celle de la « gang » évidemment, comme les Hébreux au désert!); j’ai eu 15 ans et la promesse scoute m’a fait rêver à la fraternité mondiale et à un immense feu de camp pour célébrer la joyeuse marche de tous les gars et toutes les filles du monde; à 25 ans je rêvais à une société sans classes, sans taudis et sans mépris où chacun et chacune se faisaient le prochain de l’autre; j’ai eu 40 ans et j’ai rêvé à un système scolaire dans lequel les enfants en difficultés seraient épaulés avec tendresse et imagination; je suis dans la soixantaine et j’évalue que mes rêves ont encore un joli bout de chemin à faire pour se réaliser. Oui j’ai rêvé, j’ai rêvé souvent d’un monde dans lequel personne ne serait obligé de vivre à genoux sauf pour se mettre à la hauteur des yeux d’un petit enfant qui pleure (ou rit) de tout son cœur. Et j’y rêve encore malgré la réalité, je persiste, je résiste aux gourous, je ne veux pas me résigner « car les êtres humains sont des créateurs. Nous n’avons pas à suivre les tendances. Nous pouvons les inverser, les faire mentir. » (1)

Les rêves rassemblent et relient

Il y a des illusions (la richesse, la beauté corporelle, le pouvoir, la gloire, la croissance,…). Il y a des rêves (du pain pour tout le monde, un digne travail pour tout le monde, l’échange gratuit, la fraternité et la solidarité, la réconciliation, l’équité,…).  Les illusions profitent à une clique et conduisent à la concurrence débridée; les rêves rassemblent et relient. Je suis probablement tombé dans un bol d’espérance quand j’étais petit… mais je me situe du côté des rêves, du côté de ces horizons éloignés qui manquent un peu de précisions et qui pourtant mobilisent des cœurs en faveur des cœurs, du côté de ces « projets » non évidents, non rentables et ouverts à tous et toutes sans appel d’offres. Les rêves de Martin Luther King, de l’abbé Pierre, de Délia Tétreault, de Jean Vanier, de Jésus de Nazareth, n’étaient pas des produits finis et bien ficelés comme disent les gestionnaires technocrates de nos gouvernements et entreprises d’aujourd’hui: il étaient de l’ordre de la semence comme le grain de sénevé. Aussi de l’ordre de l’audace qui émerge de l’intériorité et du silence. Ils « embauchaient » tout homme et toute femme de bonne volonté, ils écartaient les différentes formes de misère, ils étaient transparents car ils ne cachaient aucun piège, ils étaient véritablement libérateurs pour tous et toutes, ils faisaient vivre DEBOUT.

Il a fait mentir les tendances à la mode

Magnifiques ces propos des auteurs de l’Exode où on semble entendre Yahvé dire à son peuple asservi : « Je vois la misère de mon Peuple et j’en pleure. Ce n’est pas ce rêve que j’ai fait pour vous Ce n’est pas pour ça que je vous ai créés, hommes et femmes de mon Peuple : ce n’est pas pour cette vie misérable. » Et Yahvé a communiqué son rêve à Moïse qui a résisté avant de s’embarquer dans une telle aventure, et Moïse a communiqué le rêve de Yahvé à son peuple qui lui en a fait baver en marchant vers la Terre promise. Et combien de fois par la suite les prophètes ont pleuré devant les dérapages de ce grand rêve, ont manifesté leur colère, ont dénoncé tous ces petits vendeurs d’illusions qui ne recherchaient que leur propre réussite! De ce petit peuple quasiment « né pour un petit pain » est sorti un Homme qui n’a pas suivi les tendances à la mode (le pouvoir, la gloire, la réussite,…) et qui a agi pour les inverser, les faire mentir, les faire rougir. Il a repris le rêve de Yahvé qu’il appelait « abba » et l’a fait circuler en Palestine, il a décrit à grands traits les conditions nécessaires à sa réalisation (le mot conversion y tenait une place privilégiée), il s’est noué un tablier à la taille et s’est mis à l’ouvrage tout en soulignant qu’après son départ il libérerait une grande énergie capable de nous rendre libérateurs et libératrices de misère comme Lui. Jésus ne tenait pas à sa réussite : « Nourrissez-les vous-mêmes! » a-t-il lancé à ses compagnons figés devant une foule affamée. Et le soir du troisième jour sur la route menant à Emmaüs, fidèle à lui-même, il s’est retiré pour qu’eux saisissent le témoin et poursuivent la course. Voilà la marque du rêveur que j’aime et en qui je mets toute ma confiance! « L’espérance, c’est savoir que les choses se font dans le temps, qu’elles ne se feront pas sans nous et qu’en regard du terme, les étapes pour y arriver ne sont nullement des détours inutiles ou du temps perdu. Et il arrive parfois que pour réaliser le projet de Dieu, il faille partir, rompre avec le quotidien. Quitter son pays, comme Abraham, vers une terre inconnue avec comme seule garantie la Parole de Dieu qui nous sert de boussole. » (2)

(1) PITCHER, Patricia, Artistes, artisans et technocrates, Presses HEC, 1994, p. 229

(2) GADBOIS, Thérèse, lettre à son frère André, Diane, Marie-Claude et Jean-Philippe.